Nord-Kivu : film macabre de l’attaque du Centre de Santé d’Eringeti par des ADF-Nalu

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adf-naluL’attaque perpétrée à Eringeti dimanche 29 novembre 2015 vers 15 heures par les Forces démocratiques alliées – Armée de libération de l’Ouganda (ADF-NALU) s’est accompagnée des violences inouïes contre les civils et le personnel de la santé. Eringeti est une cité située à une soixantaine des kilomètres de la ville de Beni, dans la Province du Nord-Kivu en RD Congo.

En fait, les assaillants ont non seulement utilisé des armes à feu et des armes blanches, mais ont également recouru à l’incendie des infrastructures et équipements sanitaires, boutiques ainsi que des médicaments dont la valeur est estimée à 23.550 $us. Ils ont aussi saboté la radio communautaire d’Eringeti, renseigne une note d’information de la Caritas Butembo-Beni.

Malades en soins intensifs, laborantine, infirmiers… pas épargnés

En effet, 7 malades qui étaient aux soins intensifs ont été tués par balle, y compris la laborantine VAHWERE. Les rebelles ont ensuite fait irruption à la pédiatrie où ils ont tué certains enfants et quelques garde-malades. Deux enfants sous tutelle de l’un des agents du Centre de Santé de référence ont été brulés dans la maison incendiée.

Poursuivant leur opération macabre,  les assaillants ont atteint la salle de Chirurgie pour femmes. L’infirmier Jules, qui y prestait, a reçu une balle après avoir été molesté. Il suit des soins d’urgence appropriés.

Par ailleurs, les infrastructures sanitaires, les équipements et les médicaments n’ont pas été à l’abri de la barbarie des assaillants : une grande partie des médicaments a été emportée ; les vitres du bloc opératoire cassés et certains matériels détruits ; la plupart d’équipements et de fournitures de la salle d’écoute de Prise en Charge psychosociale des survivantes des violences basées incendiés. Le même sort a été réservé à la salle de réception et de consultation des malades, à la pharmacie, et aux maisons servant de camp pour les infirmiers.

En outre, certains malades et garde-malades ont été enlevés par ces présumés ADF-NALU et conduits vers leur maquis. Un jeune homme kidnappé a tout de même échappé le lendemain par miracle à ses ravisseurs.

Sept personnes grièvement blessées par balles par les assaillants ont été dépêchées à l’Hôpital Général de Référence de Oicha lundi 30 novembre 2015 par l’ambulance militaire pour des soins appropriés. Parmi ces blessés, il y a KAHAMBU MUNGALA, KAHINDO MUPIRA, KAMBALE KAVUNGA (infirmiers du centre de santé), ABURASI, KAHAMBU KALIVWA. Le septième est décédé avant qu’il n’ait subi l’intervention chirurgicale.

La plupart des magasins et boutiques au bord de la route nationale N°4 ont été incendiés, y compris quelques maisons d’habitation.

Plusieurs Centres de Santé de la ZS d’Oicha déjà fermés suite à l’insécurité récurrente

La situation sécuritaire délétère dans le Territoire de Beni a déjà poussé plusieurs Centres de Santé (CS) de la Zone de Santé d’Oicha à fermer leurs portes. C’est le cas des Centres de Santé LIVA, KOKOLA, TOTOLITO. Le Centre de Santé de Référence d’ERINGETI risque lui aussi de fermer ses portes. « Les prestataires médicaux menacent d’entrer en grève si le gouvernement ne sécurise pas suffisamment le Territoire de Beni en général et la Zone de Santé de OICHA en particulier. Les activités de vaccination des enfants qui étaient en préparation dans cette zone de santé sont renvoyées aux calendes grecques », alerte la note de Caritas Butembo-Beni, dont une mission revient du lieu de ce drame.

Eringeti est vidée de la quasi-totalité de sa population qui, depuis l’après-midi du 29 novembre 2015, s’est dirigée vers Luna, à la limite septentrionale de la Province du Nord-Kivu. « Les ménages déplacés sont dépourvus du minimum vital, ayant abandonné tout derrière eux. La population du territoire de Beni sur l’axe Beni-Eringeti est dans une désolation totale, ne sachant plus à quel Saint se vouer », plaide la Caritas. Lorsque les formations sanitaires et le personnel soignant ainsi que les malades ne sont plus épargnés par l’activisme des présumés ADF-NALU, cela marque un tournant qui présage une situation on ne peut plus critique nécessitant la poursuite sans désemparé de la contre-attaque déjà engagée par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), avec le soutien des forces de la Mission de l’ONU pour la Stabilisation de la RDC (MONUSCO), conclut le document.

Condamnation du CICR

Le triste état des lieux dressé par la Caritas Butembo-Beni recoupe celui du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dont une équipe a pris en charge à l’hôpital Ndosho de Goma trois femmes blessées au cours de ces attaques meurtrières d’Eringeti.

Ainsi, dans un communiqué de pressé datant du 02 décembre 2015, émis de Genève, « le CICR rappelle à toutes les parties aux hostilités que les attaques menées contre des civils ou des biens de caractère civil, comme les structures médicales, constituent une violation flagrante du droit international humanitaire. Les civils et les personnels de santé doivent impérativement être respectés et protégés conformément au droit applicable ».

Et d’ajouter : « Nous sommes extrêmement préoccupés par la nature des violences commises durant l’attaque d’Eringeti, notamment à l’encontre des civils et du centre de santé de la ville. De nombreuses personnes sont mortes. Plusieurs patients – dont un nourrisson – et un membre du personnel médical ont été froidement exécutés lors de l’attaque », déclare Alessandra Menegon, cheffe de la délégation du CICR dans le pays.

Guy-Marin Kamandji