Mukulumanya en colère : Muhammad Ali, pourquoi le silence de Kinshasa ?

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ali-vs-foreman-the-rumble-in-the-jungleAu nom de quel principe le pouvoir en République Démocratique du Congo (R.D.C.) se refuse-t-il de raviver ou d’accompagner l’idée de grandeur de la Nation congolaise, ex-zaïroise, que célèbre le monde entier aujourd’hui à travers le souvenir du « combat du siècle » que Mohammed Ali avait livré à Kinshasa, en octobre 1974 ?

Pourquoi les pouvoirs publics congolais restent-ils muets comme une carpe et sans réactions quand il s’agit de tout ce qui peut remettre à l’honneur, la fierté et la grandeur du Congo, ex-Zaïre, dans le monde ?

Dans son pays où le Général De Gaulle a œuvré pour la libération et la grandeur de la France et où il est connu par les Français comme le Président qui avait une haute idée de celle-ci, ne se souvient-on pas de son Appel pour la libération de la France ou de ses idées et de ses hauts faits ayant forgé et établi la grandeur de la France au nom du principe de la continuité de l’État ?

Pourquoi au Congo ne se réfère-t-on jamais à ce qui a été bien ou mieux fait par les prédécesseurs, tout comme on ne rappelle jamais les faits glorieux de l’Histoire récente du Congo-Zaïre ?

Volonté de maintenir dans l’ignorance et l’obscurantisme les Congolais d’aujourd’hui ? Ou volonté d’effacement de l’Histoire du Congo, ou en d’autres mots, volonté délibérée de destruction de la mémoire collective nationale de mon pays ? Pourquoi ?

1. Regard sur la mort de Papa Wemba comme introduction à mon propos de ce jour

Il y a un mois et demi mourait, en Côte d’Ivoire, Papa Wemba, un digne fils du Congo qui a bien rempli son contrat dans l’art qui était de la profession qu’il s’était choisie : la musique. Les faits qui pourtant ont été évoqués pour justifier le deuil national qui avait été décrété en sa mémoire datent cependant des années 1970 et 1980,
c’est-à-dire d’avant l’arrivée au pouvoir de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la (prétendue) Libération du Congo-Zaïre (A.F.D.L.), des Comités des Pouvoirs Populaires (C.P.P.), du Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement (P.P.R.D.), du Rassemblement des Congolais pour la Démocratie (R.C.D.), du Mouvement de Libération du Congo (M.L.C.) et de toutes leurs excroissances rwandaises malignes (CNDP, M23, etc.).

On a dit que Papa Wemba était connu à travers le monde comme ambassadeur de la culture et surtout de la musique congolaise. Mais, on n’a pas dit comment et pourquoi ! Puis, on a mis l’accent sur la sape comme pour dire que la culture congolaise se ramenait simplement à l’élégance et peut-être même à l’habillement farfelu ou extravagant.

Mais, Papa Wemba a été plus que cela : ambassadeur de la culture congolaise à l’étranger parce qu’il a su, mieux que d’autres, valoriser les chants et danses folkloriques de son terroir en les adaptant au rythme des chants et instruments modernes, comme l’avait demandé à tous les musiciens zaïrois le Président de la République, Mobutu Sese Seko, pratiquant sa politique de désaliénation mentale et culturelle initiée dans le cadre de la Révolution de l’Authenticité.

