Message des Catholiques au pouvoir : « A vous les armes et à Dieu la victoire » !

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La Cathédrale Notre Dame du Congo a accueilli, le vendredi 09 février 2018, sous la direction du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, Archevêque de Kinshasa, le culte religieux organisé en mémoire des victimes de la répression policière du dimanche 21 janvier 2018.

Membres du corps diplomatique, du Sénat et de l’Assemblée Nationale ainsi que des leaders des partis politiques et des organisations de la Société civile se sont joints aux fidèles catholiques pour l’hommage posthume à la dernière couvée des martyrs de la démocratie.

L’homélie de circonstance s’est voulue à la fois une réaffirmation de la détermination des évêques, religieux et religieuses catholiques d’accompagner ceux qui souffrent dans leur quête de la liberté et du bien-être social, mais aussi une interpellation des hommes au pouvoir sur l’impuissance des armes face à la super-puissance du Créateur. Tout en proclamant leur détermination de ne fléchir ni devant les menaces de mort, ni les exécutions sommaires, les arrestations et la profanation des lieux de culte, les religieux et religieuses
catholiques ont ouvert, en faveur de ceux qui les persécutent et
sèment la terreur au milieu de leurs fidèles, la fenêtre de la
repentance, à travers la confession.
Portant le combat de la libération du peuple sur le terrain «
mystique », ils viennent de planifier des journées de prières
spéciales pour obtenir du Très-Haut son pardon en faveur de tous ceux
qui font du mal à l’Eglise Catholique et à ses fidèles.
MOT DES PRETRES, RELIGIEUX ET RELIGIEUSES KINOIS A L’OCCASION DE LA
CELEBRATION DES OBSEQUES DES VICTIMES DE LA MARCHE PACIFIQUE DES
CHRETIENS  du 21 Janvier 2018.
Eminence Cardinal Archevêque ;
Excellences Messeigneurs les Evêques Auxiliaires,
Distingués invités,

