Nord-Kivu : Mgr Sikulu redoute un nouveau génocide

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Mgr Melchisédech Sikulu, Evêque du Diocèse de Butembo-Beni, et personnalité fort respectée et écoutée au Nord-Kivu, vient de donner une alerte à ne pas banaliser. Ce prélat pense, au regard des paramètres sécuritaires en présence, que cette province court le
risque de basculer dans un nouveau génocide, après celui, non déclaré, ayant fait plus de 5 millions de morts entre 1998 et 2003, suite à la spirale des guerres d’agression et libération instrumentalisées par des Etats voisins et ayant mis aux prises, pendant ces cinq années, sept armées africaines (RDC, Angola, Zimbabwe, Namibie, Burundi,
Rwanda et Ouganda).

Sa crainte se fonde sur le fait que dans leurs actions de représailles, les différentes nébuleuses Mai-Mai comme les éléments des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) s’attaquent à une seule et même cible : la population civile. Dans
cette chasse à l’homme, les uns et les autres considèrent comme « traitres » tous les hommes et les femmes qui ont le malheur de se retrouver sur leur chemin. La conséquence est en est que l’on assiste à des exécutions massives et sommaires d’innocents, en toute impunité, de part et d’autre. La sonnette d’alarme de Mgr Sikuli est destinée aux autorités politiques et civiles de Kinshasa, afin qu’elles prennent rapidement des mesures qui s’imposent pour mettre un terme à un nouveau génocide en gestation.
LETTRE DE MGR SIKULI
Nous recevons avec beaucoup d’inquiétude et grande tristesse les
nouvelles qui nous arrivent des localités et communes rurales de
Mubana-Kipese-Lubango-Alimbongo-Kitshumbiro-Kasungho, au Sud de
Lubero. Les nouvelles font état des comportements et des exactions
qui, chaque jour, entraînent la mort des personnes, le déplacement
massif des populations, des pillages systématiques des biens des
maisons abandonnées et des élevages de petits et gros bétails… appelés
cyniquement butins de guerre.

Les auteurs directs et indirects de ces comportements et exactions
sont d’une part des milices composites et adverses (Mazembe, Nduma,
MNR…) qui sont éparpillées dans la partie sud du territoire de Lubero
de l’Est à l’Ouest et les militaires des FARDC d’autre part, qui sont
déployés dans la même zone pour traquer les « inciviques.
Malheureusement, dans cette opération de traque, toute personne
rencontrée est considérées à priori comme Maï-Maï en vertu du slogan «
Tous les Wanande sont des Maï-Maï. De cette prémisse faussement
globalisante, on ne peut qu’induire : « Tous les Wanande sont donc à
abattre ou au moins à traiter comme des ennemis de la République».

Nous avertissons que ce slogan idéologique que des hautes autorités
politiques, militaires et administratives se complaisent à répéter
risque de servir de justification et d’accréditation d’un génocide en
cours d’exécution.
Nous rappelons que nous n’avons pas oublié dans cette même partie de
la province du Nord-Kivu des slogans semblables à celui susmentionné
qui ont été utilisés, il y a 15 ans. « Effacer le tableau » ; «
rouleau compresseur »… par ceux qui voulaient détruire complètement
ces territoires où nous vivons : Beni et Lubero.

Nous demandons à toutes les autorités compétentes de mettre fin au
cycle infernal des violences et des tueries des innocents dont le sang
crie vers Dieu de cette terre (Cf. Gn 4,10).

Fait à Butembo, le 06 octobre 2017
+ Sikuli Paluku
Melchisédech
Evêque de Butembo-Beni