Mende : «Le dialogue entre fils et filles de la RDC relève de la politique interne»

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mendeLambert Mende Omalanga, ministre en charge de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, était encore une fois face à la presse nationale et internationale hier lundi 8 juin. Trois points ont constitué l’essentiel de sa communication. Il s’agit de la situation sécuritaire au Nord-Kivu, particulièrement à Beni et Goma, les déclarations du Sous-secrétaire d’Etat américain Tom Malinowski, ainsi que le Dialogue national.

Au sujet de la recrudescence de l’insécurité au Nord-Kivu, le ministre s’est appesanti sur la question pour expliquer comment l’attaque de l’aéroport de Goma était perpétrée, avant de renseigner que des assaillants capturés ont fait des révélations qui aideront les enquêteurs à remonter la filière de la terreur.

Concernant les déclarations du Sous-secrétaire d’Etat américain faites au cours d’une conférence de presse à Kinshasa, le 4 juin 2015 selon lesquelles « le dialogue républicain ne devait pas servir de prétexte  pour retarder les élections », le porte-parole du gouvernement a affiché sa ferme opposition à de tels propos d’un diplomate qui viole volontairement les pratiques en la matière. Pour Lambert Mende, les Congolais n’ont pas besoin d’une quelconque autorisation d’un partenaire étranger pour parler des problèmes qui concernent leur pays.

En réaction aux déclarations de l’homme d’Etat américain, le gouvernement a déjà exprimé sa désapprobation par le biais de son ministre des Affaires étrangères en ces termes : « Le dialogue entre fils et filles de la RDC relève de la politique interne de cette dernière. Toute immixtion des Etats tiers dans ce processus est donc non seulement inacceptable, mais également intolérable, conformément au droit international qui prescrit le principe de non ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat ».

Quant au dialogue, il s’inscrit en faux contre l’exigence de l’opposition qui conditionne sa participation par la présence du Représentant du SG de l’ONU pour en assurer la facilitation.

Des questions lui ont été posées, parmi lesquelles celles de savoir si la Rdc exclut totalement le recours à médiateur par faciliter le dialogue et si le gouvernement est prêt à autoriser l’exhumation des corps enterrés dans la fosse commune de Maluku, pour répondre aux 34 plaintes déposées auprès des tribunaux comme le révèle le HRW.

A cette dernière question, le ministre a dit n’avoir pas connaissance desdites plaintes et les offices auprès desquels elles auraient été déposées.

   

  1. Situation sécuritaire au Nord-Kivu (Beni et Goma)

            Mardi 2 juin 2015 aux petites heures du matin, alors qu’il pleuvait abondamment, plusieurs dizaines d’assaillants lourdement armés ont attaqué l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu tuant deux éléments des forces de défense affectés à la garde des lieux. Les troupes régulières venues à la rescousse ont trouvé les assaillants occupés à mutiler le corps d’une de leurs victimes, un modus operandi semblable à celui des auteurs des atrocités commises à Beni et aux alentours au cours de ces derniers mois par des tueurs qui y ont fait plus de trois cent morts. Au cours des échanges de tirs qui s’en sont suivis, 4 assaillants seront tués pendant que cinq seront capturés et que le reste de la bande s’enfuyait.

            Les assaillants capturés interrogés ont fait des révélations qui permettront aux enquêteurs de remonter la filière de la terreur qui a failli noyer la ville de Goma.

            Il ressort de leurs dépositions que certains d’entre eux ont été recrutés par un certain Kambale Malonga à Nyamilima en territoire de Rutshuru. Ils ont indiqué notamment que d’autres combattants avaient rejoint leurs rangs depuis plusieurs mois après avoir été recrutés à Beni, principalement dans le secteur de Mbau, une des entités les plus martyrisées par l’offensive terroriste attribuée jusque-là exclusivement à des rebelles ougandais des ADF. On se souviendra qu’un grand nombre de femmes, d’enfants, d’adultes et de vieillards assassinés ces derniers jours dans le grand Nord par des assaillants jamais identifiés l’ont été dans le périmètre du secteur de Mbau.

            Les terroristes capturés étaient tous des Congolais ressortissants de la province du Nord Kivu. Ils ont déclaré avoir subi une formation au maniement des armes à feu et des armes blanches dans un maquis de la forêt de Mbau ou deux gourous les auraient endoctriné. La fin de la formation était marquée par un cérémonial ésotérique supposé les rendre invincibles et invulnérables.

