La mort programmée du FPI : à qui profite le crime ?

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Au fil des générations, l’esprit moutonnier et la malice qui sont caractéristiques de l’ingénierie maléfique de certains mafieux congolais refusent à l’histoire économique de la République Démocratique du Congo d’ajouter à son vocabulaire le mot « prospère» grâce à une prédation en règle combinée à des arrangements particuliers pour une impunité systématique.

Ainsi, dans la continuité de la prestidigitation économique de la deuxième République qui, après avoir dilapidé les dividendes de la zaïrianisation et absout tous les acquéreurs, a essaimé des offices nationaux et donné naissance à une kyrielle d’institutions financières comme la Banque de Crédit Agricole (BCA) ou le Fonds de Convention de Développement (FCD) de triste mémoire, quelques opérateurs économico-politiques actuels dont certains appartiennent déjà, sans surprise, à la caste de ces prédateurs historiques ont décidé aujourd’hui d’enterrer le Fonds pour la Promotion de l’Industrie (FPI), une entreprise publique créée, à en croire son acte de
naissance, pour répondre à la nécessité d’assurer la stabilisation, la relance et la diversification de l’économie nationale à travers des prêts pour financer le développement industriel mais dont le portefeuille traîne à ce jour des impayés de l’ordre de 162.000.000 USD qu’elle entend mordicus faire cracher aux débiteurs indélicats.

Cet enterrement de première classe passe, nous apprend-t-on, par une transfiguration, c’est-à-dire la transformation du FPI en une Banque d’Investissement et de Garantie Publique, comme si le changement de dénomination, d’appellation ou de sigle détenait en lui-même et de manière intrinsèque un pouvoir ou des vertus miraculeuses de prospérité.

Pourquoi en République Démocratique du Congo, toute initiative
lumineuse et ambitieuse en termes d’objectifs pour un essor économique
doit se terminer en eau de boudin sans que les responsabilités ne
soient établies ou que des comptes ne soient demandés aux fossoyeurs
des biens communs? Peut-on sérieusement et en toute conscience passer
par pertes et profits des créances aussi lourdes dans un pays en quête
de recettes puisqu’il semble bien que c’est l’objectif inavoué visé
par les tenants de cette mesure dont certains se recrutent parmi les
débiteurs insolvables de cette institution?
Comment nous convaincre que la faillite programmée du FPI va se
transformer en un puissant vecteur économique par le simple fait de
muter le «Fonds» en «Banque» et qui plus est, dans un contexte
économique des plus fragiles associé à une géopolitique de prédation
économique dont est victime notre pays? Autant des questions qui
devraient conduire aussi bien le gouvernement que le législateur à
reconsidérer cette décision lourde des conséquences.
Cette nouvelle banque dont on ignore par ailleurs le capital et les
actionnaires potentiels, dans un pays au budget déficitaire, avec une
jurisprudence négative des entreprises publiques aujourd’hui
transformées soit en sociétés commerciales ou en en établissements
publics mais à la santé financière précaire aura-t-elle les mêmes
objectifs assignés jadis au FPI et pour lesquels les Congolais avaient
caressé l’espace d’un matin l’espoir d’une reconstitution séquentielle
du tissu économique à travers la promotion des’ Petites et Moyennes
Entreprises à défaut de la naissance d’une industrialisation lourde?
Et quelle sera Ia place de cette nouvelle banque d’Etat dans le
concert des banques commerciales avec leurs taux prohibitifs oscillant
entre 30% et 35 % et dont la vocation est de faire du profit au
maximum?
A tout prendre, c’est une fausse bonne idée qui a• par ailleurs le
don d’énerver certaines recommandations des Chefs d’Etat et des
Gouvernements des pays des ensembles régionaux auxquels appartient la
RDC. Dans la foulée, lorsqu’on n’a pas de garanties d’une gestion
orthodoxe et d’une nouvelle culture politique nationale affirmée qui
favorise l’essor économique de notre pays on peut douter de la
viabilité d’une nouvelle institution financière.
Des pays aussi prospères que la France qui ont tenté une expérience
similaire par la création d’une Banque d’Etat ont fait l’amer constat
qu’un tel projet n’est pas soutenable dans un environnement de déficit
budgétaire.
L’Afrique du Sud qui compte 3 structures analogues au FPI qui
fonctionnent à merveille n’a jamais eu à l’idée de s’en priver ou de
jeter le bébé avec l’eau du bain Les raisons sont sans doute à trouver
ailleurs! C’est la combinaison d’une gestion orthodoxe et d’une
culture politique nationale responsable qui constituent le socle pour
réaliser le développement du pays et non la suppression ou la
transformation du FPI en Banque.
Ceux qui en veulent au FPI doivent avoir l’honnêteté de reconnaître
que ce n’est pas cette alchimie diabolique qui rendra la prospérité à
notre pays, loin s’en faut.

J. Mpata (CP)