Celle-ci impliquant le ressourcement des Citoyens à leurs valeurs
traditionnelles d’origine, il leur avait dit que « Mozart n’était pas
congolais et le jazz non plus » et qu’il fallait par conséquent que
les Zaïrois mettent plutôt en valeur les chants et les danses de leur
propre culture traditionnelle. Car, c’est là l’origine des chants
comme « Analengo » et autres que composèrent le défunt Papa Wemba et
tous ses collègues musiciens. Les Congolais d’aujourd’hui devaient
donc être informés à cette occasion de la mort de Papa Wemba que ce
sont donc ces chants et danses des créateurs zaïrois produits de leur
propre culture zaïroise que Wemba et ses amis allaient produire en
exhibition à l’étranger aux frais de la République souvent à
l’occasion des Festivals des Arts, des Cultures, des Théâtres, du
Cinéma, etc. dont le Président zaïrois Mobutu était réputé en être le
mécène.
Madiata, Franco, Kiamwangana et d’autres chantèrent les valeurs
nationales, notamment la paix, l’unité, la conscience et les valeurs
traditionnelles tribales évoquant et exaltant la diversité culturelle
dont le peuple congolais dans son unité et toute sa grandeur pouvait
s’enorgueillir à la face du monde. D’autres encore, ou les mêmes,
chantèrent les merveilles de la nature de notre pays et sa grandeur
symbolisée par celle de notre « Ebale ya Zaïre ». Et d’autres enfin
véhiculèrent par leurs chants nationalistes et révolutionnaires les
mots d’ordre politique exaltant l’amour du travail (Salongo), et du
travail bien fait, comme valeur en vue du développement national,
invitant du même coup les Congolais au travail d’ensemble, dans
l’unité et la conscience nationales.
Voilà le rôle assigné par la Révolution de l’Authenticité  à la
musique que la mort de Papa Wemba nous a donné l’occasion d’expliquer
aux jeunes d’aujourd’hui afin qu’ils apprennent à offrir à notre
peuple une musique qui élève tout en égayant, et non pas comme je le
vois depuis vingt ans, une musique des délinquants jouisseurs, celle
qui détruit les mœurs d’une société responsable et pervertit nos
enfants.
Dans le film « La vie et belle » de mon ancien collègue au Collège
Notre Dame de la Victoire, à Bukavu, Dieudonné Ngangura, dont
l’acteur-vedette était Papa Wemba, film qu’on a aussi évoqué, sans
plus, dans la foulée des obsèques de celui-ci, c’est cette même vision
de la Révolution de l’Authenticité qui en constituait le fondement.
Car, en le visionnant intelligemment, on ne peut que constater que
Papa Wemba y incarnait un enfant de rue qui pour survivre avait dû
s’adonner à effectuer plusieurs petits métiers : cireurs des
chaussures, « quado » ou réparateur des pneus sur les artères de
Kinshasa, vendeurs des cacahuètes ou des fruits, etc. Moralité : il
faut aimer et bien faire son travail pour vivre, car comme dit
l’adage, il n’y a pas de sot métier.
Voilà l’idéal, la vision philosophique de l’Authenticité qu’on aurait
dû expliquer et commenter à l’intention de notre peuple et surtout à
toute notre jeunesse à l’occasion de la mort de Papa Wemba en le
présentant alors comme modèle sur ces deux points : celui de son rôle
d’ambassadeur de la culture congolaise à l’étranger et celui de son
rôle comme acteur principal dans « La Vie est belle ».
Dommage ! Un gâchis incommensurable ! Mais, pourquoi alors ce silence
sur les vraies valeurs de la R.D.C., ex-Zaïre ? Parce que, restant
