«Mon ami Majohn, un savant perdu », une biographie signée Dieudonné Mufwankolo Mundel

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Les histoires des surdoués de la RDC, les rarissimes cas connus, on n’en connaît très peu ou pas, parce que l’on s’intéresse peu à ces enfants dotés d’une intelligence au dessus de la moyenne, qui intriguent leur entourage, et causent de sérieux soucis à leurs parents.

Comme caractéristique principale, ils étonnent plus d’un. A l’école, ils se singularisent par leurs aptitudes à vite mémoriser les leçons, sans effort, ni prendre des notes. A la fin d’un exercice écrit au tableau, ils ont déjà la bonne réponse avant tous les autres élèves, et brillent lors des interros et des examens. Absents aux cours, ils se rattrapent en s’informant auprès de leurs condisciples sur les leçons auxquelles ils n’avaient pas assistées. Et c’est bizarre qu’ils comprennent mieux les cours que les élèves présents en classe.

A l’université, c’est pareil. Ils expliquent leurs premiers cours aux autres étudiants, mieux que les professeurs dont ils relèvent l’inefficacité des méthodes et des approches trop longues.

« Mon ami Majohn, un savant perdu», livre rédigé par l’écrivain Dieudonné Mufwankolo Mundel de sa plume alerte et publié aux éditions «L’érablière » du Canada, raconte l’histoire de son condisciple de l’école secondaire jusqu’à l’université, un surdoué qui fera parler de lui pour longtemps. Jean-Pierre Matungulu alias Majohn, une véritable légende, est un phénomène comme on n’en voit pas tous les jours, sorti d’une famille modeste de la Mission catholique Soa, une coquette bourgade située sur la rive droite de la rivière Kwenge, dans la cité de Lusanga, jadis Leverville, qui abritait le siège des Huileries du Congo belge, en abrégé HCB, qui deviendront par la suite, Plantations Lever au Congo, PLC.

Un enfant ordinaire qui se mua en génie hors pair

Sa biographie situe sa naissance, un certain 22 avril 1954, à Kwenge, une petite cité de PLC, en amont de Lusanga, le long de la rivière qui porte son nom. Pourtant, ses origines singulières ne le prédestinaient pas à une intelligence vive, au-dessus de la moyenne. Son père, un très bon chauffeur, sa mère, une ménagère doublée d’une paysanne sans histoire, ne pouvaient donner naissance à un petit génie.

A l’école primaire, élève moyen, c’est aux études secondaires que ses aptitudes particulières explosent. L’écrivain Dieudonné Mufwankolo nous apprend qu’il termina la section scientifique, option Maths – Physique, premier de sa classe avec 85 %.

Par ses talents inexpliqués, ce surdoué d’une petite cité de province sut attirer autour de lui l’admiration de ses condisciples et l’appréciation de ses enseignants, les très rigoureux pères jésuites.  Car, comment devenir intelligent et même très intelligent, en menant une vie normale. C’est tout le mystère !

            Matungulu prit à la fin de ses études secondaires, l’inscription à la faculté de polytechnique de l’Université de Kinshasa, considérée comme la plus difficile où peu d’étudiants et d’étudiantes osaient s’aventurer. Sa réputation de surdoué l’ayant précédée, les autorités académiques s’attendaient à faire de lui, un ingénieur civil en électricité, avant de l’envoyer aux Etats-Unis ou ailleurs.

            Outre quelques petites expériences physiques étonnantes qu’il réalisait sans l’assistance d’un professeur, dès que l’on entamait la présentation d’un syllabus, alors que ses condisciples en étaient encore aux premières pages, il posait aux professeurs des questions sur la matière située vers les dernières pages, perturbant ainsi les explications et bouleversant les enseignants. Pire, note l’écrivain, Majohn décelait une faute dans le syllabus élaboré par un éminent professeur, et transmise de génération en génération d’ingénieurs. Une vive discussion s’engagea entre eux et le surdoué leur fut remarquer une autre approche plus facile qui fascina l’enseignant de grande renommée.

Il faut lire ce livre passionnant pour y trouver des fragments d’une vie de génie.

            Une rencontre insolite avec une étudiante, le raté d’une première nuit d’amour, la déception de sa bien-aimée, le poussa dans un gouffre d’où, après maints déboires sentimentaux, il s’en sortit déréglé, déphasé et déjanté. Voilà qui empoisonna la vie du jeune surdoué. Abandonné par les siens, esseulé, il ne défendit pas sa thèse de fin d’études universitaires, bascula dans la démence et la folie, avant de regagner Kikwit dans le Bandundu, pour y puiser la consolation et le réconfort. Rien n’y fit, conclut l’auteur, son ami Majohn mourut le 2 juillet 2000. Sans honneur, ni sépulture digne d’un surdoué.

            En Italie où il alla parfaire ses études, l’écrivain Dieudonné Mufwankolo Mundel fit la rencontre d’un étudiant ingénieur nommé Alessandro qui préparait une thèse en polytechnique sur l’hémo-dynamisme. En fait, c’est un problème médical affectant les cardiaques et qui était résolu par un équipement technique. Il pensa à Majohn et sut depuis ce jour-là que les génies sont des futuristes mal adaptés à leur temps. Toute une prophétie.

J.R.T.