Mot du professeur EKAMBO à l’occasion de la remise du Prix National de la Liberté de la Presse Lucien Tshimpumpu

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Il est connu de tous que, derrière tout trophée, tout prix, toute distinction, se dessinent et se profilent un cartain nombre de valeurs, un type d’idéal et une hiérarchie de vertus.
Le prix d’excellence journalistique Lucien Tshimpumpu Wa Tshimpumpu demeure en conformité avec cette règle, certes universelle, mais somme toute implicite.
Dans le propos de ce jour, nous entendons expliciter l’ordonnancement de valeurs appelées à gouverner le métier du journaliste en République démocratique du Congo. Nous n’hésitons pas à élever le gradient à ce niveau national et maximal. Tout simplement parce que les organisateurs, l’Unpc et l’Omec, sont établis par la corporation de notre pays comme référents identitaires et élitaires.

Le critérium du Prix Lucien TWT comporte 7 items, dont nous allons révéler l’impensé et le pensé, l’inédit et le dit. En d’autres termes, nous allons ici esquisser l’épure, la forme idoine et magnifique du journalisme congolais.
Premier item :

La sélection du sujet


Jusqu’à la fin du XXème siècle, le sujet journalistique naviguait entre l’événement inattendu et l’événement attendu. C’est-à-dire, entre l’actualité fugace et les éphémérides. Or, déjà en cette décade du XXI siècle, nous vivons une véritable mutation. Les médias sociaux, suscités par l’interactivité du Web 2.0 ont fait de tout internaute un informateur potentiel. Chacun peut donc annoncer, informer, et même orienter.
Bien plus, comme chaque être social est plus près de l’une ou l’autre activité impliquant les humains, tout individu devient ainsi narrateur en puissance. Le journaliste a perdu là son habituel privilège d’exclusivité. Le scoop s’est raréfié.
  Dès lors, pour se soumettre à la jouvence, les rédacteurs ont commencé à concentrer la spécificité journalistique sur deux anciennes catégories de régler d’une part les règles relatives au choix du genre journalistique à adopter pour la narration du récit, d’autre part, les règles relatives à l’exploitation des sources.
 Car, non par l’homme lambda, mais seul le journaliste se sent le devoir d’entretenir un abondant carnet d’adresses et des sources permanentes.
Car, une fois encore, c’est le journaliste qui se préoccupe de la correction de son récit. Là  où le rédacteur de Facebook massacre allègrement la langue et sa grammaire, le journaliste recourt toujours à son dictionnaire.
 C’est pourquoi  le critérium du prix d’excellence Lucien TWT a prévu les items 2,3,4, et 5.
Quelles ont été les questions correspondantes à ces items ?


En voici les cinq principales :
– Quelles sont les sources non occasionnelles qui ont permis la construction de la trame du récit journalistique ?
– Comment Internet, bibliothèque gratuite et universelle, a-t-il servi pour le recoupement des données informationnelles recueillies ?
– Comment le journaliste a-t-il recouru à ses propres articles ou émissions antérieurs ?
– Comment le journaliste a-t-il évité la manipulation par des informateurs intéressés ou malveillants ?
– Comment  le professionnel a-t-il rendu la démarcation entre le factuel et le commentaire ?


En ce qui concerne le choix du genre journalistique et du style que cette option impose, le jury a voulu évaluer le niveau de la mutualisation des génies créateurs au sein d’une rédaction. En effet, dans la corporation, il n’existe meilleure muse impératrice que celle qui plane sur le travail collectif de la conférence de rédaction. Autant tout organe de presse vaut ce que vaut son Rédacteur en Chef, autant le patron de la rédaction vaut ce qu’est la qualité de sa conférence de rédaction.
 Le jury a ainsi tenu à encourager les organes et les rédactions qui s’interdisent de distribuer au tout venant le grade et la responsabilité de Rédacteur en Chef, de DP, de secrétaire de rédaction ou Chef de rubrique.


 L’avant dernier item concerne la valorisation du produit, qu’il s’agisse de la mise en page pour l’œuvre écrite ou du conducteur pour l’œuvre audiovisuelle.
 Derrière ce critère se profile la volonté des organisateurs, UNPC et OMEC, d’encourager le travail de préparation et de décourager l’improvisation. Le produit médiatique est tenu au respect d’une durée précise de maturation. N’ont donc pas été retenus par le jury les articles publiés en dehors de tout art de maquettisme, ni les émissions non élaborées, diffusées au bonheur d’un simple trou d’antenne.


Enfin, le septième et dernier item a porté sur la gestion des  risques par le journaliste.
En effet, il faut le dire :
Un bon journaliste ressemble certes au soldat qui met l’ennemi en déroute, mais sera meilleur le journaliste qui se protège aussi lui-même pour pouvoir réaliser d’autres performances futures. Un soldat mort peut être le héros d’une bataille, un soldat mort est cependant rarement le héros de toute une guerre.   
Aussi, le jury a-t-il accordé une bonne attention à la manière dont les journalistes congolais se sont comportés pour traiter des sujets délicats. Certes avec la hardiesse  propre à un brave citoyen, mais aussi avec la finesse spécifique à un prudent homme.
 Ce n’est pas à l’issue d’une seule édition de ce Prix d’excellence que les organisateurs : UNPC et OMEC,  achèveront l’élaboration d’un guide du bon journaliste congolais. D’autres éditions doivent suivre la présente.


 En plus, il nous semble utile et important de voir les journalistes d notre pays adhérer à l’esprit de compétition. Ecrire  ou diffuser pour son organe, c’est bon, offrir  cette production pour une appréciation publique, c’est mieux.
 Notre presse possède une histoire illustre. On l’a dit. Ne désespérons pas du présent. Surtout, ne doutons pas de l’avenir de nos médias. Ne doutons pas de nous-mêmes.

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