toujours sur le même sujet de l’idéal de l’Authenticité poursuivi à
travers la musique, des commentateurs étrangers tendancieux ont dit et
leur ont appris que Mobutu Sese Seko, le Président de la République du
Zaïre, qui se serait fait confectionner un hymne « Djalelo » pour sa
gloire personnelle, était « Roi du Zaïre » ! Une déclaration ou
accusation, malheureusement, que bien d’intellectuels paresseux et des
pseudo-analystes congolais, étalant leur ignorance sur la place
publique, ont repris au grand jour. Et dans les différents forums sur
le net, ils se sont réappropriés ces accusations jusqu’à en faire le
fondement de leurs critiques insensées contre Mobutu et son régime.
Pour nous, trois mille anciens étudiants de l’Université Lovanium de
Kinshasa et 200 étudiants de l’Université officielle du Congo de
Lubumbashi qui avions été enrôlés au début du mois de juin 1970 au
sein de l’Armée Nationale Congolaise (A.N.C.) suite à nos
manifestations en solidarité avec nos collègues étudiants victimes de
« mai 1968 » en France et de « juin 1969 » à Kinshasa, nous devrions
savoir pertinemment bien et comprendre mieux pourquoi et comment
Djalelo était devenu un hymne à l’honneur du Président de la
République (indépendante du Congo ex-Belge).
En effet, dès notre première leçon de « discipline militaire », nous
étions estomaqués de constater que tout le Règlement militaire, dix
ans après l’indépendance du Congo Belge, tournait autour des honneurs
militaires au Roi, au Gouverneur Général, et aux Officiers et
Sous-officiers qui étaient tous belges. Et le Président Mobutu pour sa
part, s’étant informé sur les termes de la musique de la fanfare
militaire qui, depuis cinq ans qu’il était Chef de l’État, rythmait
ses pas lors des cérémonies officielles, et ayant appris que c’était
encore et toujours le même rythme que l’on chante toujours en Belgique
pour le Roi des Belges, le même que l’on chantait au Congo Belge pour
le même Roi sous la colonisation et que c’était toujours le même que
l’on continuait à chanter en ce moment-là pour lui dans un Congo
indépendant, demanda immédiatement au Commandant du « Bataillon
Musique » de lui trouver un hymne débarrassé des relents et autres
scories du colonialisme.
Voilà comment furent sollicités les Chefs traditionnels congolais
pour aider la fanfare militaire à trouver un hymne réservé au Chef
dans le patrimoine culturel congolais. Certes, beaucoup de tribus
congolaises n’en avaient pas. Mais, les Luba du Katanga en avaient un,
c’était « Djalelo », qui était réservé au « Mulopwe », le Grand Chef
traditionnel dans le territoire de Malemba-Nkulu.
Le fait de retirer une séquelle de la colonisation, cet « Hymne » qui
rythmait les pas du Roi des Belges, des cérémonies officielles dans un
nouveau pays indépendant, la République Démocratique du Congo, fut mal
perçu par d’anciens colonialistes belges qui l’interprétèrent comme
résultant d’une volonté du « Dictateur Mobutu » de se faire passer
pour un Roi !
Cela dit, et pour ne pas tirer en longueur sur cet intéressant sujet
dont ce n’est ni le moment ni le lieu ici d’en parler, j’en viens
maintenant à cette autre occasion manquée d’expliquer le sens et les
raisons qui avaient déterminé le pouvoir zaïrois d’alors à organiser à
Kinshasa ce qui est à présent considéré à travers le monde comme « le
combat du siècle ».

