Michel Lastschenko, Ambassadeur de Belgique : « Nous continuons d’attacher beaucoup d’attention à l’Afrique centrale»

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Michel-LatschenkoDu beau monde et du vrai ! L’espace des vastes jardins de la résidence officielle de l’Ambassadeur de Sa Majesté le Roi des Belges à Kinshasa-Gombe s’est avéré trop étroit le dimanche 21 juillet pour accueillir les invités de marque provenant des horizons divers pour prendre part à la réception de commémoration de la prestation de serment du tout premier Roi des Belges, en l’occurrence le Roi Léopold Ier le 21 juillet 1831 à Bruxelles. Un évènement qui coïncide avec la prestation du nouveau Roi Philippe au lendemain de l’abdication de son père Albert II.

Cette date est aussi considérée comme la fête nationale belge en ce que c’est le jour où les trois communautés linguistiques, à savoir les Wallons, les Flamands et les Germaniques se sont réunis pour former un seul pays avec comme socle de l’unité le Roi. Lequel est le 7ème descendant du Prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha d’origine allemande. 

Parlant de son pays, l’Ambassadeur Michel LASTSCHENKO a vanté «le vivre ensemble» des Belges qui constitue le caractère exceptionnel et «presque miraculeuse dans le monde, où tant des pays s’entredéchirent violement sans avoir la volonté de rechercher et de trouver les compromis et els paroles apaisantes qui permettent l’harmonie et la solidarité agissante ». Il a ainsi rendu hommage au Roi Albert II et à la Reine Paola «dont les qualités humaines et l’empathie naturelle qui les caractérisent les ont rendus si proches du cœur des Belges tout au long de leur règne ». Avant de signaler que depuis bien longtemps, la Belgique a toujours été aux côtés des Congolais comme en témoigne la visite du Roi Albert et de la Reine Paola lors des festivités du 50ème anniversaire de l’indépendance de la RDC. Il y a deux semaines, le ministre belge de la Coopération au Développement Jean Pascal LABILLE a effectué un déplacement en RDC suivi par celui du chef d’Etat major général de l’armée belge le Général Van Caelenberg. Le vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères Didier REYNDERS est attendu à Kinshasa.

            La solidité des relations entre Bruxelles et Kinshasa va se manifester avec l’invitation faite par le Roi Albert II au président Joseph KABILA Kabange de se rendre en Belgique en 2014 pour prendre part aux manifestations commémoratives du centenaire de la grande  Guerre 1914-18 au cours de laquelle les vaillants soldats congolais de la Force Publique avaient combattu pour libérer la Tanzanie, le Cameroun, le Rwanda, le Burundi, l’Ethiopie et la Palestine du joug allemand. 

                                                                                                                                      Castro   

            «Nous sommes bien conscients que ce 21 juillet 2013 est une fête Nationale particulière pour nous, puisqu’au-delà de sa signification historique qui remonte à 1831, la fête d’aujourd’hui est également appelée à entrer dans l’histoire de notre pays», a-t-il lancé. Selon l’ambassadeur belge, contrairement à d’autres Etats, dont la fête nationale commémore l’Indépendance ou célèbre un grand fait d’arme, la fête nationale belge est intiment associée à la Monarchie, et plus particulièrement à l’insécable lien qui unit la monarchie belge à la démocratie parlementaire, cette démocratie parlementaire qui exprime la volonté nationale et l’attachement de la population à nos institutions. La fête nationale commémore en effet en Belgique la prestation de serment de notre premier roi, le Roi Léopold 1er le 21 juillet 1831, prestation de serment à la Constitution et aux lois du peuple belge, qui fit de Léopold non pas le premier roi de Belgique, mais bien le premier Roi des Belges, ce qualificatif et ce titre disant mieux que tout discours savant la consubstantialité de l’institution monarchique belge et de l’assentiment populaire», a dit l’ambassadeur.

Et de poursuivre «c’est ainsi qu’il faut comprendre la décision du Roi Albert II de choisir ce 21 juillet 2013 pour mettre fin à sa vie publique et transmettre la Couronne à son fils, le Duc de Brabant, qui est devenu ce midi, par sa prestation de serment devant les Chambres réunies au Parlement, le 7e Roi des Belges, 182 ans jour pour jour après la prestation de serment du Roi Léopold 1er , Sa Majesté le Roi Philippe renouvelant ainsi l’attachement mutuel qui existe entre la Nation et le Chef de l’Etat.

            Dans son allocution télévisée il y a quelques semaines, le Roi Albert expliquait les raisons de sa décision, évoquant à la fois son âge et sa santé, mais aussi la conviction que le temps était venu de confier les responsabilités à une génération nouvelle. Justifiant la retraite politique d’Albert II, il rappelle que «Les dernières vingt années, celles du règne du Roi Albert, ont vu la Belgique profondément évoluer dans ses structures constitutionnelles, la Belgique s’inscrivant résolument dans une évolution nouvelle de la répartition des pouvoirs, une Belgique fédérale, fidèle à l’évolution de la société, aux voeux de la Flandre, de la Wallonie, de Bruxelles, fidèle donc à sa devise nationale soulignant que l’union fait la force, l’union signifiant forcément une alliance, une volonté commune créée entre des régions et des communautés choisissant librement de vivre ensemble. La grandeur du Roi Albert aura été d’avoir préservé dans des temps parfois difficiles pour le bien-être des Belges, ce « vivre ensemble» entre Flamands, Wallons, Bruxellois et la communauté alémanique de Belgique, un « vivre ensemble » qui n’est pas toujours évident, qui est souvent décrié par des observateurs étrangers lorsque des crises se manifestent, mais qui est – croyez le vieil ambassadeur qui vous parle – une exception presque miraculeuse dans le monde actuel, où tant de pays s’entredéchirent violemment sans avoir la volonté de rechercher et de trouver les compromis et les paroles apaisantes qui permettent l’harmonie et la solidarité agissante de tous.

