Mémorandum des cadres du LAC à la ministre du Portefeuille A Son Excellence Madame la Ministre du Portefeuille à KINSHASA/GOMBE.-

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Excellence Madame la Ministre,
 
Concerne : Retrait de mandat de l’Administrateur Directeur Général et des Administrateurs Directeurs de LAC.
 
 Par votre lettre n° 0179/MINPF/LMM/2012.du 25 mai 2012, vous avez pris la décision de retirer le mandat de l’Administrateur Directeur Général et des Administrateurs Directeurs de Lignes Aériennes Congolaises, LAC
 
Cette décision aux graves conséquences pour nous Cadres et Agents de Lignes Aériennes Congolaises, a soulevé notre profonde indignation et appelle de notre part, des observations.
 
Nous, Cadres de Direction de LAC, défendons les institutions et non pas leurs animateurs. C’est ainsi que notre préoccupation majeure consiste en la défense de nos intérêts sociaux et professionnels et, partant, de la survie de notre Entreprise dans l’environnement actuel.
 
Madame la Ministre,
 
Il ne serait pas superfétatoire de vous rappeler que la société  Lignes Aériennes Congolaises, LAC est en quasi-arrêt d’activités depuis plus de deux décennies. Cette situation résulte d’un certain nombre de paramètres dont la responsabilité incombe principalement au comportement de l’Etat congolais en tant que propriétaire et unique actionnaire, client privilégié et pouvoir organisateur :
 
–     manque de vision pour l’Entreprise ;
–     manque de plan de développement pour l’Entreprise ;
– spoliation du patrimoine de LAC ;
– nominations intempestives des Mandataires ;
–  manque d’évaluation et de sanction conséquente des Mandataires ;
–  propension au soutien des initiatives des compagnies privées ;
–  non paiement des prestations de LAC…
   
Cette paralysie a conduit au désinvestissement, au manque de performances financières, économiques et sociales responsable de l’endettement de LAC et de son absence de rentabilité avec comme conséquences :
 
– la dislocation des foyers ; 
– l’augmentation du taux de déperdition scolaire ;
– des cas de décès en cascade des Agents et Cadres ainsi que leurs ayants-droit, faute de soins médicaux appropriés et d’une alimentation saine et adéquate ;
– l’accroissement du phénomène de parasite économique pour assurer la survie de la famille ;
– la pendaison sur le lieu de travail d’un Agent en désespoir de cause etc. 
 
Madame la Ministre,
 
Depuis 2008, plusieurs initiatives visant la relance des activités de LAC ont été proposées au Gouvernement, notamment :
 
– le partenariat RAKYA AIRWAYS-LAC initié dans le cadre de l’Avis à manifestation d’intérêts du COPIREP ;
– le partenariat SALENA-LAC avec un financement de plus de 200.000.000 $US couvrant la prise en charge du passif de LAC et l’acquisition de 14 aéronefs de nouvelle génération ;
– le dossier AVIC INTERNATIONAL-LAC pour l’acquisition de 8 aéronefs de fabrication chinoise, la modernisation du centre de maintenance et des ateliers techniques, la construction d’un centre de formation de référence (formation ab initio des pilotes, du personnel technique au sol, des contrôleurs de vol, des dispatchers aériens…) et le tout, pour un financement de 157.000.000 $US ;
le dossier de leasing des avions initié par le Ministre des Finances en 2011, etc.
 
Aucun de ces projets n’a reçu l’appui institutionnel du Gouvernement en dépit du soutien du Président de la République.
En plus, depuis plus de dix ans, aucun crédit, bien que prévu, n’a été décaissé en faveur de LAC dans le cadre de l’exécution du Budget des dépenses en capital de l’Etat congolais.
 
Il convient de relever également que la compagnie aérienne nationale Lignes Aériennes Congolaises, LAC détient une créance certifiée sur l’Etat congolais de l’ordre de 22.000.000 $US et d’autres créances additionnelles de plus de 3.000.000 $US.
 