2. Le Zaïre de Mobutu et l’organisation de l’événement sportif du XXème siècle

Il était très jeune, âgé de 22 ans, et s’appelait Cassius Clay, né
Cassius Marcellus Clay Jr, lorsqu’il surprit le monde en vainquant
Sonny Liston, le redoutable Champion du monde jusque-là invaincu, par
K.O., au 7è round, et devint, en 1964, Champion du Monde de Boxe de la
catégorie des Poids Lourds, version W.B.A.

a. Les antécédents

Il me semble qu’au fur et à mesure des victoires qu’il a alignées
depuis le début de sa carrière, Cassius Clay, Noir américain
descendant d’esclaves, était envahi par le souci de soi et le désir de
vivre et de vivre libre. Ce désir d’être fit naître en lui l’exigence
d’avoir une identité. Manifestant très tôt son attachement aux
origines noires de ses arrières grands-parents arrivés aux Amériques
comme des esclaves, il se découvrit aussitôt, après cette éclatante
victoire une âme : l’âme noire ! Il manifesta alors de l’intérêt pour
l’Islam, une religion venue de l’Afrique-mère naguère pratiquée par
ses ancêtres. Et, tout naturellement, il se mit aussitôt dans les pas
de Malcolm X qui était parmi ceux qui défendaient la cause de la
communauté afro-américaine aux États-Unis.
C’est ainsi qu’il fut amené à fréquenter comme celui-ci
l’organisation « Nation of Islam » ou « Nation de l’Islam » et qu’il
se surnomma Cassius X, en hommage à Malcolm X, ce théoricien et
militant de la lutte des Noirs pour la reconnaissance de leurs droits
dans leur pays. De ce surnom, il faut dire que la lettre X symbolisait
son désir de rejeter comme d’autres descendants des Noirs leurs noms
d’esclaves. Elle comblait donc l’absence du véritable nom d’origine de
ses ancêtres africains. Voilà comment, il finit, suite à sa conversion
à l’Islam le 6 mars1964, par prendre le nom de Mohamed Ali, à l’époque
où la communauté afro-américaine se considérait comme opprimée par le
système de ségrégation raciale qui avait cours aux États-Unis
d’Amérique (U.S.A.).
De ces faits, la fréquentation par lui de cette communauté et
l’intérêt que Cassius Clay commença à porter à la religion musulmane
ne furent pas du goût ni des dirigeants américains, ni de la majorité
de ses compatriotes blancs.
Poursuivant sa carrière et faisant entretemps preuve d’une force de
frappe peu commune, Cassius Clay conserva son titre mondial des «
Poids lourds » jusqu’en 1967 en triomphant coup sur coup des grands
boxeurs de son temps : Sony Liston pour la deuxième fois et Floyd
Patterson, en 1965, George Chuvalo, Henry Cooper, Brian London, Karl
Mildenberger et Cleveland Williams, en 1966. Soit cinq combats en une
année, alors que les règlements en vigueur ne permettaient au Champion
du monde de mettre en jeu son titre que deux fois par an.
En 1966 cependant, Cassius Clay refusa de servir dans l’armée
américaine engagée dans la Guerre au Vietnam. D’une part ce fut sous
prétexte qu’il n’avait « rien contre le Viet-Cong » et, d’autre part,
parce que, dira-t-il : « Aucun Viet-Cong (entendez Vietnamien) ne m’a
jamais traité de sale nègre ». D’aucuns ont prétendu que ce faisant,
Cassius était devenu un objecteur de conscience ! Mais, en réalité,
son attitude était conforme à la culture de ses aïeux qui interdit de
tuer gratuitement, comme des Rwandais et des Ougandais ont accepté de
massacrer gratuitement des innocents au Congo !
Et c’est donc au nom de ses croyances personnelles et de ses
convictions politiques que je pense l’ancien Président américain, Bill
Clinton, ne manquera pas d’évoquer dans l’oraison funèbre qu’il
consacrera à sa mémoire lors de son enterrement, que Cassius refusa de
s’engager dans la Guerre.
La fédération WBA n’apprécia guère ces positions politiques de
Cassius Clay et profita de cette situation pour lui retirer sa
ceinture de Champion du monde, puis procéda immédiatement au sacre
d’Ernie Terrel. Demeuré cependant Champion du monde la version WBC, il
récupérera le titre WBA le 6 février 1967 dans un combat de
réunification contre Terrel.
Le 28 avril 1967, Cassius Clay refusa son incorporation dans un
Centre de recrutement militaire. Aussi sera-t-il condamné, le 20 juin
1967, à 5 ans de prison et à une amende de 10.000 dollars américains.
Et cette condamnation lui valut la perte de sa licence de boxe et la
déchéance de son titre mondial sans combattre.
Et ce ne fut pas fini. Car, très malmené par les autorités de son
pays, on lui chercha encore une petite bête, et c’est bien ainsi qu’il
fut arrêté et emprisonné pour raison de fraude fiscale, et qu’il fut
interdit de pratiquer la boxe pendant trois ans et demi, du 15 juin
1967 à 1970.
Mais, Cassius fit appel de sa condamnation et ne partit pas en
prison. Il connut néanmoins de nombreux problèmes d’argent, jusqu’à la
Décision de la Cour Suprême de Justice des États-Unis qui lui
reconnut, en 1971, le droit de refuser d’aller faire la guerre.
Étant resté plus de trois ans sans combattre, Cassius Clay annonça sa
retraite et renonça à son titre de Champion du monde au profit d’une
étoile montante, Joe Frazier. Mais, très vite, à peine libéré par la
Décision de la Haute Cour, il voulut reprendre son titre, et lui qui
n’avait pas combattu depuis longtemps, essuya sa première défaite aux
points le 8 mars 1971 au Madison Square Garden de New York face à Joe
Frazier. Puis, sa deuxième défaite face à Ken Norton, le 31 mars 1973.