            Les auteurs de l’attaque contre l’aéroport auraient été pour la plupart recrutés à Beni/Mbau et  acheminés vers Goma par camions. Sur place dans le chef-lieu de la province du Nord Kivu, ils les ont été logés et nourris par Célestin Kambale Malonga, un ancien chef de bureau de la commune de Goma qui semble jouer un rôle dirigeant dans ce groupe armé. Il est cité comme l’organisateur de deux réunions au cours desquelles l’attaque sur l’aéroport de Goma a été planifiée. Le mot d’ordre  lors de la dernière des deux réunions à laquelle Kambale avait activement participé était de « frapper à Goma pour embraser toute la province du Nord Kivu ».

            Un député provincial du Nord Kivu, Monsieur Kenda Kenda aurait, selon la déposition de Kambale Malonga, pris l’engagement au cours de cette réunion, de fournir des armes au commando qui devait attaquer Goma, une promesse tenue le jour même. Il a été arrêté et est poursuivi par la justice en procédure de flagrance. La perquisition opérée chez lui a permis de découvrir 4 armes dont 2 AK47 et 2 fusils mitrailleurs Uzi manifestement prêts à servir pour d’autres opérations. Dans sa parcelle a été trouvé le véhicule qui a servi au transport des assaillants auteurs de l’attaque contre l’aéroport de Goma et qui était recherché par la police.

            Dans les comptes rendus écrits à la main des réunions préparatoires de l’attaque de l’aéroport de Goma trouvés sur un suspect, la présence et les interventions du député provincial Kenda Kenda sont signalées.

            À la suite des dénonciations des uns et des autres, plus d’une trentaine de suspects ont été interpellés pour actes de terrorisme perpétrés aussi bien à Beni, à Rutshuru qu’à Goma. Certains ont pris la fuite vers l’Ouganda qui a d’ores et déjà annoncé  son intention de les rapatrier vers la RDC, en exécution de ses engagements pris dans le cadre de l’Accord-cadre d’Addis Abeba qui enjoint les Etats signataires à «ne pas tolérer, ni fournir une assistance  ou  un  soutien  quelconque  à  des  groupes armés»(…)

« Ne pas héberger ni fournir une protection de quelque nature que ce soit aux personnes accusées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, d’actes de génocide ou de crimes d’agression’’ et « faciliter l’administration de la justice, grâce à la coopération judiciaire dans la région».

            Les enquêteurs établissent maintenant un lien direct entre l’attaque contre l’aéroport de Goma et les actes de terrorisme qui ont endeuillé le Grand Nord. Ils se sont transportés depuis le week end dernier à Beni et à Mbau afin de compléter leurs recherches à cet égard.

            On pensait que l’arrestation de Jamil Mukulu, le numéro un des ADF ougandais en Tanzanie, la neutralisation d’un de ses principaux lieutenants et la destruction de leur nouveau quartier général dans la jungle par les vaillantes FARDC allaient marquer la fin des offensives terroristes qui ont tant endeuillé le Grand Nord. Mais la poursuite des incursions et des agressions contre des populations inoffensives quoique moins nombreuses qu’auparavant tendent à donner de la substance à l’hypothèse de l’existence de réseaux criminels comprenant des compatriotes Congolais.

            Cette situation inattendue interpelle aussi bien le Gouvernement de la République que les communautés du Kivu.

            On se perd en conjectures  sur les véritables motivations de ces compatriotes qui ont pratiquement choisi d’imiter les criminels de la rébellion ougandaise des ADF que nos forces de défense et de sécurité sont encore occupées à éradiquer dans cette région. Pour le Gouvernement, il ne sert à rien de s’agiter autour de la nationalité ou la communauté d’appartenance des auteurs des crimes qui se commettent à Beni ou ailleurs dans le Nord Kivu. Un crime reste un crime. Quelles que soient leur nationalité, leur communauté ethnique, leur  motivation politique ou mercantiliste, le sang des innocentes victimes congolaises tuées par centaines à Beni et ailleurs au Nord Kivu crie vengeance. Le Gouvernement de la République est déterminé à traquer jusqu’à leur dernier retranchement tous ceux qui, de près ou de loin, se sont compromis dans cette ignoble criminalité que rien ne saurait justifier.

            C’est la mission confiée par le Président de la République aux nouvelles unités des forces de défense déployées dans cette région – martyr.

