Nations africaines : nations à problèmes

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Afrique démantelée, convoitée, états extravertis, conscience tribale aiguisée… sont autant des phénomènes qui rendent difficiles l’existence des nations dans ce continent et compliquent davantage la problématique de la nationalité et de l’éclosion du nationalisme. Ils sont à base de l’affaiblissement de maints efforts déployés par les leaders de bonne foi pour réaliser l’intégration nationale nécessaire et indispensable à l’exercice de la souveraineté. En Afrique en effet, et un ouvrage dans le post colonial nous prouve les intérêts tribalo-ethnique étouffent l’avènement d’un Etat national, d’un Etat citoyen.

            La question est réellement sérieuse ; si l’être « politique tribale » ne devient pas « l’être politique nationale » on continuera à se poser la question comme celle de Thierry Michalon : qui Etat pour l’Afrique ? On veut bien rester dans la ligne colonie égale (=) état, mais on oublie que la colonie telle que construire après la conférence de Berlin n’a rien de commun avec les Etats européens qui, eux en 1960 avait déjà franchi le stade des Etat-nations. Ainsi, nous semble-t-il vouloir faire l’expérience d’une irruption brutale et violente de la conception de l’état moderne dans la vie africaine est une entreprise périlleuse non conforme à la réalité. C’est pourquoi, nous disons que tant que les Etat africains restent à leur Etat de copie certifiée conforme non conforme aux Etats européens, ils ne peuvent que rester « des Etas sans Etats ».

                        L’accélération, de l’histoire africaine au temps contemporain placé tout un continent devant la nécessité d’un raccourci vertueux et artificiel. Brusquement, les colonies africaines sont devenues des Etats indépendants qui vont très vite se proclamer « Nations ». Il faut plutôt les appeler » Nations polyethniques » et encore… On peut lire avec intérêt le petit article de J.L. Amselle dans TGV Magasine sous le titre de « l’ethnie est-elle la cause des malheurs de l’Afrique ? » C’est ce que le Président Tombalbaye du Tchad voulait dire dans une telle au journal Le Monde du 014 décembre 1965 quand il avait proclamé avec désespoir que : « l’occasion m’a été donnée maintes fois de souligner avec d’autres responsables que le fléau de l’Afrique se réduisait en un mot : le tribalisme ». Pendant ce temps, en 1963 déjà, les chefs d’Etats d’Afrique  indépendante, réunis à Addis-Abeba, pour créer l’OUA (organisation de l’unité africaine), avait proclamé comme sacro-saint le principe de l’intangibilité des frontière héritées de la colonisation. C’est cela encore une fois « l’Afrique sans les africains ».

            Plongés dans une sorte de la « mystique bienfaisante » des indépendances juridiques, les chefs d’Etats, déjà « pères des indépendances », n’ont pas eu, nuisiblement, le temps nécessaire pour se pencher sur les problématiques des frontières et de l’existence de leurs Etats respectifs. Dès le départ, la question de la souveraineté nationale de ces Etats se pose douloureusement. Et aujourd’hui, le défi est là ! Toujours mordant. Y faire face consciencieusement, c’est déjà vouloir sauver l’Afrique. Mais hélas ! L’épreuve est ardue, objective et même coriace. A ce sujet, on peut lire avec intérêt F. Van Langenhove sur « le problème de l’intégrité nationale des Etats de la décolonisation. »

                        Tout cela est bien symptomatique ! Tout porte à croire que les africains, en choisissant la voie de l’indépendance ont semblé n’être pas disposé à en assumer les conséquences. On doit rougir  de honte. Nationalisme, indépendance, démocratie, patriotisme sont de temps qui une fois appliquée chez un peuple, compte de lourdes conséquences. Il faut les enseigner dans un contexte passionnel et émotionnel ; il faut les défendre en terme de grandeur et de gloire ; en terme de destin commun. A ce sujet nous suggérons le lire combien pertinent de B.C Schäfer sur le nationalisme mythe et réalité.

            Ces mots ont l’irruption brutale en Afrique, dépourvus de leur contenu. Ils ont signifié dans le mental des africains d’autres contenus tels que : revendication, résistance, protestation contre le colonialisme. On est allé très vite à l’histoire européenne en particulier, en faisant référence aux mouvements politiques du XIX siècle. Mais, les africains ont oublié que l’histoire européenne ayant conduit à la formation des nations, a amené le droit à l’autodétermination et à la possibilité de s’unir au sein d’un Etat indépendant.