b. Le contexte au Zaïre au moment de l’événement sportif du siècle

Dès son arrivée au pouvoir ,le 24 novembre 1965, le Président de la
République Démocratique du Congo (R.D.C.), Joseph-Désiré Mobutu,
confronté dans la gestion de son pays, le nouveau Congo indépendant,
ex-Congo Belge, aux séquelles de la politique coloniale belge, décida
de rompre les amarres de la colonisation en procédant au changement de
tout ce qui entravait le développement harmonieux de son pays et en
assurait la continuité.
C’est ainsi que, le 17 novembre 1971, en application de sa politique
de désaliénation mentale et d’émancipation des Congolais fondée sur le
« nationalisme congolais authentique », fut prise par le Bureau
Politique du Mouvement Populaire de la Révolution (M.P.R.) qui faisait
office du Parlement dans son système politique, notamment la Décision
du changement du nom de son pays, qui devint la République du Zaïre,
et du rejet des noms et prénoms d’emprunt aux cultures étrangères.
Je me rappelle qu’à une question d’un journaliste européen qui lui
demandait pourquoi avait-il accepté que les Congolais rejettent leurs
noms chrétiens de baptême, le Président Mobutu répondit : « Pourquoi
voudriez-vous que des Congolais continuent de porter des noms
étrangers ? Je m’appelai Joseph-Désiré Mobutu. Joseph, Pierre, etc.
sont des noms authentiquement juifs. Avez-vous déjà vu au monde un
Juif – je dis bien un seul Juif – qui porte un nom authentique zaïrois
? Avant d’être saints, Joseph et Pierre ont existé comme vous et moi
nous existons aujourd’hui. Et c’est seulement après mille ans que
l’Église les a reconnus et proclamés saints » ?
Et à l’occasion de son courageux Discours, désormais historique et
légendaire, du 4 octobre 1973, devant l’Assemblée générale de
l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.), Mobutu dénonça les abus de
la coopération économique internationale et les dérives de la
gouvernance mondiale du fait de grandes Puissances, en particulier
d’anciennes puissances coloniales. Et c’est à cette occasion qu’il
expliqua alors au monde le sens profond de l’action qu’il menait
depuis qu’il était à la tête de son pays sous la bannière de la
politique fondée sur la recherche de l’Authenticité zaïroise.
Ce discours et cette politique ne laissèrent guère indifférents les
Nations arabes auxquelles Mobutu avait témoigné sa solidarité
notamment dans leur conflit avec Israël lorsqu’il déclara : « Entre un
frère et un ami, le choix est clair », étant bien entendu que le frère
c’était les Arabes et l’ami, Israël.
Ni les Noirs américains et toutes leurs Communautés qui, comme leurs
ascendants déportés aux Amériques depuis des lustres, étaient en quête
de leur identité originelle depuis le dix-neuvième siècle et
cherchaient à renouer leur cordon ombilical à leur culture originelle
africaine.
Et depuis, Mobutu reçut en visite à Kinshasa la visite de nombreuses
délégations des Nations arabes et des leaders des Mouvements et
Associations de défense et de promotion des droits civiques et
politiques des Noirs et des peuples opprimés qui venaient lui
présenter des félicitations pour son courage et solliciter en même
temps son soutien dans leurs luttes.
Mobutu fut ensuite auréolé par les victoires que, depuis lors, son
pays aligna dans plusieurs domaines, surtout culturels et sportifs :
l’Authenticité fut spécialement bien accueillie dans les pays
d’Afrique et d’Amérique latine ; les Noirs des États-Unis d’Amérique
virent en Mobutu un digne leader du Monde noir dont le combat pour
l’émancipation des Congolais leur rappelait le souvenir du Dr Martin
Luther King et d’autres leaders des mouvements qui luttaient pour la
promotion et la défense des droits et libertés des Noirs dans le
monde.
Entretemps, les Léopards du Zaïre furent la toute première équipe
africaine de football à accéder au tournoi final de la Coupe du monde
en 1974, etc.