            Dans cette recherche permanente de ce qui nous rassemble dans la complémentarité nationale, de ce qui est nécessaire pour nous adapter aux changements, pour préserver une subsidiarité solidaire entre les communautés et les régions, le Roi Albert fut le garant du respect des institutions et de la volonté démocratique, fut le gardien de ce qui nous unit et l’arbitre de ce qui nous divise parfois. Permettez-moi ce soir, en votre nom à tous, chers compatriotes, de rendre hommage avec affection et reconnaissance au Roi Albert et à la Reine Paola dont les qualités humaines et l’empathie naturelle qui les caractérisent tous deux, les ont rendus si proches du coeur des Belges tout au long de leur règne.

            Nous avons donc aujourd’hui un nouveau Roi et une nouvelle Reine, Leurs Majestés le Roi Philippe et la Reine Mathilde, Leurs Majestés le Roi et la Reine.

            Parlant de son successeur, il se veut optimiste. «Je ne doute pas un instant que leurs Majestés le Roi et la Reine s’inscriront dans la tradition de la famille royale qui est d’être les premiers serviteurs du pays. Pour avoir eu le privilège de les recevoir dans une autre ville, et d’avoir voyagé avec eux, je sais à quel point le Roi et la Reine sont à l’écoute du pays, à l’écoute de la jeunesse et de ses aspirations, à l’écoute aussi de ce qui se passe dans le monde, principalement sans doute dans les pays qui sont proches de la Belgique, comme l’est la République démocratique du Congo au premier chef.

            L’amitié-belgo-congolaise est au beau fixe. A ce propos, le diplomate belge souligne : «Tout au long de ces dernières années – comme en témoigne la présence en 2010 à Kinshasa du Roi Albert et de la Reine Paola lors du 50e anniversaire de l’Indépendance du Congo – la Belgique s’est trouvée aux côtés de la République démocratique du Congo dans la poursuite d’un développement économique et social durable, dans la recherche de la paix régionale et d’une consolidation des institutions démocratiques. Je n’évoquerai pas ce soir le chemin parcouru ensemble au cours de l’année écoulée ni les innombrables défis auxquels la République démocratique du Congo doit courageusement faire face. Qu’il me soit permis de souligner que la Belgique poursuivra résolument ses politiques bilatérales et multilatérales en faveur de l’établissement de la paix régionale, en faveur du développement économique et social du pays.

            Le Ministre de la Coopération au Développement Jean Pascal Labille était ici il y a moins de deux semaines, le Chef d’Etat Major Général le Général Van Caelenberg aussi. Dans moins d’un mois le Vice Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders sera à nouveau à Kinshasa. Ce sera le troisième voyage qu’il effectuera ici depuis le début de mon ambassade il n’y a pas encore un an aujourd’hui.

            C’est dire l’importance, l’attachement, la volonté de la Belgique d’être un ami fidèle de la République démocratique du Congo.

            Cette attention pour cette partie du monde fut d’ailleurs explicitement exprimée hier par le Roi Albert dans sa dernière allocution à la Nation en tant que souverain. Pour nous

Belges, devait dire le Roi Albert, nous continuerons d’attacher beaucoup d’attention à l’Afrique centrale, avec laquelle nous avons forgé tant de liens et qui doit faire face aujourd’hui à tellement d’épreuves.

            Cette volonté de continuité dans nos relations trouvera également dans les mois qui viennent une visibilité nouvelle, puisque le 11 août prochain sera inauguré officiellement le chantier de construction de notre nouvelle ambassade que nous espérons pouvoir inaugurer au début de 2015 si tout va bien. Tout ceci souligne la solidité de nos relations, de la volonté de les développer d’avantage.

            L’un des derniers documents que le Roi Albert a d’ailleurs signé avant son abdication, était une lettre d’invitation que j’ai transmise il y a quelques jours à la Présidence de la République, invitant le Président Joseph Kabila Kabange à se rendre en Belgique en 2014 pour prendre part à nos côtés aux cérémonies commémoratives qui marqueront l’année prochaine le centième anniversaire de la Grande Guerre – la guerre 1914-1918- au cours de laquelle en Afrique et en Europe des soldats congolais participèrent au côté de leurs frères d’armes belges à l’effort de guerre allié. Cette commémoration se voudra non pas une commémoration de la guerre et de la violence, mais une célébration de la paix et de la concorde nécessaire entre toutes les nations de la terre, des efforts constants que nous devons faire pour chercher ce qui nous unit plutôt que ce qui nous sépare.

Je vous remercie

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