Madame la Ministre,
 
La négligence de la compagnie aérienne nationale LAC par le Gouvernement a conduit inéluctablement à la mort de l’aviation civile en RD Congo. Depuis que les avions de LAC ont cessé d’exploiter les lignes interafricaines et internationales, la RD Congo a été précipitée dans le cercle des pays réputés les plus dangereux en matière d’aviation civile sur le plan mondial.
 
Ce n’est pas un honneur de voir la RD Congo être régulièrement citée sur la liste noire de l’Union Européenne. Tant que LAC évoluait dans de grands pools techniques de notoriété mondiale (KSSU avec KLM, SWISSAIR, SAS…et ATLAS avec AIR FRANCE, ALITALIA, SABENA TECHNICS…), elle a largement contribué pendant des décennies à fiabiliser l’exploitation aérienne en RD Congo, car respectueuse des normes établies en la matière.
 
La propulsion de certaines compagnies aériennes privées au détriment de la compagnie aérienne nationale dans un secteur où l’aventure, la légèreté et l’affairisme ne sont nullement indiqués, est à la base des accidents en cascade enregistrés dans l’espace aérien congolais avec des pertes énormes en vies humaines et autres dégâts matériels incommensurables. 
 
Force est de constater que pendant des décennies, l’Etat congolais s’est largement servi de LAC sans contrepartie. En sa qualité de propriétaire et unique actionnaire, l’Etat n’a pas protégé les intérêts de LAC régulièrement bradés au profit des transporteurs privés. Comme client privilégié, l’Etat n’a jamais honoré ses dettes vis-à-vis de LAC. Comme pouvoir organisateur, son laxisme a largement contribué à l’affaiblissement de sa compagnie nationale et à l’afflux d’opérateurs aériens véreux. 
 
Madame la Ministre,
 
Au vu de ce tableau sombre, soucieuse de rendre l’Entreprise attrayante et lui permettre de faire face aux exigences de la transformation, la Direction a engagé des négociations sociales avec les 8 Syndicats représentés au sein de LAC. Ces négociations dont l’objectif était l’assainissement de la dette sociale, ont abouti à la signature d’un Protocole d’accord le 03 août 2011 axé autour des points ci-après:
 
– l’effacement de la dette sociale par l’application d’une décote de 85 % qui représente 113.000.000 $US sur les 132.000.000 $US, soit 15 % à payer aux Agents et Cadres dont 10 % à décaisser immédiatement et 5 % affectés à la construction des logements sociaux ;
– la mise à la retraite légale digne de plus de 75 % du personnel (1.222 Agents et Cadres) ;
– les mesures d’accompagnement de l’effacement de la dette, notamment l’acquisition des terrains pour la construction des logements sociaux au bénéfice de l’ensemble du personnel.
 
La mise à la retraite des effectifs du personnel a un impact très positif car elle permet à la Compagnie de réduire ses charges sociales,  de procéder à la création de nouveaux emplois pour la jeunesse et de créer les conditions favorables susceptibles d’attirer les investisseurs désireux de coopérer à la relance et au développement de Lignes Aériennes Congolaises.
 
Deux sources ont été ciblées pour le financement et la réalisation de ce processus. Primo, la créance de LAC sur l’Etat congolais. Secundo, l’aliénation partielle du patrimoine immobilier de LAC non lié à l’exploitation.
 
Pour l’exécution de ce programme, le Gouvernement a privilégié la seconde hypothèse en accordant à LAC toutes les autorisations requises. Ce qui a permis à la Direction de procéder à cette aliénation par voie d’adjudication et d’en affecter le fruit conformément aux directives du Gouvernement quant à ce.
 
Pour ne prendre que l’aspect assainissement de la dette sociale, les dépenses engagées à ce jour en terme de paiement de la décote négociée et de toutes les mesures d’accompagnement s’élèvent autour de 4.100.000 $US. 
Ces montants représentent l’acompte payé à 955 Agents et Cadres à Kinshasa, les cadeaux accordés à 1.266 Agents et Cadres admis à la retraite à Kinshasa et les frais d’acquisition des lotissements pour la construction des logements sociaux dans la capitale au profit de tout le personnel de LAC.
 
Il sied de réaffirmer ici le caractère irréversible de ce processus et qu’il reste encore 461 Agents et Cadres à payer à Kinshasa, 270 Agents et Cadres dans les Bases et Escales à l’intérieur de la RDC et 20 Agents et Cadres dans les représentations extérieures de LAC.
 