c. Le combat du siècle

Mohamed Ali avait toujours en tête l’idée de retrouver les sommets de
la boxe où il avait longtemps trôné depuis sa victoire sur le terrible
Sony Liston jusqu’à son interdiction de pratiquer la boxe.
Le 22 janvier 1973, Joe Frazier qui détenait le titre fut détruit en
deux rounds par un terrible colosse, George Foreman, un impitoyable
puncheur invaincu en 40 combats dont 37 par K.O. Quant à lui, Mohamed
Ali poursuivant son rêve de reconquérir le titre mondial de la boxe,
réussit sa revanche sur Ken Norton, le 10 septembre 1973, puis sur Joe
Frazier, le 28 janvier 1974. Et c’est bien ainsi qu’il devint de
nouveau le challenger au détenteur du titre mondial, George Foreman.
Don King, le promoteur noir américain de boxe, se mit en tête
d’organiser le combat entre ces deux boxeurs hors du commun, Foreman,
le champion en titre, et son challenger Mohamed Ali. Il promit à
chacun de deux compétiteurs la somme de cinq millions de dollars
américains alors qu’il n’en avait pas le moindre sou.
Les États-Unis d’Amérique, son pays et aussi celui de deux pugilistes
noirs ayant refusé d’assumer l’organisation de ce championnat du
monde, Don King et une délégation d’hommes des Églises, de même que
des politiques américains noirs, notamment des Sénateurs, furent reçus
à Kinshasa par le Président Mobutu Sese Seko auprès de qui ils
sollicitèrent et obtinrent qu’il sponsorise ce combat.
Pour le Président Mobutu, il s’agissait de relever le défi au nom de
la solidarité des peuples noirs. Car, comme il finit par l’avouer à
Don King, « organiser ce prestigieux combat à Kinshasa, au cœur de
l’Afrique, était un cadeau qu’il offrait au peuple zaïrois et un
honneur pour l’homme noir ». C’est pourquoi, ayant en effet souscrit à
la sollicitation de Don King, Mobutu finança l’intégralité des frais
inhérents à ce championnat du monde. En même temps, il mit en place un
comité sportif zaïrois à la tête duquel il plaça son ami, un ancien
lumumbiste, Mandungu Bula Nyati (ex-Tony) pour accompagner Don King et
son équipe dans leur travail d’organisation de ce combat au Zaïre.
C’était la première fois qu’un événement de telle importance était
organisé en Afrique. Et c’est bien ainsi qu’en octobre 1974, la
République du Zaïre et son peuple, forts de leur hospitalité
légendaire, reçurent les Américains à Kinshasa avec faste.
L’enjeu était de taille. Mohamed Ali, représentant emblématique de la
lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis fut adopté par le
public zaïrois, en particulier kinois, pour son action en faveur de la
cause des Noirs. Il allait croiser les fers avec George Foreman, le
puncheur le plus redoutable et invaincu jusque-là, qui avait gagné la
quasi-totalité de ses combats avant la limite par K.O. Face à lui
Mohammed Ali qui est resté longtemps à la touche, pratiquement sans
combattre, ne représentait donc qu’une bouchée dont on craignait
d’ailleurs qu’il n’y perde la vie.
Et c’est dans cette atmosphère que, le 30 octobre 1974, les deux
boxeurs montèrent sur le ring aménagé dans le « Stade du 20 mai » de
Kinshasa archicomble. Et que, pour l’éternité et la solennité de
l’événement, le Président Mobutu du Zaïre posa au milieu d’eux, main
dans la main. Alors, le combat pouvait commencer…
Le monde entier était tout yeux tout oreilles tournés vers Kinshasa,
capitale de la République du Zaïre, actuelle République Démocratique
du Congo. L’événement était retransmis en direct sur toutes les
chaînes de radio et de télévision américaines, européennes,
asiatiques, australiennes et africaines, en un mot du monde entier.
Au huitième round, le gong sonna : Mohammed Ali, la papillon, les
mains en l’air, venait d’abattre le colosse, écroulé et gisant les
quatre fers en l’air, sous le tapis. Et le monde entier n’en croyait
pas ses yeux : Ali venait de reconquérir le titre mondial et ainsi de
forger sa légende à Kinshasa. Don King obtint la consécration mondiale
en tant que promoteur professionnel de boxe pour ce premier événement
qu’il organisa à Kinshasa. Et Mobutu, couronné de succès, et tout le
peuple zaïrois dans son ensemble étaient au zénith !
Quant aux commentateurs sportifs, ils avouèrent unanimement que le
combat de Kinshasa était « le plus illustre des combats de l’histoire
de la boxe », relevèrent que ce championnat du monde de Kinshasa,
était « le plus grand combat de boxe anglaise de l’histoire », et,
prétendirent à cet égard que « tous les superlatifs du monde (leur)
parurent insuffisants pour qualifier l’affrontement » du 30 octobre
1970 à Kinshasa !

