La motion contre Kitebi fait flop

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Pendant presqu’un mois, l’actualité politique nationale était focalisée sur le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Finances, Patrice Kitebi, visé par une motion de défiance articulée contre lui par le député Samy Badibanga. L’objet même de la motion, à savoir un trou présumé de plus de 207 millions de dollars américains sur la ligne budgétaire de l’Opposition politique pour l’exercice 2014, a donné lieu à des soupçons de détournement des fonds publics.
Comme pour ajouter à la spéculation, l’agenda de travail fort chargé de l’intéressé, émaillé de plusieurs missions à l’étranger, l’empêchait , pendant un bon bout de temps, de se présenter à l’hémicycle de Lingwala. Il n’en fallait pas plus pour lui coller la peu flatteuse étiquette de tripatrouilleur des comptes de la République.
Aussi, la journée d’hier lundi a-t-elle pris un relief particulier, car la joute entre Samy Badibanga et Patrice Kitebi promettait des étincelles. Mais contrairement aux attentes, la motion de défiance, considérée comme celle de tous les dangers pour ce membre du gouvernement, a fait flop. Soutenue par plus d’une cinquantaine de députés de l’Opposition parlementaire, elle a été cassée par la motion incidentielle du député de la Majorité, Henry Thomas Lokondo, au cours d’une plénière dirigée par le vice-président de l’Assemblée Nationale, Mwando Nsimba.
En effet, aussitôt après qu’il a donné lecture du bref texte de sa motion, Samy Badibanga et toute l’Opposition ont été pris à partie par le député Lokondo qui, à la faveur d’une motion incidentielle, a estimé qu’ils étaient allés vite en besogne dans leur démarche contre le patron des finances.
L’élu de Mbandaka a démontré que les problèmes soulevés se trouvent dans la loi sur la reddition des comptes 2013, encore sous examen à la Commission Economique et Financière de l’Assemblée nationale.
Il a suggéré à la plénière d’attendre le rapport de l’ECOFIN pour se prononcer en toute responsabilité. A son avis, l’Opposition parlementaire tient absolument à revisiter les comptes de la République pour l’exercice 2013, elle n’a qu’à articuler une motion de censure contre le Premier ministre, le vrai patron des finances, et non Kitebi qui n’est qu’un délégué.
Pour le précité, la loi sur le budget annuel, la loi rectificative, la loi sur la reddition des comptes… ont la même valeur et sont toutes défendues par le Premier ministre devant le Parlement.
Cette intervention de Lokondo a provoqué des remous dans les rangs de l’Opposition parlementaire, qui a vite crié à une machination pour couvrir le détournement des fonds publics.
C’est ainsi que pour tenter de balayer la motion de Lokondo, le député Alonga a brandi une motion d’ordre. Il a souligné que conformément à la constitution, une motion de défiance n’est soumise à aucun préalable et ne peut attendre le rapport d’une commission de l’Assemblée nationale pour être déclenchée.
« Dès qu’elle est déposée avec au minimum 50 signatures, la motion doit être examinée en plénière 48 heures après »,  a-t-il martelé.
En guise de réponse, le vice-président de l’Assemblée Nationale, Mwando Nsimba, a évoqué l’article 69 du règlement intérieur sur la motion incidentielle pour rejeter la motion d’ordre du député Alonga. La tension continuant de monter dans la salle, il a finalement décidé d’accorder la parole à quatre députés, à raison de deux pour et deux contre la motion de Lokondo.
Dans son intervention, Bamporiki de l’Opposition a  soutenu que les griefs retenus contre le ministre délégué auprès du Premier ministre en charge des Finances constituaient des infractions. Le président du groupe parlementaire UNC et alliés a affirmé qu’il y a réellement détournement à partir du moment où les fonds destinés à l’Opposition ont été décaissés sans structure d’engagement dans le budget 2013.
Il a ajouté que la loi des finances a été violée dans son article 10 lorsque le patron des finances décaisse des fonds dans une nouvelle rubrique non reprise par la loi des finances pour l’exercice 2013 sans recourir à l’autorité budgétaire.
Pour tout dire, Bamporiki a déclaré que l’opposition parlementaire ne pouvait plus continuer à participer  à une plénière qui consacre l’impunité grâce à  une majorité décidée à sauver un membre du gouvernement, alors que le délit est consommé.
Aussitôt après son intervention, la majorité des députés de l’opposition parlementaire ont quitté la salle des Congrès du Palais du Peuple.
Mais ce retrait n’a pas empêché le vice- président de l’Assemblée Nationale de poursuivre la plénière en accordant la parole au député MLC Nzangi pour soutenir la motion. Ce dernier en dépit du fait que ses collègues du groupe parlementaire MLC venaient de claquer la porte, a  emboité le pas à Lokondo en affirmant que la motion de défiance devait attendre le rapport de la Commission ECOFIN.
Il a relevé qu’en tant qu’ancien conseiller financier de Jean-Pierre Bemba et inspecteur des finances, il pense que l’Opposition parlementaire devait plutôt interpeller le Vice-Premier ministre en charge du Budget, et non le ministre délégué aux finances.
Ayant estimé que les députés étaient suffisamment éclairés sur le dossier, Mwando Nsimba a passé la motion de Lokondo aux voix. A l’issue du vote à mains levées, la majorité s’est prononcée contre la recevabilité de la motion de défiance contre Patrice Kitebi. Ainsi donc, sans avoir prononcé un seul mot, le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Finances s’est retiré sans dégâts. Moralité : tous ceux qui voudraient absolument creuser le dossier des 207 millions Usd de l’Opposition devraient s’adresser à la Commission économique et financière de l’Assemblée nationale ou à la Cour des Comptes.

ERIC WEMBA

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