Dans son message au Conseil de Sécurité : la Cenco propose 5 pistes de sortie de la crise congolaise

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Abbé Donatien Nshole, premier secrétaire général adjoint de la Commission Episcopale Nationale du Congo (CENCO) le 4/03/2013 à Kinshasa, lors d’un point de presse. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Abbé Donatien Nshole, premier secrétaire général adjoint de la Commission Episcopale Nationale du Congo (CENCO) le 4/03/2013 à Kinshasa, lors d’un point de presse. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

L’abbé Donatien Nshole, Secrétaire Général de la Cenco (Conférence Episcopale Nationale du Congo), était hier lundi 19 mars 2018 à New York, à la tribune du Conseil de Sécurité des Nations Unies. C’était pour communiquer de vive voix, le message des Evêques catholiques congolais aux membres de cette institution planétaire.

Après avoir peint un tableau fort sombre de la situation sécuritaire, humanitaire, sociale et politique qui prévaut en RDC à cause principalement de la mauvaise gouvernance et de la non tenue des élections aux échéances constitutionnelles, il a préconisé 5 pistes de sortie de crise. Il s’agit de l’organisation d’élections transparentes et apaisées, de l’application intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016, du renforcement du mandat de la Monusco, de la mobilisation d’une aide humanitaire d’urgence en faveur des populations frappées
par l’insécurité et de la mise en œuvre d’un programme de développement économique post-électoral.

BRIEFING DE LA CENCO AU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES LE 19/03/2018
INTRODUCTION

Avant toute chose, qu’il me soit permis de transmettre les
remerciements de son Excellence Monseigneur Marcel Utembi, Archevêque
de Kisangani et Président de la CENCO aux membres du Conseil de
Sécurité des Nations Unies pour avoir invité la CENCO à faire un
briefing sur la situation humanitaire en RDC dans le cadre des
préparatifs de la  conférence des donateurs qui se tiendra
prochainement à Genève
Le drame humanitaire que traverse la République Démocratique du Congo
(RDC) depuis plus de 2 décennies ne fait que s’accentuer à tel point
que le Peuple congolais se pose la question de savoir si cette
situation trouve un « écho » véritable au sein de la Communauté
Internationale, en l’occurrence au sein de l’Organisation des Nations
Unies (ONU).
A cette occasion, nous allons  vous présenter brièvement :
1. La synthèse de la situation humanitaire et sécuritaire en RDC ;
2. Les causes de ce drame ;
3. Les attentes du Peuple Congolais.

1. SITUATION HUMANITAIRE ACTUELLE EN RDC

Aujourd’hui la situation humanitaire est caractérisée par la reprise
du cycle de violence dans la province de l’Ituri et la dégradation de
la situation humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu,
Maniema, Tanganyika et Kasaï.

ITURI

La situation en Ituri est caractérisée depuis le 17 décembre 2017 par
l’escalade de la violence qui s’est vite étendue sur plusieurs
territoires et a pour cible la communauté Hema. L’identité et les
motivations des assaillants ne sont pas connues. Il ne s’agit
certainement pas d’un conflit interethnique comme nous entendons dans
certains médias. Plus de 100 personnes sont tuées, plus de 2.000
maisons et cases incendiées. Les infrastructures d’intérêt public ne
sont pas épargnées, 100 écoles et 5 hôpitaux ont été saccagés sans
oublier la paroisse catholique de Lita.
Environ 338 000 personnes déplacées sont enregistrées.
Le risque d’éclosion d’épidémies suite à l’insuffisance des
infrastructures sanitaires est à craindre surtout avec le retour des
pluies dans la zone. Les besoins humanitaires sont énormes et à ce
jour la capacité de réponse des acteurs humanitaires est limitée à
cause de la difficulté pour les humanitaires d’accéder aux zones de
violence.

KASAI

Les populations des Provinces du Grand Kasaï traversent une situation
humanitaire préoccupante suite aux affrontements ayant opposé les
milices du Chef traditionnel Kamuina Nsapu aux Forces de l’Ordre.
Environ 1,4 millions de personnes dont plus de la moitié sont des
enfants ont été forcés à fuir leurs villages et d’errer sur les
routes. Beaucoup de familles qui ont décidé de rentrer chez elles à la
fin des massacres sont traumatisées de voir leurs villages pillés, les
maisons détruites, les champs dévastés et il n’y a plus rien à manger.

