Le Nord-Kivu de nouveau sous la menace du M23

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En dépit des menaces des autorités congolaises et onusiennes de les neutraliser à bref délai, les rebelles ougandais de l’ADF-Nalu n’en continuent pas moins de massacrer des civils congolais à travers le territoire de Beni. En trois mois, le bilan de leurs victimes doit avoir dépassé les 300 morts. Alors que la paix reste toujours fort volatile dans cette partie du Nord-Kivu, la Société Civile de cette province fait état des bruits de bottes en provenance de l’Ouganda et du Rwanda, sous la forme d’infiltrations quotidiennes d’ex-combattants du M23 (Mouvement du 23 mars 2009), réfugiés dans ces deux pays après leur défaite face aux troupes conjointes FARDC-Monusco en octobre 2013.

            A en croire cette structure, qui avait été la première à donner des alertes aux invasions du territoire national par ces mêmes rebelles en 2009, sous le label du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) du général Laurent Nkundabatware, puis en 2012, sous la bannière du M23 du général Bosco Ntanganda et du Colonel Sultani Makenga, le Nord-Kivu se trouve sous la menace d’une nouvelle guerre. Des infiltrations d’ex-combattants du M23 sont observées dans plusieurs contrées du Nord-Kivu, notamment dans le District de Bundibugio, dans la chefferie de Watalinga ainsi que dans le District de Kasese, dans le territoire de Ruwenzori.

            L’attention des autorités nationales et provinciales congolaises est attirée sur le fait que l’ex-M23 s’est reconstitué à partir de l’Ouganda et du Rwanda pour relancer la bataille de reconquête des territoires qu’il avait perdus au Nord-Kivu en octobre 2013. La riposte devrait se préparer maintenant si la RDC tient à prévenir une nouvelle atteinte à son intégrité territoriale et à sa souveraineté.

La diversion de Bisimwa

            Curieusement, c’est au moment où sont signalées des infiltrations des éléments de l’ex-M23 dans plusieurs points de passage de la frontière entre l’Ouganda et la République Démocratique du Congo qu’un ancien chef de la branche politique de cet ex-mouvement rebelle, en la personne de Bertrand Bisimwa s’est mis à accuser les autorités congolaises de procéder au rapatriement forcé de ses ex-combattants cantonnés, depuis une année, au camp militaire de Mihamba, en territoire ougandais. A l’en croire, environ 1.600 ex-rebelles sur les 1.700 recensés dans ce site auraient été contraints de s’enfuir pour éviter d’être ramenés de force en République Démocratique du Congo.

            Dans son entendement, les ex-combattants du M23 seraient devenus incontrôlables suite à l’opération de rapatriement forcée décidée par la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs), les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) et la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo). Le non-dit de ce message est que si ces éléments incontrôlés retraversent la frontière ougando-congolaise pour recréer l’insécurité au Nord-Kivu, la responsabilité devraient incomber aux initiateurs de l’opération de leur rapatriement forcé.

            Les observateurs notent qu’il s’agit là d’une pure diversion destinée à présenter les ex-soldats du M23 comme des victimes d’une opération de rapatriement qui viserait en fait leur élimination physique. D’où, le devoir de légitime-défense leur imposerait de reprendre les armes afin de ne pas « disparaître ». Le décor d’une nouvelle  guerre est ainsi en train d’être planté au Nord-Kivu.

Double démenti de François Muamba et Ntumba Luaba

            Réagissant aux allégations de Bertrand Bisimwa, le Coordonnateur du Mécanisme de Suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, François Muamba, et son compatriote Ntumba Luaba, Secrétaire général de la CIRGL, ont démenti toute intention des autorités congolaises et onusiennes de procéder au rapatriement forcé des ex-rebelles du M23 vivant dans le camp militaire de Mihamba, en Ouganda. Ils ont rappelé que le principe du rapatriement volontaire est scrupuleusement répété et aucune contrainte ne serait exercée sur ces anciens rebelles.

            L’un et l’autre ont fait savoir que la porte du retour à la mère patrie reste largement ouverte à tous les éléments du M23 originaires de la RDC et éligibles à l’amnistie leur accordée à travers une loi votée expressément à cette fin au Parlement lors de sa session de mars-juin 2004.

Absences suspectes du M23 aux séances d’évaluation des « Déclarations de Nairobi »

Le gouvernement congolais et l’ex-M23 devaient procéder, en août dernier, à l’évaluation de l’état d’application des « Déclarations de Nairobi » qu’ils avaient signées séparément en décembre 2013. Ainsi qu’on le craignait, aucun représentant du M23 n’a effectué le déplacement de Kinshasa. Deux autres rendez-vous inscrits  dernièrement au calendrier de travail entre les deux parties avec des représentants de la CIRGL et de la SADC ont été boycotés par les délégués du M23.

            Le constat à faire de ces absences suspectes est que cet ex-mouvement rebelle n’a nullement l’intention de remplir ses engagements, notamment la renonciation définitive à la lutte armée, le désarmement et la démobilisation de ses combattants, sa transformation en parti politique, etc. Entre-temps, pour endormir l’opinion nationale et internationale, Bertrand Bisimwa ne cesse d’accuser la partie congolaise de ne pas jouer franc jeu. Visiblement, l’objectif du M23 est de plomber l’opération de rapatriement, de manière à permettre à ses ouailles de jouir du statut de réfugiés politiques, que le président ougandais, Yoweri Museveni, avait promis de leur octroyer après son ultimatum qui courait jusqu’au 12 décembre 2014.                                                                                                         Kimp

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