Me Lumeya : «Le Camp Tshatshi a enterré la Constitution»

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R56A0795On ne décolère pas dans le camp du Rassemblement de l’Opposition politique congolaise. L’accord signé le mardi 18 octobre 2016  au camp Tshatshi entre la Majorité au pouvoir et une frange minoritaire de l’opposition sous la médiation du Togolais Edem Kodjo, est une remise en question scandaleuse de la loi fondamentale qui régit le pays. 
Pour Maître Lumeya Dhu Maleghi, trois cents personnes réunies à la Cité de l’Union Africaine se sont octroyées le droit de signer le certificat de décès de la Constitution du 18 février 2006, pourtant adoptée par la Majorité des Congolais et promulguée par le chef de l’Etat.
En sa qualité de juriste, l’élu de Kikwit fait plusieurs constats :
1°) L’accord de Kodjo et Consorts viole l’esprit et la lettre de la Constitution en accordant la Primature à l’opposition.
Se référant à l’article 78 de la Constitution qui oblige le président de la République à confier la mission d’information à une personnalité en vue d’identifier une coalition au cas où la Majorité parlementaire n’existerait pas, Maître Lumeya fait remarquer que la nomination directe d’un Premier ministre issu de l’Opposition implique automatiquement la révision de la Constitution.
2°) A la faveur de cette révision inévitable, le président Kabila sera en droit, grâce à la frange minoritaire de l’Opposition ayant pris part au dialogue,  de postuler pour un troisième mandat.
3°) L’absence de tout engagement du Président actuel sur son sort à l’issue de son deuxième et dernier mandat ouvre la voie à toutes les hypothèses.
4°) L’accord politique du Camp Tshatshi met en place une période intérimaire extraconstitutionnelle qui donne le quitus à la majorité au pouvoir d’organiser, aussitôt qu’elle aura en mains le fichier électoral actualisé, le référendum pour modifier ou rendre caduque  l’actuelle Constitution.
Lumeya rappelle à ses pairs de l’opposition présents au dialogue Vital Kamerhe, Samy Badibanga, Jean Lucien Bussa… que la principale bataille au niveau de la plateforme «Dynamique de l’Opposition» était d’obtenir l’engagement de Joseph Kabila de respecter la disposition de la constitution qui lui interdit de postuler pour un troisième mandat.
5°) S’agissant du calendrier électoral sorti de l’accord, Me Lumeya souligne que la Commission Electorale  Nationale Indépendante n’y est pas liée. Pour mieux asseoir son affirmation, il rappelle que la centrale électorale a reçu l’autorisation de la Cour Constitutionnelle de reporter les élections et de publier le calendrier selon son appréciation.
L’Arrêt de la Cour Constitutionnelle, dès lors qu’il sera pris en compte en dépit des irrégularités flagrantes qui ont entouré son élaboration et son adoption,  prime sur l’accord politique qui n’a ni base juridique, ni base populaire. L’absence de cette dernière base a été mise en lumière le mercredi 19 octobre 2016 à la faveur de la journée ville morte décrétée par le Rassemblement de l’Opposition et qui a été massivement suivie sur l’ensemble du territoire national.  Il s’agit là d’une indication politique majeure : le cœur du peuple congolais bat à Limete sur la rue Pétunias et non à la Cité de l’Union Africaine où s’est tenu le dialogue sous la facilitation de l’ancien premier ministre togolais.
            Pour éviter que le navire Congo ne chavire, Maître Lumeya plaide pour un vrai dialogue entre le Rassemblement et la Majorité élargie du Camp Tshatshi sous la modération de l’Eglise Catholique Romaine,  restée jusque-là  impartiale.
 
ERIC WEMBA