Mgr Fulgence Muteba : non aux fausses solutions aux vrais problèmes du pays !

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Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, Archevêque de Kinshasa, n’était
pas l’unique prélat catholique à effectuer une plongée dans la mare
politique congolaise à l’occasion de la fête des Pâques. Mgr Fulgence
Muteba, Evêque de Kilwa-Kasenga, a fait autant. Dans son message
pascal, il a exhorté toutes les parties signataires de l’Accord du 31
décembre 2017 à respecter leurs engagements. D’où, un acte comme la
nomination d’un Premier ministre non issu de la véritable opposition
apparait à ses yeux comme une volonté délibérée de bloquer la
transition et de pousser le pays vers le chaos.
Par conséquent, Mgr Muteba s’insurge contre la manie de fausses
solutions aux vrais problèmes de la Nation.
Chers frères et sœurs,
Chers diocésains,
Pendant quarante jours, nous nous sommes préparés à célébrer la Pâques
du Seigneur, solennité des solennités dans la vie de l’Eglise, sommet
de notre foi. Nous y voici parvenus dans la joie. En effet, comme l’a
si bien dit l’Apôtre Paul : « Et si le Christ n’est pas ressuscité,
vaine est votre foi » (1 Co 15, 16). Cette parole de l’Apôtre des
Gentils souligne avec clarté que la résurrection de notre Seigneur est
le cœur de la foi de l’Eglise. De fait, Christ est au centre de notre
foi. Il est vraiment ressuscité. Il est à jamais vivant. Nous le
confessons et nous le proclamons avec la plus solide conviction.

JESUS, DIEU VIVANT, TRIOMPHE SUR
LES TENEBRES
Dieu, en qui nous croyons, est un Dieu vivant. Dans la résurrection
de son Fils Jésus Christ, que nous commémorons aujourd’hui, nous en
avons la preuve la plus irréfutable. Christ est vivant. Il est apparu
à ses disciples. Avec une vive émotion et une assurance
exceptionnelle, Pierre témoigne : « Mais Dieu l’a ressuscité ; pendant
de nombreux jours, il est apparu à ceux qui étaient montés avec lui de
Galilée à Jérusalem, ceux-là même qui sont maintenant ses témoins
auprès du peuple » (Ac 13, 30-31).
Jésus Christ est vivant parmi nous, dans sa Parole que nous écoutons
chaque jour, nous interpelle, nous réconforte et nous console. Il est
vivant dans cette Parole qui nourrit notre foi et nous rend capables
de nous pardonner les uns autres ou de poser des actes de justice et
de charité. Il est vivant dans les sacrements de l’Eglise, à travers
lesquels Il nous transmet la vie qui vient du Père. Dès lors, nous
sommes appelés à l’annoncer au monde entier. Saint Paul ne nous dit-il
pas que l’essentiel de sa prédication, c’est l’annonce de Jésus Christ
mort et ressuscité (Cf. 1 Co 15, 1-12) ? Voilà pourquoi il dit encore
: « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! » (1 Co 9, 16).
En ressuscitant, Jésus Christ notre Seigneur a vaincu la mort. Il a
triomphé des ténèbres. Cette victoire historique traverse tous les
temps et donne la force à tous les chrétiens. Forts de cette victoire,
nous qui croyons en Lui, nous n’avons plus rien à craindre dans ce
monde. Le ressuscité nous rend forts, de la même manière qu’il a sorti
les Apôtres de la peur et de la torpeur au lendemain de sa
résurrection. Il faut préciser, cependant, qu’il ne s’agit pas d’une
force physique d’abord, mais bien évidemment de la force de la foi.
C’est la foi en la résurrection qui nous rend victorieux avec le
Christ.  C’est elle qui est notre arme la plus redoutable devant le
péché et aussi devant toutes les forces des ténèbres qui nous rendent
esclaves. Répétons-le : la foi en Jésus ressuscité est notre arme. Par
elle, le Christ nous libère de toutes sortes d’esclavages qui nous
tiennent prisonniers.  Ces esclavages ne sont pas que de type
spirituel, mais aussi culturel, social, économique et politique. C’est
de tout cela que le Christ, en ressuscitant, nous libère. (…).

