Modification de la Constitution : l’avertissement de Washington

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russ_feingold_13_01Le compte à rebours des mandats a commencé pour plusieurs chefs d’Etat africains. Le processus de leur succession suscite des commentaires dans tous les sens, en raison des cas de résistance connus dans le passé. L’on se demande s’ils ont réellement intériorisé les leçons de l’école de la démocratie et sont prêts à rendre le tablier selon les prescrits des lois fondamentales de leurs pays.

Lorsque l’on consulte les archives, l’on note que les présidents ci-après ne devraient plus, sauf amendement des textes constitutionnels, briguer un nouveau mandat : Armando Guebuza du Mozambique (fin mandat en avril 2014), Hifikiye Lucas Pohamba de Namibie (fin mandat en novembre 2014), Pierre Nkurunziza du Burundi (fin mandat en juin 2015), Jakatya Kikwete de Tanzanie (fin mandat en octobre 2015), Blaise Compaoré du Burkina Fasso (fin mandat en novembre 2015), Yoweri Museveni de l’Ouganda (fin mandat en février 2016), Thomas Boni Yayi du Bénin (fin mandat en mars 2016), Denis Sassou Nguesso du Congo/Brazzaville (fin mandat en juillet 2016), Joseph Kabila de la RDCongo (fin mandat en décembre 2016), Paul Kagame du Rwanda (fin mandat en juillet 2017, Ellen Johnson Sirleaf du Liberia (fin mandat en novembre 2017), Ernest Koroma de Sierra Leone (fin mandat en 2017), etc.

Washington en état d’alerte

Dans une interview à Radio France Internationale, Russ Feingold, envoyé spécial des Etats-Unis d’Amérique en République Démocratique du Congo et dans les Grands Lacs, s’est particulièrement appesanti sur les cas des Chefs d’Etat de la sous-région sous son « contrôle », notamment le Congolais Joseph Kabila, l’Ouganda Yoweri Museveni, le Rwandais Paul Kagame et le Burundais Pierre Nkurunziza. En retournant ses propos sous toutes ses facettes, l’on note que l’administration Obama souhaiterait que tout ce monde s’incline devant la volonté de son législateur.

Il a averti que Washington n’est pas distrait et suit avec attention le dossier de chacun d’eux. Sans fioritures, Russ Feingold fait savoir que le grand souci de son pays est de voir le président de la RDC ainsi que ses homologues de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi ne pas chercher à prolonger leurs mandats. Et de rappeler le tout premier message du locataire de la Maison Blanche aux gouvernants africains, lors de sa première tournée africaine, en 2009 : « ce dont l’Afrique a besoin, ce ne sont pas des hommes forts mais des institutions fortes ».

A l’en croire, il doit avoir déjà signifié à plusieurs décideurs de la sous-région des Grands Lacs, en public comme en aparté, que les USA n’appréciaient pas la manie de certains Chefs d’Etat africains de charcuter les textes constitutionnels pour leur confort personnel ainsi que celui des dignitaires de leurs régimes.

Sévère avertissement

Interrogé sur l’attitude de Washington face à un cas de non respect de la Constitution par un des Chefs d’Etat en passe d’arriver à la fin de leurs mandats, Russ Feingold s’est voulu fort réservé, lâchant que tout dépendrait des circonstances. Il s’est toutefois voulu insistant sur l’impératif, pour les dirigeants de la RDC, de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi de se comporter en démocrates, de manière à laisser leurs peuples le libre choix de leurs gouvernants. Le non respect de la volonté populaire serait ressenti, a-t-il prévenu, comme un signal négatif non seulement aux Usa, mais aussi à travers l’ensemble de la communauté internationale. La crédibilité des institutions et de leurs animateurs est à ce prix.

Les « faucons » de la MP et Malumalu interpellés

Nombre d’observateurs sont d’avis que la sortie médiatique de Russ Feingold n’est pas étrangère aux rumeurs de tripatouillage de la Constitution en circulation à Kinshasa, ces derniers jours, avec en prime l’arrêt brutal du mandat de Joseph Kabila en 2015 et l’ouverture d’une compétition électorale spéciale pour les candidats à la présidentielle, dont l’électorat ne serait plus le souverain primaire, mais plutôt le Parlement. Les spéculations étaient si fortes que le Chef de l’Etat en personne a dû réunir les membres de sa famille politique le mercredi 19 mars 2014 dans sa ferme de Kingankati, dans la banlieue Est de Kinshasa, en vue de lever les équivoques, en présence de plusieurs diplomates. En résumé, il a pris l’engagement de ne pas « comploter contre le pays », ni «trahir le peuple », ce qui a été interprété par beaucoup comme son refus de s’engager dans la voie de la violation de la Constitution, comme suggérée par des « faucons » de la Majorité présidentielle.

Interpellés par Kabila, les partisans de la révision constitutionnelle le sont aussi implicitement par l’Envoyé spécial du président Obama en RDC et dans les Grands Lacs. Pour le président congolais comme pour ceux qui voudraient le voir rester éternellement au pouvoir, le test de vérité a commencé, et va se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2016. Invité spécial d’un forum sur la démocratie à Washington, le président de la CENI, l’abbé Apollinaire Malumalu, a pu constater à quel point l’opinion intérieure américaine était soucieuse de voir l’Afrique, et particulièrement le Congo démocratique, organiser des élections crédibles et transparentes, en vue de laisser éclater la vérité vraie des urnes. Bref, le processus électoral congolais, tout en étant une affaire congolo-congolaise, n’en demeure pas moins celle des partenaires du grand Congo, les USA en tête.

                                   Kimp

3 COMMENTS

  1. Les américains brillent ces dernières années par une certaine pusillanimité, il n’est pas évident qu’ils fassent quoi que ce soit si jamais la constitution était modifiée en faveur des dirigeants actuels. De toutes les façons, nous n’avons pas oublié les menaces à l’encontre de la CENI en 2011.

  2. Quelque soit la durée de la nuit, le jour finira par apparaitre…
    Congolais soyons responsable.

    HENRI MPUTU MOLI

  3. MES FRERES LA VERITE EST QUE KABILA DOIT PARTIR ET IL SERA UN EXEMPLE POUR LA DEMOCRATIE OBAMA ON EST FATIGUER DE KABILA

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