Madame la Ministre,
 
C’est sur ces entrefaites qu’intervient votre lettre ci-référencée de retrait de mandat de l’Administrateur Directeur Général et des Administrateurs  Directeurs de LAC. Mais, nous Cadres de Direction, nous nous interrogeons sur notre avenir et celui de l’Entreprise étant donné que:
 
– le cadre managérial a été planté ;
– le dialogue social et la paix sociale ont été restaurés ;
– l’acquisition de l’outil de production (un premier B.737-200 9Q-CLG) sur effort personnel des Agents et Cadres de LAC est effective ;
– l’avenir social des Agents et Cadres de LAC est garanti par l’exécution du Protocole d’accord du 03 août 2011 ;
– le plan de relance a été tracé (reprise des vols commerciaux…) et le monopole de l’assistance au sol repris par LAC ;
– l’Entreprise est redevenue attrayante suite au délestage du poids social et de la pléthore des effectifs du personnel, etc.
 
Quel est le sort de tous ces acquis ?  Le revirement du Gouvernement en matière d’aliénation de la parcelle 1523, Boulevard du 30 Juin d’Air Terminus (totalement distincte de la parcelle 1522 habitant le siège de la compagnie aérienne nationale)  pour laquelle il avait accordé toutes les autorisations requises à LAC, pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Il sied d’épingler notamment :
 
– le risque d’assister impuissant à l’arrêt de l’exécution du Protocole d’accord laborieusement négocié par l’Employeur et les Syndicats, pénalisant ainsi les créanciers privilégiés que sont les Agents et Cadres de LAC pendant le quinquennat du social du Chef de l’Etat ;
 
– les troubles sociaux de forte amplitude découlant de l’arrêt de l’exécution du Protocole d’accord au regard de la ferme détermination des Agents et Cadres de LAC de défendre leurs intérêts sociaux et professionnels et de recouvrer leurs droits par toutes les voies légales ;
 
– le coût financier de l’annulation du contrat de vente de la parcelle susvisée suivi des actions judiciaires y relatives ;
– la levée des boucliers des créanciers de LAC se trouvant désormais en insécurité juridique après avoir négocié des échéanciers de règlement  sur instructions précises du Ministre de la Justice et des Droits Humains ;
– le risque de spoliation du patrimoine immobilier de LAC, objet permanent de beaucoup de convoitises, etc.
 
Madame la Ministre,
 
Il est temps, grand temps, comme cela l’a été en 1996 pour AIR ZAIRE où l’Etat, les Syndicats, l’Université de Kinshasa, le Conseil Permanent de la Comptabilité au ZAIRE et les Cadres de l’Entreprise s’étaient réunis pour lever les grandes options sur l’avenir d’AIR ZAIRE. Il est grand temps, disions-nous, que l’Etat propriétaire et actionnaire unique prenne ses responsabilités en associant les Cadres de LAC dans la recherche d’une solution durable et viable pour la Compagnie aérienne nationale.
 
Autant, nous Cadres de Direction, nous nous sommes investis corps et âmes pour la survie de Lignes Aériennes Congolaises, LAC au point de renoncer à 85 % de la dette sociale (ce qui constitue un geste patriotique de très haute portée et à nul autre pareil !), autant nous n’accepterons nullement l’hypothèque de ces acquis et le bradage du patrimoine de LAC.
 
Nous refusons de revivre les douloureuses épreuves des personnes chosifiées, des ménages disloqués, des enfants déscolarisés et jetés dans la rue, des morts par inanition, des pendaisons des Agents dans les bureaux, des salaires impayés de plus de 260 mois … sous l’œil indifférent de l’Etat propriétaire. 
 
A toutes fins utiles, nous tenons à attirer l’attention particulière de votre Excellence sur le fait que la dissolution de Lignes Aériennes Congolaises, LAC a un coût social, économique, financier et judiciaire de loin plus important pour l’Etat congolais que sa relance.
 
Veuillez agréer, Excellence Madame la Ministre, l’expression de nos sentiments patriotiques.
 

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