Mgr Fridolin Ambongo : « J’ai une mission d’évangélisation en profondeur du peuple de Dieu… »

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La nomination, le 5 février 2018, de Mgr Fridolin Ambongo comme évêque coadjuteur de l’archidiocèse de Kinshasa par le Saint-Père François, a eu un écho retentissant au pays. Certains médias ont même tenté de lier cette décision du Vatican au contexte politique congolais, caractérisé par un bras de fer entre le régime au pouvoir et l’église catholique. Le principal concerné, a fait savoir, dans une interview accordée à la Voix de l’Amérique (VOA), que sa mission est d’abord religieuse. « C’est une mission d’évangélisation en profondeur du peuple de Dieu et c’est aussi une mission d’évangélisation libératrice
pour que les enfants de Dieu vivent mieux ». Pour lui, cette vie qui
est la vie du peuple comporte une dimension spirituelle, économique
politique. D’où son aveu : « Evidemment, c’est un peu dans ce cadre
que j’aurai aussi à tenir compte de cette dimension politique pour que
les populations des enfants de Dieu de Kinshasa vivent mieux ! »
Il a tenu à confirmer que sa nomination s’inscrit plutôt dans le
respect des règles régissant le fonctionnement d’un archidiocèse,
l’archevêque de Mbandaka-Bikoro et vice-président de la Conférence
épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Ordonné prêtre à l’âge de 28 ans chez les capucins, Mgr Ambongo était
depuis 2004 évêque de Bokungu-Ikela, dans le nord du pays. Il reste
administrateur apostolique de ce diocèse jusqu’à la nomination de son
successeur.
Quelle a été votre première réaction à votre nomination ?

Ma première réaction était d’abord l’expérience de ma propre
petitesse. Je dirai la modestie de ma personne par rapport à la
hauteur de la charge à laquelle je suis entré. En même temps, je fais
confiance au Seigneur parce que quand il appelle, il donne aussi la
grâce et la force.

Vous vous attendiez à être successeur de Mgr Monsengwo?

Pour dire la vérité, je dirai non. Parce que le système tel que ça
fonctionne dans l’église catholique, il y a des consultations et la
personne concernée n’est jamais consultée. C’est seulement au dernier
moment qu’on se tourne vers vous. Donc je n’avais aucune chance de
savoir que quelqu’un pensait à moi.

On sait que les relations entre l’église catholique et les autorités
congolaises ne sont pas bonnes du tout. Quel rôle allez-vous jouer
pour espérer décrisper le climat politique général ?

La première des choses, moi je viens à Kinshasa pour une mission
religieuse. C’est une mission d’évangélisation en profondeur du peuple
de Dieu. Cette mission d’évangélisation est aussi libératrice pour que
les enfants de Dieu vivent mieux. Et cette vie qui est la vie du
peuple de Dieu comporte la dimension spirituelle, économique
politique. Evidemment, c’est un peu dans ce cadre que j’aurai aussi à
tenir compte de cette dimension politique pour que les populations,
les enfants de Dieu de l’archidiocèse de Kinshasa vivent mieux et
dignement.

En janvier dernier, Monseigneur Monsengwo a appelé les médiocres à
dégager pour que règnent la paix et la justice au Congo. Des propos
qui ont dérangé le président Kabila qui a demandé à ce qu’on rende à
César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Allez-vous
évoluer sur la même lancée que le cardinal Monsengwo ?

Moi je ne sais pas pour quoi on s’offusque, s’irrite de l’utilisation
de ce mot parce que c’est aussi une expression que nous utilisons dans
nos écoles lorsqu’on donne à un enfant cette note : l’enfant doit
changer et aucun parent ne s’irrite.

Je sais que cela a créé beaucoup de réactions, mais nous devons nous
poser la question si ce qui est dit est-il vrai ou non.Je crois
qu’au-delà des mots, nous devons être sincères envers nous-mêmes.

Pour vous, les médiocres ce sont ceux en ce moment qui gouvernent la RDC ?

Ça, c’est l’expression que le Cardinal avait dite.  Mais je crois que
des mots devraient renvoyer chacun de nous à sa propre conscience et à
son propre sens de responsabilité.

Vous avez co-présidé les discussions de l’Accord de la Saint
Sylvestre. Vous allez condamner une éventuelle candidature de Joseph
Kabila aux élections de fin 2018 ?

Vous connaissez la constitution de la République. Le problème de la
candidature du président Joseph Kabila ne se pose pas. La constitution
n’autorise pas plus de deux mandats consécutifs.

Sous votre magistère, allez-vous appuyer les actions des Laïcs
catholiques et appuyer les efforts pour rendre effectif l’alternance
démocratique en RDC ?

Ce que font aujourd’hui les catholiques à travers le Comité Laïc de
Coordination n’est qu’une demande de la mise en application de
l’accord politique de la Saint Sylvestre. Notre appel « Le pays va
très mal. Debout Congolais ! », est un objectif pour tout Congolais
sérieux. Il doit donner le meilleur de lui-même pour que nous ayons
une alternance pacifique dans notre pays.

Que répondez-vous à ceux qui disent que l’église ne devrait pas se
mêler de la politique en RDC ?

L’église ne se mêle pas de la politique, seulement quand ils ont
besoin de l’église catholique, ils nous cherchent, s’immiscer de la
politique du Congo je ne sais pas ce que cela signifie parce que la
politique n’est que l’une des dimensions de la vie en société. Comment
l’église peut s’occuper de toutes les autres dimensions de la vie sauf
la dimension politique? Ça sera un non sens.

Le cardinal Monsengwo n’a fait qu’assumer sa mission de pasteur dans
toutes ses dimensions y compris la dimension politique. Si moi je suis
pasteur selon les normes de l’église catholique, je ne peux que
reprendre là où il s’est arrêté et continuer parce que la mission qu’
avait le cardinal ce n’est pas sa mission à lui. C’est la mission de
Jésus-Christ qui lui a confiée en un certain moment qu’ il a reçu de
ses prédécesseurs, et moi je reçois de lui et je continue la même
mission.

Une retranscription de Tshieke Bukasa