TANGANYIKA

Dans le Tanganyika, la situation humanitaire reste dominée par les
déplacements massifs de la population suite au conflit
intercommunautaire entre les Twa (pygmées) et les bantous dans le
territoire de Manono et de Kabalo. Le nombre de personnes déplacées
dans cette partie du pays est d’environ 200.000. Ces violences ont
également affecté les moyens de subsistance des populations. Des
nouvelles vagues estimées à 105 ménages déplacés soit 525 personnes
sont arrivées à Kalemie depuis le début du mois de février 2018.

NORD KIVU

Le contexte sécuritaire du Nord-Kivu reste dominé par des attaques à
répétition des éléments présumés du groupe armé Allied Democratic
Forces (ADF) ayant conduit à de tueries des civils dans le Territoire
de Béni. Ces incursions répétées d’hommes armés  causent des sérieux
problèmes de protection pour la population civile.

SUD KIVU

La situation sécuritaire reste très volatile et l’accès humanitaire
précaire. L’activisme des groupes armés et milices notamment les Raiya
Mutomboki ainsi que les affrontements avec les FARDC (Forces armées de
la RDC) en sont la cause. Plusieurs personnes déplacées sont dans le
territoire de Shabunda depuis février 2018 fuyant l’insécurité.

EX EQUATEUR

La présence des réfugiés centrafricains au nord-ouest de la Province
de l’Ex. Equateur continuent à peser sur les communautés d’accueil,
aggravant la situation de précarité des populations locales. 4 camps,
érigés dans les provinces du Nord Ubangi et Sud Ubangi par le HCR,
abritent plus de 100.000 réfugiés Centrafricains.
Au 31 décembre 2017, la RDC hébergeait 537 087 réfugiés dont plus de
90% proviennent de 3 pays : Rwanda (41%), RCA (34%) et Sud-Soudan
(17%).
A cela s’ajoute la situation d’autres  déplacés internes dans le pays :
Aujourd’hui, la RDC compte  4,49 millions des déplacés internes selon
les statistiques publiés en fin décembre 2017. La RDC est le premier
pays africain en nombre des déplacés internes : Plus de 60% sont des
enfants ; 55% se trouvent dans 3 provinces : Nord Kivu (26%), Sud Kivu
(15%) et Tanganyika (14%).
Cependant au 31 décembre 2017 on dénombrait 623.059 réfugiés
congolais dans les pays voisins : Angola, Burundi, Ouganda, Rwanda,
Tanzanie et Zambie.

2. LES CAUSES DE CE DRAME

Les causes de ce drame se trouvent fondamentalement dans :
– La situation sécuritaire instable et précaire due aux incursions des
présumés ADF, à l’activisme des groupes armés, aux affrontements
interethniques, notamment dans le cas des communautés des Twa et des
bantous, et aux manipulations de certaines forces obscures qui sont
intéressées par la déstabilisation de notre cher pays, c’est le cas en
Ituri.
– La crise socio politique et électorale due au fait que les élections
présidentielles et législatives n’ont pas été organisées dans le temps
conformément à la Constitution de la RDC et à l’Accord de la Saint
Sylvestre. Ce qui créé des mécontentements et aussi l’absence de
l’autorité de l’Etat dans certaines zones du pays du fait de
l’illégitimité des principales institutions.

3. LES ATTENTES DU PEUPLE CONGOLAIS

Eu égard à ce qui précède et pour éviter que la situation humanitaire
dramatique que traverse la RDC ne s’aggrave, il s’avère nécessaire que
:
–       L’ONU s’implique davantage et fasse urger la tenue des bonnes
élections en RDC. L’épiscopat congolais est convaincu que seules les
élections crédibles, transparentes et apaisées peuvent donner au
Peuple congolais des gouvernants légitimes capables de faire face à la
crise multiforme qui ronge le pays ;
L’exigence par l’ONU de la mise en œuvre des dispositions de l’Accord
de la Saint Sylvestre qui sont les préalables des bonnes élections et
le suivi du respect des dates clés du calendrier électoral, devraient
être prioritaires aujourd’hui. La complaisance à ce niveau serait une
bombe à retardement, car les élections qui nous ramèneraient à la case
de départ seraient un gâchis que la Communauté internationale doit
éviter ;
– Le mandat de la MONUSCO soit renforcé. Qu’elle soit dotée de moyens
juridiques et matériels nécessaires pour la protection des civils, des
personnes vulnérables et de leurs biens dans les zones où il y a des
attaques et des violences récurrentes ;
– Il y ait une aide humanitaire d’urgence pour les populations
victimes de l’insécurité et celles forcées de quitter leurs terres ;
– Il y ait un plan de développement économique de la RDC d’après les élections.

New York, le 19/03/2018
Abbé Donatien NSHOLE
Secrétaire Général de la CENCO

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