Mgr Monsengwo : « Sortons le Congo de la médiocrité et de la corruption pour bâtir un pays d’excellence »

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1. Il y a 50 ans, jour pour jour, la RD Congo accédait à l’indépendance. Du statut de colonie, le Congo belge devenait un Etat souverain, au plan national et international.
2. Aussi sommes-nous réunis en cette cathédrale pour faire mémoire et rendre grâce, d’abord pour ce beau et merveilleux pays « où coule le lait et le miel » (Dt 26, 9), ce pays qui est un « scandale géologique et écologique », que nous n’avons pas mérité, mais reçu gratuitement de la Providence divine, ce pays sillonné par un fleuve majestueux et de multiples rivières navigables sur la plus grande partie de leur parcours, ce pays où tout pousse et croît.
3. Faire mémoire et rendre grâce, car par l’indépendance le Seigneur a placé entre nos mains les destinées de notre pays et son histoire.
4. C’est de ce jour mémorable, le 30 juin 1960, que nous faisons mémoire ; en nous posant la question : Qu’avons-nous fait de ce beau pays, de ses ressources, de son peuple ? Scrutons l’Ecriture Sainte pour y puiser la Sagesse qui doit guider nos pas dans l’avenir.

5. Dans son credo historique, que relate le livre du Deutéronome (Dt 26), le peuple élu raconte le parcours de son histoire d’Aram en Egypte pour aboutir dans la terre de Canaan, que Dieu a donné par serment aux Patriarches. Israël appréciait grandement et admirait cette terre « où coule le lait et le miel » (26,9). En guise d’action de grâce, le peuple élu se rendait tous les ans au Temple et, par les mains du prêtre, offrait les prémices de tous les fruits que la terre avait produits. Puis, dit Moïse  à l’Israélite : « Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu et, pour tout le bonheur que le Seigneur ton Dieu t’a donné à toi et à ta maison, tu seras dans la joie avec le lévite et l’émigré qui sont au milieu de toi » (Dt 26,11).                      
Avant toute jouissance du pays et de ses produits, le peuple élu offrait donc ses fruits à Dieu pour lui demander la bénédiction sur la terre et le remercier de ses bienfaits
6. La référence à Dieu est nécessaire pour la pleine jouissance du pays (Cf. Gn 1,30). Si au Congo nous avions eu cette référence à Dieu, nous nous serions souvenus de la destination universelle des biens de la terre (Cf. Dt 26,11), celle-ci est pour tous (Cf. l’Israélite, l’émigré, le lévite) : pour que tous puissent en vivre.  Nous nous serions aussi souvenus que la gestion du pays a pour finalité le bien commun, le développement de tout homme, sans exception.
7. La référence à Dieu nous aurait rappelé que le péché de l’homme maudit la terre (Gn 3,17) et empêche celle-ci de répondre à sa finalité : être utile à l’homme, à tous les hommes (Gn 1,30). N’est-ce pas l’usage que l’homme a fait de cette terre du Congo qui l’a empêchée de « produire pour les habitants du Congo » ? Il y a lieu de nous interroger si nous usons de cette terre pour le bien de tous, conformément à la volonté de Dieu.
8. L’Eglise célèbre aujourd’hui la Solennité des saints apôtres Pierre et Paul, les 2 coryphées de l’Eglise. L’un, Simon, qui reçut le nom de Pierre, parce que sur cette pierre le Seigneur allait bâtir son Eglise (Mt 16,18), mourut crucifié à Rome en 64. L’autre, Paul, qui fut « l’instrument que le Seigneur s’est choisi pour porter son nom devant les Nations, les Rois et les Israélites » (Act 9,15), mourut, lui aussi à Rome, décapité en 67. Ils ont transmis la foi que l’Eglise professe encore de nos jours. Ils ont cru au Christ, à l’Evangile, à la Mission : voilà pourquoi ils sont morts martyrs, c’est-à-dire en témoins de la vérité.
9. De manière analogue nous avons reçu un pays à bâtir et à léguer aux générations futures. Nous ne pourrons le bâtir, si nous n’avons pas foi en la mission et en la responsabilité reçue du Seigneur ; autrement dit, si nous nous complaisons dans l’insouciance et les réjouissances. La pérennité de l’Eglise lui vient certes de Dieu, mais aussi du courage et du témoignage de Pierre, Paul et des autres apôtres. Pour construire un pays plus beau qu’avant, nous avons besoin de témoins, qui croient en l’avenir du Congo et qui pour le pays peuvent donner leur vie. Or donner sa vie, c’est une œuvre de longue haleine et pas d’un instant. Cette œuvre implique endurance et persévérance. Nous avons besoin d’hommes et de femmes qui, sans désemparer, témoignent courageusement des valeurs évangéliques de paix et de justice, d’amour et de solidarité, de vie et de vérité. On a besoin de personnes vertébrées, qui font l’histoire, et non pas des dirigeants âpres au gain, qui n’aiment pas le pays.
10. C’est dire qu’après avoir remercié le Seigneur pour nous avoir donné ce beau pays, ce jour du Cinquantenaire est aussi un jour de repentance : nous allons demander pardon au Seigneur de n’avoir pas été suffisamment à la hauteur de la tâche qu’il nous a confiée. Mais ce jour est surtout le jour d’un engagement renouvelé à bâtir un Congo nouveau, prospère, grand et beau, digne de toutes les potentialités de ce pays, digne de la vocation à laquelle le Seigneur l’a destiné par ses dons. 
11. Le Congo n’est pas voué à la mort, mais à la vie ; il n’est pas condamné à la pauvreté et à la misère, mais à la richesse ; il n’est pas destiné au sous-développement et à l’immobilisme, mais au développement et au progrès. Sortons le pays du bourbier où il s’est enlisé ; sortons-le de la médiocrité et de la corruption. Bâtissons un pays d’excellence. Les ressources humaines et matérielles du Congo ne demandent qu’à être exploitées judicieusement.
12. Par l’intercession de la Vierge Marie, Patronne du Congo, demandons au Seigneur de nous animer de courage et de force pour un changement profond de mentalité, qui nous fasse assumer nos responsabilités, afin que notre pays se bâtisse dans l’amour du travail, de la justice et de la paix.

13. Seigneur, notre Dieu,
tu nous as rassemblés dans une patrie,  comme dans une grande famille :
remplis de ton amour les cœurs de tous, afin que les habitants de cette patrie, travaillent pour le bien des uns et des autres,  et aient le salut et la paix.
Par Jésus le Christ Notre Seigneur.
Amen.
+ L.MONSENGWO
PASINYA
 Archevêque de Kinshasa

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