Nord-Kivu : l’effort de guerre des civils

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Kivu-occupe2Il faut certes saluer la bravoure des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) dans la déroute des rebelles du Mouvement du 23 Mars 2013 au Nord-Kivu. Il serait toutefois injuste de ne pas reconnaître les actions décisives menées par les populations civiles depuis l’occupation de cette partie de la République par cette force négative. Avant qu’elles n’aient reçu le moindre appel à la résistance, elles s’étaient spontanément mobilisées pour la cause de la patrie.

Pendant les 19 mois de l’occupation de Rutshuru, Kiwanja, Kibumba, Rumangabo… par le M23 et le « trou noir » de novembre 2012 caractérisé par la chute de la ville de Goma aux mains de cette rébellion, des milliers de Congolaises et Congolais n’ont cessé de se mobiliser pour la libération du territoire national.

Rations alimentaires, transport du matériel militaire, dénonciation des positions ennemies…

Entre mai 2012 et octobre 2013, les autochtones du Nord-Kivu ont tout fait. Ils se sont en effet investis dans un soutien sans réserve aux compatriotes sous le drapeau. Ils ont particulièrement relevé le moral des troupes pendant les temps difficiles, en leur apportant des rations alimentaires, en transportant leurs armes et munitions à bord des véhicules non militaires ou à dos d’hommes ou encore dans des paniers des paysannes, en jouant les indicateurs dans la dénonciation des positions de l’ennemi.

Cet effort de guerre était d’autant déterminant qu’il intervenait dans une conjoncture où à un moment donné, les dysfonctionnements du commandement privaient les troupes des ravitaillements en nourriture ainsi qu’en moyens logistiques et financiers. A l’instar des hommes en uniforme, des milliers de héros de l’ombre sont allés jusqu’au sacrifice de leur sang pour s’opposer à la balkanisation du territoire national.

 Pressions sur les FARDC, la Monusco, la Brigade d’Intervention, le gouvernement congolais…

Dotés d’un courage à faire déplacer les montagnes, les civils congolais ont eu à exercer, pendant 19 mois, de fortes et incessantes pressions sur les FARDC, la Monusco, la Brigade d’Intervention, le gouvernement congolais…Il est impossible de comptabiliser les alertes données par les organisations de la Société Civile du Nord-Kivu pour interpeller les officiers et soldats de l’armée nationale à ne pas trahir la patrie. Combien de fois des jeunes de Goma, Rutshuru, Beni, Butembo… n’avaient-ils pas réclamé, à travers des marches de colère, des armes aux autorités nationales et provinciales, afin d’aller se battre au front, aux côtés des soldats de métier ?

On rappelle que lorsque la rumeur de rapatriement du colonel Ndala avait couru en juillet à Goma, tous les taxis-moto s’étaient donnés rendus à l’aéroport, envue de faire échec au décollage de tout avion qui tenterait de le ramener à Kinshasa. Cet officier qui, avec ses troupes, avait sonné l’heure du réveil des FARDC, était surveillé de près afin qu’il ne puisse pas être retiré du front militaire qu’il venait de stabiliser. Le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, avait dû faire le tour de la ville en sa compagnie, afin de rassurer tous les sceptiques qui redoutaient un coup fourré contre lui.

On n’oubliera jamais les injectives et les jets de pierres à répétition sur des convois et troupes de la Monusco, de la Brigade d’Intervention et du personnel du système des Nations Unies par des jeunes de plusieurs villes et cités du Nord-Kivu, au motif qu’ils les jugeaient défaillants dans leur mission de protection des populations civiles et de traque des forces négatives. Plus d’une fois à Goma, des barricades avaient été dressées par des jeunes et des pneus usagés brûlés pour empêcher tout mouvement de leurs véhicules, civils comme militaires.

            L’animosité des civils congolais à l’endroit des troupes et matériels onusiens étaient tels qu’il avait fallu des appels au calme et des campagnes d’explication pour les amener à s’apaiser sous réserve du ferme engagement des responsables de la Monusco et de la Brigade d’Intervention de changer les méthodes de travail sur le front militaire. Et, comme par hasard, les soldats onusiens ont rompu avec une attitude qui les faisait passer pour des passifs face au drame congolais dans le brûlot de l’Est. Beaucoup pensent que les manifestations de colère des populations civiles à l’égard des Nations Unies ont poussé celles-ci à ne plus jouer avec le feu.

            La morale de l’histoire est que des millions de civils congolais, à l’image de leurs frères et sœurs de Goma, étaient convaincus que la victoire militaire sur le M23 était à la portée des FARDC. Il suffisait, pour cela, d’éliminer toutes les pesanteurs internes et externes qui perturbaient leur dispositif d’attaque sur le champ de bataille.               Kimp

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  1. Je voudrais donner un coup de chapeau scripturaire à Kimp, pour cette réflexion que d’aucuns considéreraient comme farfelue, mais qui nous ramène, dirai-je, à la « source » de la déconfiture de la rébellion: le patriotique soutenue de la population nord-kivutienne. Comme vous le faites bien remarquer, cette dernière a fortement participé (sans armes blanches ni à feu) à la victoire des FARDC. Un soutien moral et même matériel ont suffi à redonner du cran aux soi-disant « incapables et indisciplinées » Forces armées congolaises. J’ose espérer que dernières ne manqueront pas de témoigner leur gratitude à cette vaillante population combattante non violente pour son grand soutien.

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