Mgr Fridolin Ambongo s’interroge : la maladie à virus Ebola est là : que devons-nous faire ?

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Ma communication porte sur la visite pastorale que je viens d’effectuer à Mbandaka, à Itipo et à Bikoro dans l’Archidiocèse de Mbandaka-Bikoro, province de l’Equateur. Cette région est considérée aujourd’hui comme une zone rouge à cause de l’irruption de la terrible Maladie à Virus Ebola (MVE). Face à cette redoutable épidémie qui sème la mort et la désolation au sein de la population, l’Eglise famille de Dieu qui est à Mbandaka-Bikoro désire d’abord, par ma voix, exprimer sa sollicitude et sa proximité à l’égard de cette région éprouvée. Ensuite, exprimer une vive inquiétude devant une situation aussi préoccupante et légitime; mais cela ne peut suffire; il est urgent de conjuguer des efforts pour que se rétablissent les conditions d’une saine situation sanitaire. En ce sens les défis à relever sont nombreux, et il nous appartient de les relever ensemble pour le bien de tous et la paix de tous.

 

1. De ma visite pastorale dans la zone rouge

En hélicoptère des Nations-Unies, j’ai effectué du mardi 22 au mercredi 23 mai 2018, une visite pastorale à Itipo et Bikoro, au départ de Mbandaka. Que faut-il retenir de cette visite pastorale? Il me revient que : .

1. Le virus Ebola est bien là, il sème la mort et la désolation dans la population. La situation est très préoccupante comme le confirme le dernier rapport du Ministère de la Santé: 25 cas de décès, 54 cas enregistrés dont 35 positifs et ce chiffre vertigineux de 1.139 personnes ayant été en contact avec un malade ou un cadavre. Il faut donc craindre un pic de nouveaux cas dans les trois semaines à venir, puisque la période d’incubation du virus va de 2 à 21 jours.

2. La paroisse St Joseph d’Itipo dans la Zone de santé d’Iboko se présente comme l’épicentre de l’épidémie. En effet, la plupart des malades qui sont internés à Bikoro viennent précisément d’Itipo.

 

3. Si la situation sanitaire n’est pas rapidement maitrisée et ne redevient pas normale, le territoire de Bikoro risque de connaître une famine certaine. Et la ville de Mbandaka, dont le territoire de Bikoro est le grenier, en fera les frais. La montée des prix des denrées alimentaires de première nécessité à Mbandaka constitue déjà une source de grande inquiétude.

Les autorités sanitaires de la R.D. Congo avec l’appui des Services Spécialisés des Nations-Unies (OMS, Unicef) ainsi que des Médecins Sans Frontières, etc, ont mis sur pieds des stratégies de riposte appropriée, notamment l’installation à Bikoro, par le   Ministère de la Santé, d’un kit complet du laboratoire informatisé d’analyse biologique de l’lNRB pour la détection et la confirmation des cas d’infection au virus Ebola. Je voudrais ici saluer le dévouement et le professionnalisme de ses équipes sur le terrain.

5. L’ignorance de la population et les pratiques coutumièr.es auxquelles elle est attachée constituent un danger réel pour la santé publique. Ce comportement dangereux et irresponsable de la population se traduit notamment par :

a. La non-acceptation de la réalité de la maladie;

b. Les pratiques de manipulations non seulement des malades mais aussi et surtout des cadavres que l’on transporte d’ailleurs en motos (motos ambulances) ;

c. La tendance à faire confiance aux charlatans qui proposent à la population des thérapies tradi-modernes pourtant incapables de guérir les patients de cette maladie.

            Au regard de ce qui se passe, il se dégage que toutes les couches de la société sont concernées par ce fléau. Il faut donc intensifier et diversifier les initiatives de riposte afin de contenir l’avancée de cette épidémie et l’éradiquer totalement par un travail de sensibilisation d’envergure sur le danger que représente cette maladie.

