Ministres : qui encourage la rébellion?

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L’équipe gouvernementale offre, depuis plusieurs semaines, l’image d’une institution où prend progressivement corps une rébellion larvée. Le sport le plus prisé par les ministres consiste à passer outre l’avis de leurs pairs réunis en conseil pour se lancer dans des décisions en solo. Les annales du Gouvernement Muzito II signalent, à cet effet, les cas des suspensions de plusieurs mandataires publics par leurs tutelles au mépris des textes qui régissent l’exécutif national ainsi que le fonctionnement des entreprises publiques ou d’économie mixte.

Plus graves sont les scénarii des refus des ministres de s’incliner devant les rappels à l’ordre du Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat ou du Premier ministre, après que ceux-ci aient jugé illégaux les actes portant suspension des mandataires publics :

 cas de l’Ogefrem (Office de Gestion du Fret Modal), de l’Autorité de l’Aviation Civile, de l’Office Congolais de Contrôle (OCC), de la Sonal (Société de Loterie Nationale), de la RVA (Régie des Voies Aériennes), de la RVF (Régie des Voies Fluviales), de l’UPN (Université Pédagogique Nationale), etc.

Les différents ministres qui affichent des velléités de rébellion envers le Premier ministre, poussant souvent le Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat à se mêler indirectement des affaires qui concernent l’action gouvernementale, n’ignorent pas les règles du jeu en ce qui concerne la gestion des entreprises du Portefeuille. Le fait que la fronde ne fléchit pas, en dépit des décisions d’autorité du chef du gouvernement, obligé de casser en personne les décisions sentimentales et impopulaires de certains ministres suscite une autre question. C’est celle de savoir quelle main noire encourage la rébellion des ministres.

L’AMP fragilisée…

On peut tout dire, les sons discordants qui s’échappent de l’Hôtel du gouvernement sont loin de concourir à la cohésion de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP). L’entreprise de fragilisation de la majorité au pouvoir, au lieu de venir de l’opposition parlementaire ou extra-parlementaire, porte curieusement la signature des membres de la coalition gouvernementale eux-mêmes. C’est à se demander s’ils se savent réellement comptables, avant tout, du coordonnateur de l’exécutif national, qui pilote le gouvernement au nom de l’ « Autorité morale » et qui est politiquement responsable devant le Parlement.

Les actes délibérés de rébellion qu’enchaînent certains ministres sont de nature à faire penser, à l’opinion, qu’ils se sentent plus redevables vis-à-vis de leurs partis politiques ou carrément du Chef de leur famille politique que du coordonnateur de l’exécutif.

En cette année électorale, le souverain primaire va se montrer très regardant à l’égard de ceux qui ont eu à conduire, pendant cinq ans, les affaires publiques de l’Etat, spécialement au sein de l’exécutif national. La victoire tant attendue du «Raïs» d’abord au premier tour puis maintenant au tour unique de l’élection présidentielle ne saurait se bâtir dans un climat où certaines de ses troupes donnent l’impression de progresser en ordre dispersé.

Le remaniement pour booster l’exécutif ?

Pour nombre d’observateurs, le remaniement serait peut-être le palliatif nécessaire pour refaire l’unité du gouvernement et booster ses actions. Un changement d’hommes aurait certainement le mérite d’installer un nouvel état d’esprit, fondé sur une meilleure lecture des faits et gestes à poser, dans le respect des responsabilités individuelles et collectives. Les interventions répétées du Premier ministre dans des secteurs en feu du fait des maladresses des ministres pyromanes commencent à faire douter l’opinion de la volonté de certains membres de l’AMP de participer franchement à la réélection du Chef de l’Etat.

Il est à craindre qu’après la série d’actes de rébellion, des langues ne se mettent à se délier pour diaboliser la coalition gouvernementale et ses principaux piliers. Plus les échéances électorales approchent, et davantage les Congolais assistent à des comportements qui prennent le contrepied de l’engagement du gouvernement à terminer la législature en cours en beauté.

Jacques Kimpozo

 

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