Menace sur le fleuve Congo: Kinshasa doit se ressaisir !

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Après l’appropriation des minerais, des groupes occidentaux, avec la complicité de certains pays africains, réactivent maintenant deux projets de pillage de l’eau du Bassin du Fleuve Congo pour soi-disant lutter contre la famine, la désertification et l’assèchement du Lac Tchad[9].

Pour rappel, le premier projet (Transaqua), élaboré par la firme italienne Bonifica SPA en 1972, propose de construire des barrages de régulation sur plusieurs rivières affluentes du fleuve Congo à l’Est et au Nord-Est de la R.D. Congo notamment les rivières Lowa, Lindi, Aruwimi, Maïko, Tshopo, Itimbiri, Mongala, et les tributaires de la rivière Oubangui, Giri, Lua et Kotto. Par un gigantesque canal qui franchirait la barrière naturelle interbassin de
600 m d’altitude, les eaux ainsi soustraites du bassin du Fleuve Congo[10] seront amenées au Lac Tchad via le fleuve Chari (Voir Fig.
1).

N.B. : En septembre 2015, M. Vichi a réajusté ses plans pour Transaqua : « la zone de capture des eaux devra englober tous les affluents de la rive droite du Fleuve Congo au Sud de la R.D. Congo. Plus le canal sera long, plus grand sera le volume d’eau à déverser dans le lac ! ».

Le deuxième projet (Projet Oubangui), élaboré par les pays membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT)[12], propose de construire un barrage multifonctionnel sur la rivière Oubangui dans la région de Palambo en République Centrafricaine. Un gigantesque canal franchirait la même barrière naturelle pour transférer au Lac Tchad un important
volume d’eau par pompage via le barrage de Palambo sur le fleuve Oubangui puis par gravité via la rivière Kotto et le fleuve Chari
(Fig. 2)[13].
Le Projet Transaqua et le Projet Oubangui procèdent, comme pour le
pillage des minerais, de cette triste logique de «partage-spoliation»
du patrimoine congolais décidé en Occident, dans le mépris et sans
aucune consultation des peuples africains souverains concernés (les
peuples de la République du Congo, de la République démocratique du
Congo, de la République Centrafricaine). Tout se passe comme si ces
pays étaient encore sous le régime colonial : l’Occident élabore dans
ses officines des projets et les impose aux Africains quand bien même
ces projets ne présenteraient aucun intérêt pour eux, ou ne
répondraient à aucun de leurs besoins ou seraient tout simplement
suicidaires pour eux comme dans le cas d’espèce.

Aspects géostratégiques
– Notez que ces cogitations, quasi occultes, se déroulent en l’absence
de la R.D. Congo et des Congolais. Tout se passe comme si cette eau
douce tant convoitée n’est plus la propriété du Congo et des
Congolais. Elle serait déclarée «objet sans maître» ou un «patrimoine
universel» par les pays membres de la CBLT (riverains ou non),
l’Institut Schiller, la Fondation LaRouche et certains pays
occidentaux. Le silence de l’ONU face à ce détournement (au propre
comme au figuré) de l’or bleu congolais qui pointe à l’horizon
trahirait-il un complot au niveau international pour le pillage des
ressources naturelles de la R.D. Congo ? Les Congolais considèrent
l’absence de leurs autorités actuelles aux différentes rencontres sur
cette question comme une haute trahison. Nous pouvons juste affirmer
sans crainte d’être contredit que si aujourd’hui on n’invite pas ce
pays aux différentes discussions sur ces projets, il est évident que
dans le futur, il ne sera pas associé à la gestion du canal, il n’aura
aucun contrôle ni sur la quantité d’eau prélevée ni sur les usages ni
encore moins sur les destinataires de première, deuxième ou troisième
niveau. Que cache cette mise à l’écart de la R.D. Congo ?

– L’analyse des deux commandes d’études de faisabilité soulève une
grande inquiétude et confirme nos craintes exprimées dans nos
précédentes analyses. Le Projet Oubangui et le Projet Transaqua,
quoique différents, ont les mêmes lobbyistes (la richissime Helga
Zepp-LaRouche[20], Jacques Cheminade[21], les pays agresseurs du
Congo[22] et leurs soutiens anglo-saxons, les pays africains
non-riverains du Lac Tchad mais ayant statut de membres de la CBLT,
les mêmes complices au Congo (Vital Kamhere[23], Prof. Kashemukunda
Kasongo Numbi[24], Prof. Lebela Kitoko[25], certains cadres de la
CICOS[26]), ils poursuivent le même objectif : «piller l’eau du bassin
du Fleuve Congo pour renflouer le Lac Tchad».