Nous prenons la parole au nom du presbyterium et de tous les
consacrés œuvrant dans l’archidiocèse de Kinshasa pour nous adresser
au pouvoir actuel de notre pays à l’occasion des funérailles
ecclésiastiques des victimes de la marche pacifique des chrétiens du
21 Janvier 2018. Il est vrai que nous nous  sommes rassemblés
aujourd’hui pour prier en faveur de ces derniers morts dont une fille
qui se préparait à se consacrer à Dieu pour servir les pauvres.  Il
est aussi vrai que lorsque nous pleurons ces morts du 21 Janvier, nous
sentons remonter en nous, les douleurs causées par les tueries du 31
décembre 2017 et le massacre de beaucoup d’autres  congolais (plus de
huit millions parmi lesquels les évêques, les prêtres, les religieux
et les religieuses)  qui sont morts partout dans notre pays depuis le
début de la tragédie que nous situons  en 1997. Nous sommes venus
prier pour que le sang de ces dernières victimes mêlé au sang de
nombreux congolais massacrés innocemment ne reste pas sans féconder
les efforts des survivants que nous sommes.
Oui, lorsque nous pleurons et prions pour ces dernières victimes,
nous nous rappelons aussi l’amertume des souffrances morales et
physiques que le pouvoir en place fait subir aux chrétiens et aux
prêtres depuis le 31 décembre 2017. Nous sommes devenus la cible de
leur terreur. Une terreur jamais connue dans cette ville qui est allée
jusqu’à déshabiller publiquement un prêtre. Des prêtres sont
fréquemment molestés, insultés même à travers les médias de l’Etat,
brutalisés et kidnappés en plein exercice de leurs services pastoraux,
etc. Des cures et couvents qui constituaient des endroits les plus
sécurisants sont devenus des lieux d’insécurité. Aujourd’hui à 2h, les
prêtres de Saint Théophile de Kimbanseke ont été dévastés par des
bandits. C’est du jamais vu dans cette ville. Quel sacrilège et quelle
indignité pour un pays majoritairement chrétien !
C’est du dedans de cette lamentation que nous les prêtres, religieux
et religieuses voudrions, à l’instar des prophètes de l’Ancien
Testament, de Jésus-Christ lui-même et de ses apôtres, pleurer sur la
ville de Kinshasa et sur ses dirigeants politico-administratifs,
civils et militaires. Nous portons le combat de la libération du Congo
à son niveau mystique. Nous voudrions pleurer sur ce pays la
République Démocratique du Congo et sur ses dirigeants ainsi que leurs
alliés locaux et internationaux. Nous versons nos larmes en notre
qualité de Prêtre, de Prophète et de Roi. Nous sommes des milliers de
Congolais qui avons fait le sacrifice de notre vie à Dieu pour le
service des plus pauvres. Nous œuvrons sans but lucratif et nous nous
dévouons à offrir tous les jours des sacrifices spirituels et des
services sociaux dans des conditions inacceptables pour le bien de ce
pays.
Nous ne sommes pas des politiciens, nous ne sommes ni de gauche ni
de droite. Nous sommes des prêtres et en tant que tels, nous avons la
mission prophétique de veiller sur la bonne marche de la cité. Cette
mission prophétique qu’aucun politicien censé n’ignore est légale.
Malgré les grandes études que fait le prêtre, il ne se dérobe pas de
la mission que le Christ lui a confiée. Il est toujours à côté du
peuple. C’est ainsi que le prêtre peut s’exprimer sur la situation
actuelle avec beaucoup de certitude. Le prêtre voit la lumière où vous
voyez l’obscurité, il voit l’avenir où vous voyez le néant, il voit
l’espérance quand vous parlez de doute, il est sans peur quand vous,
vous versez dans l’anxiété, il s’ouvre à l’amour lorsque vous vous
enfermez dans la haine.
Si, en effet, vous les dirigeants, sentez l’obligation de réprimer
dans la violence le droit du peuple à la manifestation, tolérez aussi
que le prêtre ait l’obligation de dénoncer cette barbarie. Nous sommes
conscients de la confiance que vous faites à vos armes pour réprimer
les pauvres qui crient leur souffrance et leur désolation. Mais soyez
en sûrs, à vous les armes et à Dieu la victoire. Dieu est amour. Nous
croyons à son amour. La haine qui envahit aujourd’hui les cœurs de
beaucoup de nos dirigeants n’influencera en rien l’amour du Christ qui
habite le cœur du prêtre. Car le Christ est toute bonté. Nous vous
recommandons d’éviter toute sorte de stratégie inspirée par la peur,
la malveillance,  la haine, l’égoïsme, la déloyauté. Inspirez-vous par
l’amour. Regardez autour de vous. Vous ne voyez rien ? Regardez à
votre intérieur. Vous ne sentez rien ? Le mal a pris possession de
notre cité. Un mal qui évolue comme un virus dans le cœur de tout le
peuple. Heureusement, il y a encore les fils du pays, les vrais fils
du pays, qui tiennent encore les torches allumées dans ce tohu-bohu
d’obscurité.
Le prêtre joue son rôle. Il ne se taira jamais parce que vous l’avez
molesté ou avez tué son confrère. Nous avons un devoir sacré de prier
pour le pays et ses dirigeants, de les accompagner par nos sages
conseils éclairés par la Parole de Dieu. Nous avons également  le
droit de dénoncer les dérives des gestionnaires du pays pour préserver
l’avenir de la cité contre les maux multiformes qui caractérisent la
gestion calamiteuse de notre pays comme nous le déplorons tous depuis
ces dernières années.  C’est fort de cela, que nous soutenons l’action
du Comité Laïc de Coordination tendant à obtenir l’application
intégrale des accords du 31 décembre 2016. Comment alors comprendre
que l’exercice d’une telle noble mission provoque la violence et
poussent les dirigeants du pays à s’en prendre aux prêtres ? Les
dirigeants politico-administratifs, civils et militaires de cette
ville et de ce pays qui se livrent à ce sacrilège savent-ils qu’ils se
rendent coupables de peines spirituelles qui peuvent leur être
infligées par le pouvoir sacerdotal dont les prêtres sont porteurs ?
Nous en appelons donc à la conscience de chacun. On ne protège pas son
pouvoir par des actes de sacrilège et de profanation. Pour votre
délivrance, vous qui avez commis et qui commettez encore des
profanations à l’endroit du sacré par vos actes, vos projets, vos
propositions ou vos interventions dans les médias, passez au
confessionnal. Beaucoup parmi vous êtes catholiques. Vous connaissez
bien l’Eglise ou par votre foi ou par la formation intellectuelle
reçue. Il ne peut y avoir l’inadéquation entre la foi que vous
proclamez à l’Eglise et l’exercice de votre pouvoir temporaire.
Quant à nous, prêtres, religieux et religieuses, nous vous
pardonnons. Nous sommes les hommes de Dieu. Il ne faut pas chercher à
nous intimider par des mensonges dans les médias, les appels de
menaces à la mort, des arrestations arbitraires, des projections pour
nous tendre des pièges afin qu’on vous laisse tranquille. Il faut
plutôt instaurer la justice et le droit. Vous verrez que vous serez
satisfait et fier de vos œuvres. Dans la situation actuelle, personne
n’est à l’aise. Cherchons la voie de l’amour et non des armes.
Travaillez pour le bien-être de tous et non pour l’argent.
Battons-nous pour construire la vérité et non le mensonge. Quelle que
soit la falsification, la vérité trouve toujours son sentier. Cessez
de gaspiller vos énergies pour vous renseigner sur nous. Car vous ne
trouverez rien d’autre sinon ce que vous connaissez déjà du prêtre ou
de la religieuse. Nous allons continuer à prier pour vous et pour
l’ensemble de notre pays. C’est pourquoi prêtres, religieux et
religieuses se consacrerons à des exercices spirituels spéciaux pour
l’expiation des péchés de tous ceux qui ont nui à l’Eglise et aux
innocents durant cette période difficile. Une intention particulière
est réservée aux  dirigeants de cette ville et de ce pays. Et voici
notre agenda.
– Mercredi 14 février : mercredi des cendres et journée de sacrement
de pénitence
– Du jeudi 15 au samedi 17 février : 3 jours de jeûnes et prières avec
des thèmes répartis de la manière suivante : jeudi 15 (pour ceux qui
nous font souffrir), vendredi 16 (pour les chrétiens persécutés) et
samedi 17(pour la paix et la justice).
Les prières de ces trois jours sont aussi en connexion avec nos pères
les évêques qui seront en session extraordinaire de la Cenco.
– Vendredi 23 : journée de prière par la recommandation du Pape
Nous demandons aux fidèles d’être du même cœur avec leurs prêtres.
Que vive notre Dieu
Que vive notre Eglise
Que vive l’Etat de droit en RDC
Au nom de tous les prêtres, religieux et religieuses nous vous remercions.
Abbé Jean-Marie KONDE (rapporteur)