  1. Déclarations du Sous-secrétaire d’Etat américain Tom Malinowski sur le Dialogue National

            En séjour à Kinshasa, le Sous-Secrétaire américain à la Démocratie et aux Droits de l’Homme, Tom Malinowski, a déclaré dans une conférence de presse tenue à Kinshasa le 4 juin 2015 que le dialogue républicain « ne devait pas servir de prétexte pour retarder les élections ». De fait, il répétait une rengaine ressassée avec la mauvaise foi la plus flagrante par une opposition dont on ne sait plus quand il faut la croire ou pas.  Mauvaise foi parce que tous savent que le Président de la République n’a aucune compétence en matière de calendrier électoral, lequel relève exclusivement de la CENI.

  1. Malinowski ajoutera en plus que l’ordre du jour du Dialogue national devait se concentrer uniquement sur les problèmes électoraux, comme si pour parler de leur pays qui a bien d’autres chats à fouetter, notamment la grave crise sécuritaire et humanitaire dans le Grand Nord et les perturbations de l’ordre public à Aveba (Ituri) ou à Manono au Katanga, les Congolais avaient besoin de l’autorisation d’un partenaire étranger! En réalité Tom Malinowski qui fut activiste chez Human Rights Watch a rarement raté une occasion de se livrer à des excentricités bien peu diplomatiques. Au point que pas plus tard que l’année dernière, il avait été déclaré persona non grata par le Bahrein. En ce qui concerne la RDC, mon collègue le Ministre des Affaires Etrangères a dit ce qu’en pense le Gouvernement dans sa réaction du 5 juin, à savoir que « Le dialogue entre les fils et les filles de la RDC relève de la politique interne de cette dernière. Toute immixtion des Etats tiers dans ce processus est donc non seulement inacceptable, mais également intolérable, conformément au droit international qui prescrit le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat ».  Cette position s’inscrit dans le droit fil de la déclaration du Président de la République, Joseph Kabila dans son discours sur l’état de la Nation du 15 décembre 2014 : « … De nos partenaires, et pourvu que cela soit fait dans le respect de notre souveraineté, nous sommes toujours prêts à recevoir des avis, conseils et suggestions. Mais jamais des injonctions ».

III. Le Dialogue National

            Certains acteurs politiques de l’opposition qui ont souhaité le dialogue républicain ont lié ce dialogue à l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région des Grands Lacs, dit Accord-cadre d’Addis Abeba. D’autres récusent l’initiative prise par le Président de la République à cette fin. Quiconque a parcouru ce texte peut constater que l’Accord cadre d’Addis Abeba ne fait aucune allusion au dialogue entre Congolais. C’est dans la Résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations Unies adoptée le 28 mars 2013 à New York qu’il est demandé, au point 14, sous-point B, « au Représentant spécial (des Nations Unies) pour la République démocratique du Congo de promouvoir au moyen de ses bons offices un dialogue politique transparent et sans exclusive entre toutes les parties prenantes congolaises en vue de favoriser la réconciliation et la démocratisation et encourager l’organisation d’élections provinciales et locales crédibles et transparentes ».

            Il s’agit bien d’un lobbying et non de ce véritable acte de substitution de souveraineté que quelques compatriotes de l’opposition voudraient promouvoir en demandant à un préposé des Nations-Unies de convoquer les forces politiques congolaises à un dialogue, en ce compris le Chef de l’Etat auprès duquel il a été accrédité par la Communauté internationale. Même Kafka ne s’y retrouverait pas. Et c’est ce que le Représentant de Ban Ki Moon essaye de faire passer comme message en déclarant qu’il soutient l’initiative et qu’il reste disponible pour apporter ses bons offices si le Président Joseph Kabila le lui demandait.

            L’exigence d’une certaine opposition de ne participer à un dialogue que si le Représentant du Secrétaire général des Nations Unies à Kinshasa en assurait le leadership ne répond donc ni à la lettre ni à l’esprit des résolutions du Conseil de Sécurité.

            En effet, dans un louable souci de recadrer certaines interprétations à cet égard, le Conseil de Sécurité a adopté une autre Résolution concernant la RDC, la 2211. C’était le 26 mars 2015, c’est-à-dire deux ans après la Résolution 2098 du 28 mars 2013.

            Cette Résolution 2211 ne parle pas du dialogue dans le sens que lui donnent ceux qui refusent de faire du dialogue une affaire de Congolais. On y lit au sous-chapitre «Elections» que le Conseil de sécurité « exhorte le Gouvernement et toutes les autres parties concernées à créer les conditions nécessaires pour que le processus électoral soit libre, juste, crédible, ouvert, transparent, pacifique et conforme à la Constitution congolaise et au calendrier électoral, pour qu’il s’accompagne d’un débat politique libre et constructif ».