            En Afrique, la situation était tout autre ; les « nationalistes » sans nationalisme ont hérité des Etats « anciennes colonies » qu’ils concevaient déjà comme des nations.  Le paradoxe est net sur ce point. Ils se sont trouvé des facto, intégrés dans des structures politiques déjà instituées par la colonisation. Il semblait d’ailleurs visiblement si plaire. Comment dans ces conditions chercher à bâtir des nations alors que les prétendus de ces nations sont aliénés. L’ambivalence de leur comportement était nette. On ne peut pas construire son indépendance, son nationalisme, son patriotisme dans la culture des autres. A ce sujet, la lecture de N’diaye sur Elites africaines et culture occidentale Assimilation ou Résistance ? Est recommandée. Person dans un article « colonisation et décolonisation en côte d’Ivoire » publié dans Le mois en Afrique, montre bien comment certains leaders africains du style Houphouët-Boigny avaient voulu créer un « homme nouveau » ivoirien en faisant table rase des identités ethniques. Pour y. Person, le président ivoirien, très imprégné de culture française, porté et même habité par le messianisme philosophique hérite de la Révolution de 1789, a estimé que les langues et les cultures africaines étaient identifiables à la « honte » du passé. Il a reproché aux Britanniques d’avoir mal colonisé », qui paralyse la gouvernance de l’Etat.

            Nous voulions dans ce point montrer le fait que le concept de « partie » de « patriotisme » ne pouvait venir à l’esprit des pères des indépendances. Si l’expression « mère-patrie » se rattache et s’identifie au « patrimoine » c’est-à-dire à l’ensemble  des biens reçus en héritage, bien légué par les aïeux, par exemple terre, territoire, pays, valeur, tradition, en Afrique une telle conception est difficile à réaliser ; car la terre, le territoire, le pays sont des créations d’autrui. C’est avec raison que c’est l’esprit patriotique d’un peuple qui façonne son amour pour sa patrie. Un amour toujours renouvelé de génération en génération. En amour pour son histoire, en peuple, ses langues, sa conformation naturelle ; un amour qui s’étend même jusqu’aux fruits actions des citoyens et aux fruits de leurs génies.

            Ainsi, tout danger qui menace ou menacerait le grand bien de la patrie, devient-il une occasion de le mesurer ou de le vérifier. L’Afrique contemporaine doit rougir de honte quand ses leaders parlent de « ma Patrie… » Quand eux-mêmes patrimonialisent leurs pays ! Non, l’existence d’une Nation avec son corollaire la Patrie est un plébiscite de tous les jours comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. Une affirmation volontairement agissant de partager culturellement et collectivement le destin d’une communauté nationale sont-elles qui font « exister » l’homme au monde. C’est par elles que naît la conscience tribale et ethnique.

                        La nation, au concret, est un alibi identitaire accueillant qui fonde l’aspiration politique d’un peuple. Elle est l’âme, un principe spirituel, un consentement toujours actuel et actualisé, un désir affiché de vivre ensemble. Elle est la conditionnalité de l’existence d’un Etat et du principe de nationalité. L’Afrique contemporaine hélas ! Se débat encore dans les spectres de la lutte structurante entre le tribalisme, l’ethnisme et le nationalisme intégrateur. On peut relire à ce sujet l’article déjà cité de J.P. Chrétien sur « L’alibi ethnique dans la politique africaine » et ainsi l’article de D. Bach « L’Afrique, son intégration, ses frontières » dans Marchés traficaux on ne dira jamais assez que le caractère polyethnique des populations africaines réagit fortement sur la construction de l’identité nationale. Il est pratiquement impossible de construire la nation à partir de l’Etat. Une telle voie est dangereuse et conduit à des comportements aberrants et même contraires aux aspirations africaines (panafricanisme). Les gestes de chauvinisme tribal attardé et de xénophobie ont élu domicile partout en Afrique. C’est au nom de la nation tribu » qu’on gouverne, qu’on chasse, qu’on expulse. Non ! Les Africains doivent parvenir à créer une Afrique-espace de liberté, de la cohabitation et de convivialité qui peut répondre mieux à cette notion de grande famille à laquelle l’Africain est sensible. Nous demandons s’il ne faut pas créer une science africaine » de l’Etat qu’on appellerait, par exemple, la « statologie africaine ».

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