Mugabe : la fausse popularité des dirigeants africains

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Le spectacle du peuple qui chante et danse dans les rues de la capitale, après la chute d’un dictateur, avait déjà été vécu en son temps, sur le continent, avec Habib Bourguiba (Tunisie), Hailé Sélassié (Ethiopie), Jean-Bedel Bokassa (Centrafrique), Sékou Touré (Guinée), Idi Amin Dada (Ouganda), Ben Ali (Tunisie), Hosni Moubarak (Egypte), Mobutu Sese Seko (Zaïre/RDC), Blaise Compaoré (Burkina Faso)… pour ne citer que cet échantillon d’anciens Chefs d’Etats partisans des mandats à vie. Hier mardi 21 novembre 2017, des milliers de Zimbabwéens sont descendus dans les rues de Harare pour fêter la démission, impatiemment et longuement attendue, de Robert Mugabe, l’homme qui a régné sur le Zimbabwe pendant 37 ans et réussi l’exploit de faire de son peuple parmi les plus pauvres de la planète.

 

La première leçon à tirer de la fin de règne d’un des héros de l’indépendance de ces pays, n’est autre que celle de la fausse popularité des dirigeants africains. Pendant longtemps en effet, Robert Mugabe, tout-puissant Chef de l’Etat et chef de la Zanu-PF, le parti au pouvoir et majoritaire au Parlement depuis plus de trois décennies, faisait croire au monde extérieur qu’il était adulé par son peuple. Après avoir enchainé plusieurs mandats présidentiels sur fond de scandaleuses fraudes électorales, dont la dernière en date était intervenue en 2013 face à l’opposant Morgan Tsangirai, l’homme vient de connaître une fin de règne humiliante.

Il ne pouvait en être autrement au regard du large gouffre économique dans lequel il a précipité le Zimbabwe, au point de l’obliger à mettre une croix sur sa monnaie nationale et à adopter le dollar américain.

 

Quand l’armée ne tire pas…le peuple retrouve son pouvoir de décision

 

Depuis la semaine dernière, c’était le suspense au sujet du sort de Robert Mugabe. Bien qu’assigné à résidence puis chassé de la présidence du parti, la Zanu-PF, et placé sous la menace d’une motion de défiance au Parlement, le vieux dictateur s’est autorisé une « prolongation » de nature à faire croire que « son peuple » était derrière lui. Les réalités du terrain ont montré qu’en Afrique, lorsque l’armée ne tire pas sur des civils innocents et sans armes, le souverain primaire retrouve automatiquement son pouvoir de décision.

Pour le cas de Mugabe, ni l’Union Africaine, ni la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), ni ses fidèles amis tels que le Sud-africain Zuma, n’ont pu faire quoi que ce soit pour le remettre en selle.

A ce sujet, l’Afrique et le monde se sont rendu sà l’évidence que le peuple zimbabwéen avait vomi Mugabe. La grande marche populaire de colère contre sa tentative de résistance à l’ouragan de l’histoire, ainsi que les slogans et calicots hostiles qui l’avaient accompagnée étaient suffisamment éloquents sur le ras le bol des masses laborieuses clochardisées comme il n’est pas permis.

Le constat à faire en Afrique est que chaque fois que l’armée tourne le dos au demi-Dieu à qui elle obéissait au doigt et à l’œil, son impopularité et son impuissance éclatent au grand jour. Pourtant, la voie d’une sortie honorable de la fonction présidentielle était largement indiquée à Robert Mugabe depuis le jour où la « grande muette » a cessé d’être à son service. Malheureusement, comme tout dictateur qui se respecte, il n’a pas su lire les derniers signes du temps. « Bob » paie ainsi la rançon de son entêtement et de son aveuglement à vouloir à tout prix changer le cours d’une histoire dont le peuple zimbabwéen s’est chargé d’écrire les dernières pages.

A l’instar de Compaoré, Ben Ali ou Moubarak, l’ancien dictateur zimbabwéen est aujourd’hui un homme seul, abandonné par les « vétérans » et tous ceux qui avaient fait de lui le sauveur incontournable de la patrie, alors que rien n’était plus faux.

                                    Kimp