CHRIST RESSUSCITE NOUS ILLUMINE

Chers frères et sœurs,
Chers diocésains,
La solennité de Pâques nous rappelle également que Jésus Christ est
lumière du monde (Cf. Jn 8, 12). Telle est la signification du culte
de la lumière qui a introduit notre célébration de la veillée pascale
et dont le cierge pascal est le symbole le plus éclatant. Non
seulement que cette lumière éclaire le chemin qui nous conduit à la
vie éternelle, mais aussi elle illumine les conditions dans lesquelles
nous vivons.
La lumière de la résurrection nous amène à porter un regard éclairé
sur nos conditions de vie dans notre société. Elle nous conduit à
mesurer à quel point notre pays est enchaîné dans les ténèbres du
péché, asservi par la volonté de certains d’entre nous, corrompu et
plongé dans une crise profonde. Au plan politique, toutes les
institutions électives sont au-delà de leur mandat constitutionnel ;
ce qui est d’une extrême gravité en démocratie. L’économie nationale
est en déliquescence. Notre monnaie connaît une inflation sans
précédent. La pauvreté se généralise. L’inquiétude et le doute
s’installent dans les cœurs et les esprits des Congolais. Ici même à
Kilwa, manger le foufou de maïs, la nourriture de base préférée des
Katangais, tend à devenir un luxe pour certaines familles. Nous sommes
au bord de la famine. L’argent ne circule pas. Dès lors, beaucoup de
gens s’interrogent : que doit-on faire pour sortir de cette impasse ?
Ces problèmes sont complexes et demandent sans doute des années
entières pour être résolus. Pour le moment, il est urgent d’éviter le
chaos. Nous affirmons avec force la primauté de l’Accord de la saint
Sylvestre, contenant des acquis incontestables sur lesquels toutes les
parties prenantes aux négociations du Centre Interdiocésain de
Kinshasa se sont mises d’accord. Cet Accord est un compromis
politique, négocié au prix d’immenses sacrifices. Il est indispensable
pour sauver la République, en cette période où toutes les institutions
à mandat électif ont perdu leur légitimité.
Conformément à la volonté des participants à ces négociations
directes entre le Pouvoir et l’Opposition, nous recommandons son
application intégrale, et non sélective, dans l’immédiat, pour sortir
la République Démocratique du Congo de la crise et arrêter sa décente
aux enfers ; avant qu’il ne soit trop tard. Une application partiale
ou partielle, et donc sélective, dénature cet Accord et peut être
porteuse des germes de conflits qui risquent d’aggraver une situation
politique déjà très tendue.
L’application intégrale de l’Accorde de la saint Sylvestre doit
commencer concrètement par la signature solennelle de l’Arrangement
particulier. Pour rappel, celui-ci fait partie intégrante de l’Accord
de la saint Sylvestre. Dès lors, on ne peut pas prétendre appliquer
l’Accord sans en même s’engager à signer l’Arrangement particulier. Ce
serait une contradiction flagrante.
Les deux points de divergences ayant conduit à l’impasse actuelle, et
devant trouver solution dans le dialogue, ne diminuent en rien la
valeur juridique et politique de cet Accord que tout le peuple
congolais et toute la communauté internationale ont salué. Il serait
illogique, voire insultant autant aux parties prenantes qu’à la
médiation, de passer outre cet Arrangement particulier, fruit
d’intenses concertations et de multiples concessions de part et
d’autre.
Outre la signature de l’Arrangement particulier, l’application de
l’Accord doit consister à mettre en application les mesures de
décrispation politique arrêtées par tous les participants de manière
consensuelle. Le bon sens nous amène à croire que sans cette
décrispation, l’Accord ne pourrait résorber la crise actuelle, dont la
gravité se mesure à la détérioration affligeante des conditions de vie
de notre peuple et à la montée inquiétante de l’insécurité.
L’exécution de ces mesures est, à coup sûr, une préparation
judicieuse de la cogestion apaisée du pays par les parties prenantes
aux négociations pendant cette période délicate. Tout bien considéré,
c’est un gage d’apaisement et une preuve de patriotisme pour
consolider l’unité de la nation congolaise ; en tout cas une garantie
de la tenue d’élections réellement transparentes, crédibles et
démocratiques.
Par contre, la non-exécution de ces mesures de décrispation politique
traduit, à n’en point douter, la volonté implicite du Pouvoir en place
d’écarter délibérément certains candidats gênants, qui sont maintenus
en dehors du pays pour des motifs peu convaincants, ou de priver des
moyens de propagande à ceux qui sont dans l’Opposition. Pareille