 

II. Contribution (stratégies) spécifique de l’Eglise

 

Dans cette perspective, l’Eglise ne peut rester indifférente au sort de ses filles et de ses fils. En tant que mère, elle a pour mission fondamentale de donner la vie, une vie pleine et abondante (cf Jn 10,10) et, après l’avoir donnée, elle se dévoue à la protéger et à la faire croître. C’est dans la célébration du saint sacrifice de la messe, qui fait l’Eglise, que celle-ci puise la force de poursuivre sa mission évangélisatrice, sans désemparer, au bénéfice des vivants et des morts. Elle continuera à offrir le sacrifice eucharistique pour implorer la miséricorde divine sur les malades d’Ebola et sur les victimes de cette ignoble maladie.

Par ailleurs, pour affronter la menace que représente le virus d’Ebola, l’Eglise s’engage, à son niveau, à apporter sa contribution en mettant en oeuvre les stratégies spécifiques suivantes, qui s’imposent :

 

1°. Au niveau ecclésial d’abord

 

a. L’Eglise famille de Dieu qui est à Mbandaka-Bikoro suspend, jusqu’à nouvel ordre, l’administration des sacrements qui impliquent un contact physique avec les fidèles: le baptême, la confirmation, l’onction des malades et le sacrement de l’ordre, y compris les ordinations diaconale et sacerdotale prévues initialement pour le dimanche 03/06/2018 ;

b. L’invitation au baiser de paix pendant les célébrations liturgiques se fera uniquement de manière verbale; on ne se donnera donc pas la main !

c. Les ministres extraordinaires de la sainte communion devront impérativement désinfecter leurs mains avant et après la distribution de la Sainte communion;

d. Le célébrant principal sera le seul à communier à la coupe;

e.   Les            acolytes qui manipuleront       les        objets liturgiques         et         tous     les        autres acteurs liturgiques devront impérativement désinfecter leurs mains avant de servir à l’autel ;

f.  Obligation de désinfecter les objets sacrés après chaque utilisation;

g.  Pas de communion à la bouche,

h.  S’abstenir de tout contact physique, lorsqu’il s’agit, par exemple, d’une imposition des maIns.

 

2°. Au niveau communautaire ensuite

 

            Au niveau communautaire, j’invite le peuple de Dieu qui est à Mbandaka-Bikoro à suivre scrupuleusement les stratégies de riposte mises en oeuvre par notre service Caritas.

            La menace que représente le virus d’Ebola exige que des efforts divers et diversifiés soient conjugués à tous les niveaux. L’Eglise s’emploie, pour sa part, à y contribuer avec courage et détermination. C’est pourquoi elle peut élever la voix pour interpeller la conscience des autorités provinciales, afin qu’elles prennent leur part dans la promotion des conditions d’une vie décente de leurs administrés.

 

 III. De la responsabilité des autorités provinciales

 

            La ville de Mbandaka n’a qu’une route d’entrée et de sortie: c’est la route de Mbandaka-Bikoro. Il est incompréhensible que cette unique route soit coupée et délaissée, au point que Bikoro (110 km) soit aujourd’hui inaccessible en voiture !

            Pour se rendre à Bikoro et y apporter l’aide et l’appui nécessaires dont ce territoire a besoin en cette période d’extrême urgence, doit-on vraiment se résoudre à ne prendre que l’hélicoptère des Nations-Unies? Jusques à quand la population devra-t-elle attendre que ses gouvernants s’engagent enfin à travailler généreusement à l’amélioration de ses conditions de vie? Que fait l’Exécutif Provincial?

            Non ! C’est inacceptable! La population de l’Equateur mérite mieux. Elle a droit à la vie, à une vie digne de l’être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

            S’il vous plaît, ne l’abandonnez pas à son triste sort !

 

Fait à Mbandaka, le 24/05/2018

 

+ Mgr Fridolin Ambongo,

ofm cap

 

Archevêque Coadjuteur de Kinshasa et Administrateur Apostolique de

Mbandaka-Bikoro