Nord-Kivu : des missiles chez les rebelles du M23 ?

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m23 (1)La nouvelle de l’accident tragique de deux hélicoptères des FARDC dans la périphérie de la ville de Goma survenu le vendredi 27 janvier 2017 continue à alimenter des commentaires en sens divers dans tous les milieux sociopolitiques de la République. Tout d’abord, l’on note la réaction timide des instances politiques compétentes du pays qui ont presque banalisé cette tragédie, pour n’avoir pas engagé des enquêtes pour en connaitre les vraies causes, notamment les identités des victimes ainsi que celles des rescapés tout comme le niveau des dégâts matériels et environnementaux enregistrés. Il est aussi triste de constater le silence bizarre des Ong de défense des droits de l’homme tant locales qu’internationales, souvent très actives et loquaces dans ce genre des situations, sur ce qui apparait à ce jour comme un accident de circulation aérienne.
 
Implication visible des Etas voisins
 
Cette sous-région, on le sait, constitue le tendon d’Achille de la RDC depuis plus de vingt ans et surtout le lieu des expérimentations des velléités expansionnistes de deux Etats voisins de l’Est très impliqués dans des guerres interminables et cycliques. De sorte que toute action meurtrière ou guerrière qui y survient ne peut laisser indifférent tout esprit épris  de paix et d’amour de la patrie. Car, comme aime le dire un observateur attitré de la scène sociopolitique du pays, il faut être aveugle, sourd-muet ou de mauvaise foi pour ne pas lorgner vers les deux Etats voisins de l’Est comme commanditaires de toutes les guerres qui ont touchent la RDC depuis plus de vingt ans. On dénombre à ce jour quatre guerres d’agression perpétrées par des troupes armées régulières de ces deux Etats sous couvert des individus se réclamant d’origine congolaise sans pour autant convaincre. Car appartenant à une même communauté linguistique et culturelle. Des preuves matérielles et militaires abondent et l’une d’elles qui a éclaté au grand jour, c’est la présence d’un long tunnel traversant la montagne de la localité de Chanzu située dans le territoire de Rutshuru sur la frontière séparant la RDC et le Rwanda et dans lequel l’on a découvert des stocks d’armes et munitions de guerre de fabrication récente en provenance des Etats Européens. Or, comme on le sait, l’ONU a décrété depuis le génocide rwandais un embargo total sur les armes et munitions de guerre sur tous les groupes armés irréguliers opérant dans cette partie du continent africain. 
 
Des missiles chez le M23 !
 
            Selon des bruits jusque-là non élucidés mais qui circulent avec force, ce sont des tirs des missiles qui auraient descendu les deux hélicoptères des FARDC. Si ces rumeurs s’avèrent authentiques, l’opinion se ferait alors une idée funeste de ce qui apparait comme un accident de vol tel le soutiennent jusqu’à preuve du contraire les milieux officiels.
D’aucuns estiment par contre que cet accident ne serait pas le fait d’un hasard quelconque. Car, dans la mémoire collective, l’opinion garde encore l’image de nombreux accidents demeurés mystérieux et non justifiés de nombreux aéronefs tant militaires que civils survenus à travers le monde. Le plus récent et qui est à la base de ce génocide survenu au Rwanda en 1994, c’est l’abattage au niveau de l’aéroport international de Kanombe, à Kigali, de l’avion présidentiel rwandais de marque Falcom en provenance de la ville d’Arusha en Tanzanie et dans lequel avaient péri les présidents rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira. Un accident tragique qui se trouve à la base de multiples enquêtes scientifiques et dont le monde attend les conclusions pour établir les responsabilités sur les causes de ce génocide pour lequel la nation congolaise continue à payer le prix le plus lourd jusqu’à ce jour sans pourtant y être mêlée ni de près ni de loin. Tous les témoignages concordants font état des tirs des missiles qui auraient abattu l’avion présidentiel à partir de l’une ou l’autre colline située non loin de cet aéroport.
            Au cas où la thèse des tirs des missiles sur ces deux hélicoptères des FARDC s’avérait vraie, la question qui se poserait alors est celle de savoir si un mouvement politico-militaire peut disposer des armements de ce genre. Il est de notoriété publique qu’après leur cuisante défaite dans le territoire de Rutshuru en 2013, les éléments du M23 avaient été désarmés par l’armée ougandaise avant d’être cantonnés dans des camps placés très loin des frontières communes et placés sous la surveillance des responsables politiques de ce pays voisin et surtout des inspecteurs du mécanisme de surveillance installés par l’Union africaine. Sans oublier les éléments de la MONUSCO qui sont dotés des aéronefs invisibles dénommés « Drones » très spécialisés dans les opérations de surveillance diurne et nocturne.
            Autrement dit, l’on ne voit pas comment ces éléments désarmés et cantonnés dans des camps placés sous la surveillance de ces trois forces pourraient se mouvoir aussi facilement à travers le territoire ougandais sans réveiller l’attention des services de sécurité tant ougandais que d’autres Etats membres de l’Union Africaine sous couvert de la MONUSCO, impliqués dans la résolution de ce drame qui se déroule en RDC depuis plus de vingt ans. Par ailleurs, comment le M23 pourrait-il se doter de tels armements sophistiqués et s’en servir le plus facilement possible sans pour cela réveiller l’attention des mêmes services de sécurité et pourquoi pas de nombreuses Ong de défense des droits de l’homme?
            D’autant plus qu’il y a quelques temps, certains officiels congolais n’ont cessé de faire état des mouvements des éléments du M 23 tant à travers le territoire ougandais que congolais. Sans que ni les autorités centrales ni les inspecteurs de vérification et de surveillance du mécanisme de maintien de la paix de l’Onu et de l’Union africaine ne lèvent le moindre petit doigt !
 
Le cynisme des responsables de deux Etats voisins      
 
            Si la thèse des missiles se confirme, ce serait la preuve palpable de la énième implication de ces deux Etats voisins de l’Est dans les multiples guerres d’agression contre la RDC. Car, d’une part et qu’on le veuille ou pas, le M23 est une création pure et simple de ces deux Etats de par l’origine de ses éléments, des armes et munitions de guerre et du territoire de repli.
Par ailleurs, il ne faut pas se cacher la face : l’avènement d’une vraie démocratie ne peut pas arranger les affaires des dirigeants de ces deux Etats qui ne rêvent que de perpétuer la guerre en RDC pour poursuivre les opérations de pillage, des destructions méchantes, des déplacements forcés des populations civiles non armées et surtout de l’exploitation des matières précieuses sous l’œil et la barbe de la communauté  internationale. 
 
Vivement des enquêtes internationales
 
            Mieux vaut prévenir que guérir, dit un adage célèbre. La sagesse devrait engager les autorités du gouvernement central d’intensifier des enquêtes secrètes au niveau de cette région pour consolider la paix et la sécurité en ces temps de la transition devant conduire vers des élections transparentes, libres, légitimes et réellement démocratiques pour corriger les bêtises de 2011. Le gouvernement serait mieux inspiré de recourir à l’expertise de la MONUSCO et des inspecteurs du mécanisme de maintien de la paix dans cette sous-région des grands Lacs. En attendant de saisir les instances judiciaires internationales à charge de ces deux Etats voisins dont les diverses implications avérées dans les guerres en RDC ne sont plus à démontrer.
 
                                    F.M.