3. L’étonnant silence de Kinshasa aujourd’hui autour de la mort de Mohammed Ali

A peine la nouvelle de son décès était-elle tombée sur les
téléscripteurs et reprise par les réseaux sociaux que les médias du
monde entier s’en sont saisis et que leurs commentaires ont commencé à
fuser de partout pour rappeler ce que fut réellement Mohammed Ali en
balançant sur les écrans le film du combat historique que dans un
contexte tout à fait particulier ci-dessus décrit, il avait été amené
à livrer à Kinshasa, capitale de la République du Zaïre, actuelle
R.D.C. On entendit des hommages en mémoire de Mohammed Ali provenir de
partout, sauf du pays l’ex-Zaïre, qui avait pourtant organisé
l’événement du siècle tant vanté !
Une infirmière d’origine gabonaise, voisine à l’un de mes petits
frères, interpella : « votre champion de frère est mort » ! Mon frère
lui répondit qu’Ali n’était pas Zaïrois, mais américain. Interloquée,
la dame lui dit, « Mais quand j’étais petite à Libreville, mon père
s’extasiait sur l’extraordinaire combat que votre pays avait organisé
pour son sacre. Et personnellement, j’ai grandi, comme mes frères et
mes sœurs, avec l’idée que le célèbre boxeur, Mohammed Ali, apprécié
du monde entier, était d’origine congolaise » !
Pendant ce temps, des médias français, notamment Le Monde comme Radio
France Internationale et France 24 ont fait parler certains Congolais,
ex-Zaïrois, dont voici l’un des témoignages :
Joseph Boucar Kassonga Tchiloundé, un de mes anciens confrères,
actuellement Président de l’Union Nationale de la Presse congolaise
(U.N.P.C.) cité par Le Monde, a dit que le souvenir qu’il « garde de
ce combat, c’est avant tout la promotion de notre pays, la République
Démocratique du Congo qui, à l’époque, s’appelait Zaïre. Lorsqu’il
m’arrive de voyager et de me retrouver dans des pays comme la Corée ou
ailleurs, quand vous citez la République démocratique du Congo, les
gens parfois ne connaissent pas. Mais si vous dites Kinshasa, puis les
gens vous s’interrogent : « Ali-Foreman » ? Vous voyez donc que c’est
une grande référence qui demeure jusqu’à ce jour ».
Et Le Monde d’ajouter : pour ce journaliste qui avait vécu
l’événement aux côtés de mes excellents confrères défunts, Tshimpumpu
wa Tshimpumpu, Basunga Nzinga et d’autres, c’était aussi un vrai enjeu
politique. Pour lui, « C’était un enjeu politique très important, un
enjeu de grande visibilité et de grand rayonnement du pays à travers
le monde, car en effet, le Maréchal Mobutu n’a pas lésiné sur les
moyens. Les organisateurs avaient demandé 10 millions de dollars, le
Maréchal Mobutu a sorti 10 millions de dollars et le combat a eu lieu.
Il y a eu même les grandes vedettes de la musique internationale qui
se sont retrouvées ici. C’était une grande fête dans toute la ville de
Kinshasa ».
Pourquoi alors le silence des autorités politiques et sportives de
Kinshasa autour de cet événement ? Et pourquoi n’osent-ils pas
informer le peuple et surtout la jeunesse congolaise des exploits
réalisés par les anciens ? Quel avenir construit-on aujourd’hui en
République Démocratique du Congo en voulant maintenir la population
dans l’ignorance de l’histoire glorieuse de leur pays ? Et pourquoi
ceux qui se présentent comme analystes politiques ou écrivains ne
s’avisent-ils pas, eux non plus, à faire quelque chose pour pallier à
ces insuffisances et ces lacunes ?
Quoi qu’il en soit, les membres de mon parti et mes amis savent ou
sont informés qu’après que nous aurons décidé de nous mettre en ordre
de bataille démocratique pour conquérir le pouvoir et mieux gérer en
toute responsabilité et intelligemment les affaires nationales de
notre pays, nous érigerons un imposant mémorial pour le « combat du
siècle » dit « Humble in the jungle », en hommage à Mohamed Ali à
l’entrée du « Stade du 20 mai » où il avait fondé sa légende pour
entrer au panthéon du sport au point d’être considéré aujourd’hui
comme « le plus grand sportif de tous les temps ».A ce sujet, en ce
jour où il va être mis en terre, que les membres de sa famille, son
jeune frère et ses enfants qui avaient foulé le sol de ce Stade
historique du 20 mai au même moment que sa femme et lui, se le
tiennent pour dit et fermement promis. Au nom du peuple congolais.

Que son âme repose en paix !
Le Président du
Mouvement Populaire
de la Révolution
MUKULUMANYA wa N’GATE ZENDA
Ancien Ministre des
Affaires Etrangères