– En plus, ce pillage va se faire en deux endroits différents : la
zone de capture du barrage de Palambo en RCA dans le Nord-Ouest de la
R.D.C. et dans la région Est-Nord-Est de la R.D.C. (Cfr Fig. 1 et 2).
Cela veut dire qu’à la quantité d’eau prélevée par le Projet
Transaqua, il faudra ajouter celle pompée de l’affluent Oubangui via
le barrage de Palambo. En termes de géostratégie, cela veut dire que
la navigation sur une grande partie du fleuve Congo et son affluent
l’Oubangui ne se fera plus, le projet de mise en valeur du «Trigone de
la Puissance énergétique du Congo» c-à-d. le site d’Inga devra être
abandonné et, enfin, la R.D. Congo ne sera jamais cette puissance
énergétique grâce au Barrage Grand Inga ni la locomotive pour le
développement économique de l’Afrique !

Évolution favorable de la situation du Lac Tchad
Selon plusieurs témoignages, y compris celui des membres de la CBLT,
la situation des pluies s’est beaucoup améliorée dans la région du Lac
Tchad[28],[29]. Donc, le transfert d’eau du bassin du Congo vers le
Lac Tchad n’est plus justifié. En outre, si les Occidentaux tiennent
absolument à renflouer le Lac Tchad, d’autres solutions ont été
proposées par les experts africains[30]. Pourquoi n’en parlent-ils
jamais ? Pourquoi les promoteurs et les lobbyistes de ces deux projets
ne peuvent-ils pas envisager plutôt le dessalement des eaux de l’Océan
Atlantique au large de Douala ou le prélèvement d’une partie des eaux
des fleuves des pays riverains du Lac Tchad pour renflouer ce dernier
et régler ce problème (si problème persiste encore)

Conséquences environnementales de ces projets
Nous avons déjà dénoncé le silence sur ces deux projets néfastes pour
l’environnement de tous les organismes (à l’exception du WWF) et les
institutions scientifiques occidentaux qui avancent des arguments de
nature environnementale, principalement non fondés ou non justifiés,
voire carrément faux, pour s’opposer au financement du Projet de
Barrage Grand Inga[31]. Nous pouvons simplement relever que, d’un
côté, ces organismes et institutions scientifiques regardent l’impact
environnemental du Projet de Barrage Grand Inga avec des loupes
grossissantes, floues, et d’un autre côté, ils développent une cécité
volontaire devant deux autres projets aux conséquences
environnementales et humaines désastreuses !
Voici en résumé les conséquences environnementales prévisibles de ces
deux projets dont l’objectif principal n’est plus de renflouer en eau
le Lac Tchad mais d’accéder, sans contrepartie, à l’eau douce du Congo
et de priver de notre pays de ce qui fait de lui une puissance
écologique à l’instar du Brésil en Amazonie.
L’Afrique est subdivisée en onze provinces (régions)
ichtyogéographiques. Le Lac Tchad appartient à la province
ichtyogéographique nilo-soudanaise alors que les zones de capture des
eaux destinées à le renflouer appartiennent à la province
ichtyogéographique du Congo (Fig. 6). Tous les scientifiques
s’accordent pour dire que ces deux provinces sont très distinctes
l’une de l’autre en fonction de leur géologie, leurs conditions
climatiques, leur relief, leurs sols, leur biogéographie, leur
végétation, leur faune terrestre et aquatique, leurs facteurs
anthropogènes, etc. Nous même, nous l’avons vérifié en étudiant les
espèces du genre Labeo (Teleostei, Cyprinidae).
Procéder à la connexion de ces deux provinces en rompant la barrière
géographique naturelle est une grave atteinte à la biodiversité et à
l’environnement dont les conséquences seront incalculables. Nous en
résumons ci-dessous quelques-unes afin que chaque Congolais puisse
mesurer la gravité de ces deux projets du point de vue scientifique :
01- ruptures de continuité dans les différents biotopes traversés par
chaque canal ;
02- déplacement des populations et ruptures des zones actuellement habitées ;
03- asséchement des habitats et perte de la biodiversité dans les
zones en aval des cours d’eau interceptés par chaque canal ;
04- atteinte aux aires protégées (à statut de Patrimoine Mondial pour
la Biodiversité) dans les zones de capture des eaux aussi bien dans le
bassin du Congo que dans le bassin du Lac Tchad[32],[33],[34],[35].