tactique affecte inexorablement la crédibilité des scrutins à venir et
n’augure nullement leur apaisement. Comment ne pas croire qu’il s’agit
là d’une manœuvre pour éviter une compétition électorale réellement
démocratique, ouverte à tous ?
Appliquer l’Accord du 31 décembre 2016, c’est également mettre en
œuvre son Conseil National de suivi (CNSA). A ce propos, le tour de
force herméneutique et les supputations sur la présidence de cette
importante institution, après la mort du regretté Etienne Tshisekedi,
relèvent de la mauvaise foi. Il est absurde qu’un poste de quelques
mois fasse l’objet de tant de convoitises.
En somme, l’application de l’Accord nécessite, de part et d’autre, la
confiance mutuelle, la bonne foi, l’honnêteté et surtout la volonté
politique, sans lesquelles on ne saurait bâtir une nation. Ces vertus,
qu’il faut à juste titre considérer comme des qualités politiques,
sont impérieuses dans le monde politique, surtout en ce temps de
crise, pour garantir le bien commun du peuple congolais. A cet effet,
il ne sert à rien de tergiverser: la nomination récente d’un premier
ministre sans le consentement du chef de file de l’Opposition est,
sans plus ni moins, un faux pas dans l’application de l’Accord. C’est
une violation pure et simple de cet Accord, dont tout le monde se
réclame des bouts des lèvres. A vrai dire, ce faux pas n’est que
l’autre paire de manche d’une stratégie politique de sabotage de
l’Accord qu’augurait déjà la signature « sous réserve » du même Accord
par la Majorité présidentielle dans la nuit du 31 décembre 2016.
Manifestement, il y a carence de volonté politique de cette famille
politique qui, par moment, souffle le chaud et le froid.
Pour nous, la période actuelle de l’histoire de notre pays est un
tournant, un virage que la classe politique dans son ensemble doit
négocier avec sagesse. Pour cela, il faut absolument repousser d’une
part la tentation des fausses solutions aux vrais problèmes, auxquels
nous faisons face et, d’autre part, éviter de développer la paranoïa
de créer des boucs émissaires. Séduisantes, les fausses solutions sont
par nature et par essence aléatoires. Ce sont des raccourcis
alléchants, des « provisoires », qui ont tort d’esquiver les vrais
enjeux. Parallèlement, en occultant les solutions aux vrais problèmes,
la tentation de fausses solutions conduit, très souvent, à créer et à
charger des boucs émissaires en s’innocentant. Telle nous paraît
l’attitude de la frange de la classe politique qui est au pouvoir face
aux divergences qui ont bloqué la signature l’Arrangement particulier
de l’Accord du 31 Décembre 2016. Nous avons l’impression que les
querelles intestines du camp de l’Opposition ont servi de prétexte
pour amplifier la crise par la nomination d’un premier ministre, chef
de gouvernement, en violation des prescrits de l’Accord. Il faut se
hâter pour revenir aux bons sentiments en empruntant le chemin de
l’application sans-faute de l’Accord, seule feuille de route crédible
pour garantir des élections libres, démocratiques, transparentes et
apaisées, dans le délai convenu.
L’Opposition, quant à elle, doit faire preuve de plus de sens de
responsabilité en évitant d’offrir des prétextes de blocage à la
frange de la classe politique qui est au pouvoir. Le spectacle qu’elle
présente actuellement au peuple congolais ne contribue pas au bien
commun.  La cogestion de la nation avec les adversaires politiques
n’est pas une sinécure. Elle nécessite une politique de la prévention
de crises qu’il faut anticiper ou, lorsque celles-ci adviennent, de
les résorber sans perdre la face. Une Opposition digne de ce nom se
construit autour et avec des hommes d’honneur et des convictions,
capables de résister à la tentation de la corruption et de
l’enrichissement facile.
Que les uns et les autres profitent de la grâce du ressuscité pour
sortir notre beau pays de cette crise qui ne nous honore point.

DEVENIR DES HOMMES NOUVEAUX ET DES FEMMES NOUVELLES
Chers frères et sœurs,
Chers diocésains,
Le Christ ressuscité nous invite à devenir des hommes et des femmes
nouveaux. Nous devons nous défaire du vieil homme avec ses habitudes
pour revêtir l’homme nouveau (Cf. Col 3, 10), munis de la grâce de la
résurrection(…).

Mgr Fulgence MUTEBA
Evêque de Kilwa-Kasenga

1 COMMENT

  1. Quand vous été au dialogue pour quoi vs n’avait résoudre les vraix problème, ce ridicule pour vous les évêques heure de la vérité vous na vait voulut dire la vérité, en dehors de dialogue , vous commence a faire de déclaration stupides ,honte a vous

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