Des médiocres à l’EPSP, à l’ESU et au 3me Cycle !

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Des millions de Congolaises et de Congolais étaient fort surpris
d’entendre, sur la radio Top Congo, le ministre Steve Mbikayi
critiquer sévèrement le secteur de l’éducation, comme si
l’Enseignement Supérieur et Universitaire appartenait à une autre
filière. En réalité, il n’avait pas totalement tort de décrier la
dévaluation du diplôme d’Etat, qu’il a estimé être décerné à  au moins
80 % de médiocres.
Mais là où l’opinion nationale n’est pas d’accord avec lui, c’est
quand il propose, comme palliatif, la suppression de l’examen d’Etat
et du diplôme d’Etat sanctionnant la fin du cycle secondaire et son
remplacement par le diplôme à délivrer par chaque école. Qu’il nous
plaise de rappeler à ce membre du gouvernement que l’Examen d’Etat fut
justement instauré en 1967 pour combattre l’inflation des titres
scolaires qui étaient délivrés dans l’anarchie totale, ce qui plaçait
leurs détenteurs dans des situations embarrassantes au moment de leur
entrée dans les universités et instituts supérieurs, au pays comme à
l’étranger.

En effet, de nombreux établissements supérieurs et universitaires
étrangers commençaient à rejeter purement et simplement les diplômes
de fin d’études primaires délivrés par des écoles sans références
solides. D’où, pour être admis dans de grandes écoles à l’extérieur du
pays, de nombreux diplômés congolais du secondaire étaient contraints
soit de reprendre l’année terminale du secondaire dans leur pays
d’accueil, soit de s’inscrire en préparatoire, même dans des
disciplines n’organisant par une telle filière.
Supprimer l’examen d’Etat et laisser à chaque école congolaise le
soin d’évaluer elle-même ses finalistes en vue de leur octroyer le
diplôme d’études secondaires, c’est replonger  l’enseignement primaire
et secondaire de la RDCongo dans la mare de la médiocrité.

Le règne des médiocres
à l’ESU

Le ministre Mbikayi pense pouvoir soigner la gangrène qui est en
train de tuer les cycles primaire et secondaire à petit feu par la
généralisation des tests d’entrée au niveau des instituts supérieurs
et universitaires, afin de barrer la route aux 80% des médiocres en
provenance de l’enseignement primaire et secondaire. Ce membre du
gouvernement ne sait-il pas que l’ESU est, devenu, depuis plusieurs
années, un « réservoir » des médiocres qui y entrent avec des diplômes
d’Etat obtenus de la manière qu’il dénonce mais qui y passent de
promotion par la corruption, le tribalisme, le régionalisme,
l’éthnicisme, le clientélisme politique, et, qu’il nous excuser le
terme « les cotes sexuellement transmissibles »?
L’autre mal qui empêche l’éclosion de l’excellence à l’Enseignement
Supérieur et Universitaire est à chercher dans l’absence des subsides
de l’Etat aux établissements de ce secteur de la formation. Sans frais
de fonctionnement, les responsables des instituts supérieurs et
universitaires n’ont d’autre alternative que de pratiquer la politique
du nombre pour leur autofinancement. D’où des promotions qui varient
de 300 à 800 étudiants en premier graduat, des tests de complaisance
pour les candidats aux études supérieures et universitaires ainsi que
des contrôles des connaissances qui ne se traduisent pas par
l’élimination de ceux qui font vivre les universités et instituts
supérieurs. Quelquefois, des instructions strictes sont données aux
présidents et membres des jurys pour ne pas recaler les médiocres en
ordre avec les frais académiques et autres.
Généralement, au niveau de l’ESU, c’est la gué-guerre entre «
parrains » d’étudiantes et d’étudiants dès que s’annonce la
délibération pour la première ou la deuxième session ou la défense
d’un travail de fin de cycle au niveau du 3me graduat, de la 2me
licence ou du troisième cycle. Des camps antagonistes s’affrontent, au
vu et su des communautés estudiantines, pour la réussite des protégés
des uns et des autres.
A l’Enseignement Supérieur et Universitaire – et le ministre Mbikay
devrait le savoir – existent des réseaux des « négriers » chargés de
rédiger des travaux pratiques et des travaux de fin de premier cycle
(graduat), de deuxième cycle (licence) et de troisième cycle
(doctorat) moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.
Bref, toutes les antivaleurs qui tirent l’enseignement de base par le
bas sont plus que présentes au niveau supérieur et universitaire.
D’où, le certificat de fin d’études primaires, le diplôme d’Etat, le
diplôme de graduat, le diplôme de licence, le titre de doctorat sont à
verser dans le même panier à crabes.

Les derniers scandales
du 3me cycle

Le ministre Steve Mbikayi a sans doute suivi, comme tout le monde, le
feuilleton des scandales qui ont secoué, en 2017 et 2018, plusieurs
universités congolaises, au niveau de la délivrance des titres de
troisième cycle. Les cas les plus connus, puisqu’étalés sur la place
publique, étaient ceux de l’ancien Premier ministre, Augustin Matata
Ponyo, au niveau de la Faculté de l’Economie de l’Université de
Kinshasa d’abord et de l’Université Protestante au Congo ensuite, du
président de l’Assemblée Nationale, Aubin Minaku ensuite, au niveau de
la faculté de Droit de l’Université de Kinshasa.
Sans entrer dans le fond des contestations enregistrées à l’occasion
de la défense de leur thèse par l’un et l’autre, la leçon à tirer des
guerres de clans entre pro et anti Matata ainsi qu’entre pro et anti
Minaku est que la procédure ayant abouti à la soutenance de leurs
thèses n’était pas exempte de reproche.
Il se encontre aussi, malheureusement dans le secteur de
l’enseignement supérieur et universitaire, de nombreux cas de thèses «
prêtes à porter » rédigées par de petits nègres recrutés par les
récipiendaires. On compte aussi de nombreux cas de jurys « achetés »
pour le besoin de la cause.

Pour la réhabilitation
du système éducatif congolais

Avant de s’attaquer à l’examen d’Etat, le ministre Steve Mbikayi
aurait dû commencer par balayer dans la parcelle de l’ESU, où la
médiocrité a élu domicile depuis belle lurette. Il faut, aujourd’hui,
beaucoup de préalables pour réhabiliter le système éducatif congolais.
Cela exige d’abord la formation des enseignants du primaire, du
secondaire et du supérieur dans de grandes écoles pédagogiques, comme
au bon vieux de la colonisation belge et des premières années de
l’indépendance.
Il n’est pas normal que le secteur de l’enseignement serve
aujourd’hui de « dépotoir » aux chômeurs en transit vers des emplois
plus rémunérateurs ou des professeurs cumulards. Il faut la
modernisation des infrastructures scolaires et universitaires et
l’amélioration des conditions sociales du maître et de la maîtresse de
la maternelle et du primaire, de l’enseignant du secondaire et du
professeur d’université ; la mise à disposition des formateurs des
manuels et matériels didactiques ; la subvention correcte, par l’Etat,
des établissements d’enseignement primaire, secondaire, supérieur et
universitaire ; l’amélioration du pouvoir d’achat des parents d’élèves
et d’étudiants ; etc. Le mal est tellement profond que Steve Mbikayi
serait bien inspiré s’il proposait au gouvernement d’établir un
diagnostic neutre de la situation et de réfléchir à une thérapie de
choc.
Kimp