05- atteinte aux parcs nationaux qui seront traversés par le canal en
R.D. Congo et en R.C.A., tous classés Patrimoine Mondial de l’Humanité
(Parc des Virunga, Parc de Kahuzi-Biega, Parc de la Garamba, Parc de
la Maïko en R.D.C. ; Mare de Gata (mare à hippopotames) et Parc
National Manovo-Gounda-St-Floris en R.C.A.), etc. ;
06- atteinte à la stabilité légendaire du débit du fleuve Congo suite
au détournement de près de 3 200 m3/sec. (soit l’équivalent du double
du débit du fleuve Nil au Sud du barrage d’Assouan en Égypte !),
volume à multiplier par deux à cause de la prise d’eau en deux
endroits du bassin du Fleuve Congo ;
07- diminution du débit du fleuve Congo suite au transfert d’une très
grande quantité d’eau, ajoutée à la diminution parfois drastique des
précipitations observées dans l’ensemble du bassin, va provoquer
l’ensablement du lit du fleuve Congo et endommager le fonctionnement
de certains barrages hydroélectriques (ex. Mobayi, Inga, etc.). Et
plus grave, avec une telle diminution de débit, le Projet de Barrage
Grand Inga sera à jamais compromis ;
08- perturbations des écosystèmes aquatiques de deux provinces
ichtyogéographiques très différentes (Lévêque, 1997) :
1.      a) hybridation des espèces animales aquatiques ;
2.      b) compétition entre espèces avec toutes ses conséquences ;
3.      c) disparition de certains maillons des chaînes alimentaires non
adaptés aux nouvelles conditions de vie créées par la connexion des
eaux des deux provinces ;
4.      d) perte de nombreux habitats ;
5.      e) apparition, de part et d’autre de nouvelles pathologies jadis
limitées à l’une ou l’autre province ;
6.      f) importation, via le canal, des espèces envahissantes jadis
limitées à l’une ou l’autre province, etc. ;
7.      g) ouverture d’un accès aux nombreux pays africains, européens et
du Moyen-Orient, sans aucune compensation, aux ressources en eaux
douces du bassin du Fleuve Congo (or bleu de ce siècle), en violation
flagrante des conventions internationales en la matière, etc.
A ce désastre environnemental, il faut ajouter les coûts exorbitants
pour creuser les deux canaux auxquels il faut associer les coûts des
infrastructures connexes (agriculture par irrigation, nouvelles cités,
barrages hydroélectriques, navigation, ports, etc.). Ici,
malheureusement, aucune ONG (y compris les activistes-opposants au
Projet de Barrage Grand Inga) ne se pose la question de savoir à quel
peuple (africain ou européen initiateur du projet) sera refilé la
dette de ces infrastructures sans intérêt pour l’Afrique ? Cependant,
si les Africains sont encore distraits, ils seront «obligés»
d’endosser cette nouvelle dette inique.

Peut-on exporter l’eau du bassin du Congo ?
Les experts congolais ont déjà étudié cette question et proposé une
solution de loin meilleure que les canaux. En outre, la mise en valeur
de tout le site d’Inga permettrait de résoudre avec moins d’impact
environnemental et à moindres coûts tous les prétendus avantages des
deux projets de détournement des eaux du Congo par deux canaux,
systèmes archaïques dignes des siècles passés. Oui, la R.D. Congo peut
exporter l’eau du bassin du Congo en concertation avec la Rép. du
Congo et la Rép. Centrafricaine, et ce, à leurs conditions :
– après que ces pays (particulièrement la R.D.C.) aient satisfait à
leurs propres besoins en eaux douces ;
– l’exportation de cette eau devra se faire par pipeline avec un
système de pompage installé dans la région de Boma, peu avant que les
eaux douces ne se mélangent aux eaux salées de l’Océan Atlantique ; ce
système permettant d’évaluer le volume d’eau réellement soustrait à
notre bassin[37].

Conclusion
Compte tenu de tout ce qui précède et des conséquences prévisibles,
une seule conclusion patriotique s’impose pour la R.D. Congo et toute
l’Afrique : «Ensemble, faisons barrage au Projet Transaqua et au
Projet Oubangui !» Nous ne sommes plus à l’époque de l’Afrique des
«projets clé-sur-porte» des années 65 à 90 ou encore moins à l’époque
où les Européens, tels des vautours, avaient dépecé l’Afrique à la
Conférence de Berlin en 1885 et s’étaient partagé les morceaux du
continent noir au mépris et à l’insu des Africains[38].
Sinaseli TSHIBWABWA
Biodiversité des Poissons d’Eaux douces d’Afrique & Écologie des Eaux
Continentales.
sinaseli@hotmail.com

2 COMMENTS

  1. C triste pour le Congo car nous avons de dirigeants qui ont une conscience désactivée et qui privilégie leurs intérêt égoïste. Ce projet causera beaucoup des impacts néfastes sur plan socio économiques et culturelles en Rdcongo.

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