            Le terme « dialogue » n’apparaît qu’au sous-chapitre consacré aux relations entre la RDC et les autres pays de la région des Grands Lacs dans les recommandations adressées, non au Représentant du Secrétaire général de l’ONU en RDC, mais bien à son Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs auquel il est demandé de « continuer à s’investir à l’échelle régionale et internationale dans la quête de la paix, de la stabilité et du développement économique de la République démocratique du Congo et de sa région, notamment en favorisant l’organisation rapide d’élections nationales crédibles et sans exclusive, en ouvrant un dialogue régional ».  C’est écrit noir sur blanc.

            Il serait souhaitable que ceux de nos compatriotes qui ont voulu surfer sur l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et les Résolutions 2098 et 2211 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour torpiller le dialogue initié par le Chef de l’Etat en réponse à leur demande procèdent à un réexamen de ces trois instruments juridiques.

            En tout état de cause, Il faut saluer l’unanimité qui se dégage des propos responsables et frappés au coin du bon sens tenus par tous les hôtes du Chef de l’Etat qui ont tous soutenu l’impérieuse nécessité de la tenue du dialogue dans le respect des Institutions et de la Constitution, surtout à l’aube des échéances politiques à venir qui exigent un climat général de confiance.

            Les raisons de ceux qui s’opposent à ce dialogue vont d’une remise en cause du rôle d’Initiateur du Chef de l’Etat à des spéculations et revendications préalables quant à l’objet, au périmètre et aux objectifs dudit dialogue en passant par des appels à une médiation étrangère.

            Ces questionnements combinés au besoin d’évaluation des processus antérieurs sont chose normale et compréhensible. Toutefois, le jeu de postures au détriment des enjeux reste inadmissible. Surtout lorsque un certain nombre de raisons avancées par les opposants au dialogue ne concernent en réalité ni le périmètre, ni l’objet ou les modalités dudit dialogue. On a plutôt le sentiment d’être en face de calculs d’acteurs politiques soucieux d’être les premiers dans les rangs d’une sorte de grand-messe lorsqu’ils ne voient pas d’un mauvais œil l’élargissement du dialogue à d’autres, avec à la clé l’obligation du partage éventuel des dividendes ou le risque que l’initiative tout comme les bénéfices du processus leur échappent, ce qui justifient leurs souhaits que la démarche n’aboutisse jamais.

            Il faut que les Congolais cessent de projeter le devenir de leur pays sur la base des procès d’intention, signe manifeste d’une incapacité à dépasser les a priori.  Le dialogue entre Congolais sur le Congo devrait devenir une seconde nature pour tous. Il ne doit pas être instrumentalisé à des fins d’affichage ou pour une caution de vues partisanes. Il s’agit de réflexions stratégiques devant aboutir à des solutions partagées sur l’avenir de toute la Nation.

            On peut comprendre l’efficacité d’une médiation ou d’une facilitation internationale comme gage de la crédibilité du dialogue entre ressortissants d’un même pays. Mais nous devons être à l’écoute de l’opinion de plus en plus partagée par nos concitoyens qui pensent qu’après la table ronde de Bruxelles, après les conférences de Tananarive et de Sun City, le temps est venu pour que les Congolais puissent se parler sans faire de leur pays une éternelle arrière-cour de la communauté internationale.

            Si la vivacité du débat démocratique dans notre pays est la traduction de la mesure de la passion pour le Congo, l’intérêt supérieur de la Nation commande que notre société cesse d’être celle d’éternels conflits. Après tant d’épreuves et de désillusions, la RDC a besoin d’apaisement. Tous les Congolais ont besoin de paix.

Ce n’est pas un luxe pour notre classe politique que d’avoir un entendement commun sur les fondamentaux des règles démocratiques. Le cas du Burundi où la crise a résulté de l’interprétation contradictoire des Accords d’Arusha par la classe politique de ce pays devrait pourtant nous interpeller.

            Que les Congolais parlent entre eux-mêmes de leur pays, de leurs élections ou de leur sécurité ne saurait causer du tort ni au pays lui-même, ni aux acteurs politiques, loin s’en faut.

Je vous remercie.

Lambert MENDE

OMALANGA

Ministre de la Communication et Médias

Porte-parole du Gouvernement