«Mbata ya bakolo» : la gifle du réveil pour Kinshasa

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refoulerAprès lecture du rapport de la mission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur la chasse aux ressortissants de la République Démocratique du Congo au Congo/Brazzaville, aucun doute n’est plus permis quant à la détermination des autorités de ce dernier pays de ne pas écouter leurs homologues de Kinshasa. Le refus de Brazzaville de voir un Etat tiers, même voisin, s’ingérer de ses questions internes est sans équivoque. Le principe de la souveraineté du voisin du grand Congo est clairement et fermement réaffirmé.

            Au vu du langage des sourds qui s’est installé entre les deux capitales les plus rapprochées du monde, avec des promesses sans lendemain de cessation des expulsions massives des RDCongolais et des traitements inhumains et dégradants leurs infligés, il ne reste plus à Kinshasa qu’à tirer les leçons de l’opération « Mbata ya bakolo ».

            Nombre d’observateurs pensent que c’est le moment ou jamais, pour les gouvernants et les populations de la RDC, de se réveiller et de se mobiliser pour bâtir réellement un pays plus beau qu’avant, comme clamé depuis bientôt 54 ans dans l’hymne « sacré » de l’indépendance.

Comme dit dans nos livraisons précédentes, le Congo/Brazzaville vient de rappeler au Congo/Kinshasa qu’il doit redevenir un « pays normal », capable d’offrir à ses concitoyens des conditions de vie de nature à les empêcher d’aller mendier le pain des voisins.

 

Chasser la pauvreté d’abord !

            Le pari à gagner en urgence par les gestionnaires de la RDCongo, c’est celui de la chasse en urgence contre la pauvreté. Celle-ci devrait passer par la maximisation des recettes publiques et leur utilisation rationnelle. Scandale géologique, agricole, environnemental, énergétique et culturel, notre pays n’a aucune raison de figurer au rang des Etats les plus démunis de la planète. Il est assez paradoxal de noter qu’un pays qui regorge du pétrole, du diamant, de l’or, du cuivre, du cobalt, du coltan, de la cassitérite, de l’uranium…affiche un budget de misère plafonné autour de 8 milliards de dollars, alors que son voisin angolais dépasse les 60 milliards.

            L’atelier organisé l’année dernière par le ministère du Budget au sujet du « coulage » des recettes publiques a démontré que si toutes les recettes publiques étaient canalisées vers les caisses de l’Etat, la RDC accéderait au boom économique dans un bref délai. Hélas, ce n’est pas encore le cas. Des personnes physiques et morales continuent de s’enrichir au détriment du Trésor public et du contribuable congolais. Il est impensable que des citoyens d’un pays qui héberge les trois quarts des forêts africaines, des quantités inestimables d’eau douce, un potentiel énergique estimé à plus de 100.000 mégawatts puissent mourir de faim et de soif, considèrent l’électricité comme un produit de luxe, et vivent de l’importation des produits alimentaires venant d’ailleurs.

            Si elles étaient exploitées de manière planifiée, et leurs revenus canalisés vers des plans cohérents de développement, les ressources naturelles disponibles auraient dû, depuis le départ du colonisateur belge en 1960, replacer la RDC sur l’orbite des pays émergents. L’on croit rêver, lorsque l’on observe l’indice de développement humain d’aujourd’hui entre Congolais et Canadiens, Sud-Coréens, Sud-Africains, Marocains, Egyptiens… alors qu’il y a un demi-siècle, ils partageaient le même fauteuil au plan du Produit intérieur brut.

            La chute libre du Congo/Kinshasa au plan économique, industriel et social peut-être assimilé à un « crime contre l’humanité » à charge de ses gouvernants.

            La chasse contre la pauvreté devrait passer par le retour à la bonne gouvernance, à la justice distributive, à l’accroissement du revenu national au prorata du potentiel minier, agricole, forestier, énergétique, environnemental et humain du pays et à son utilisation à des fins nobles d’amélioration du bien-être du grand nombre. Il est possible de maintenir le Congolais à Rutshuru, Ubundu, Malemba Nkulu, Pweto, Walikale, Watsa, Budjala, Basankusu, Dekese, Katako-Kombe, Tshimbulu, Ngandajika, Bulungu, Popokabaka, Kimvula, Lukula… s’il peut trouver un emploi dans sa ville natale ou son village, y bénéficier de l’eau potable et de l’électricité, y recevoir des soins de qualité dans un hôpital de référence, étudier dans des conditions décentes, bref, vivre comme à Kinshasa ou Lubumbashi.

Le temps de la jouissance et du gaspillage

            Pendant que nos compatriotes sont déclarés indésirables au Congo/Brazzaville, en Angola, République Centrafricaine, en Zambie, en Tanzanie, en Ouganda, au Burundi, au Rwanda…la classe politique brille par la jouissance et le gaspillage des ressources. Les dépenses de souveraineté, notamment les fameux émoluments et salaires des animateurs des institutions et des cabinets politiques, aspirent l’essentiel des ressources nationales. Alors que les provinces de la République souffrent encore d’un enclavement total par manque de routes, chemins de fer, ports et aéroports modernes… que les entreprises privées et publiques ainsi que les petites et moyennes entreprises ferment en chaîne…que les fonctionnaires connaissent des fins de mois difficiles…que le Congolais moyen vit avec moins d’un dollar par jour, l’on assiste au défilé quotidien à Kinshasa et dans les principales villes du pays de grosses cylindrées achetées aux frais du contribuable congolais.

            N’est-il pas possible de sacrifier les véhicules de luxe et les émoluments plantureux des « VIP » au profit des équipements et intrants de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage ? Les fonds engloutis dans la construction des autoroutes à Kinshasa ne pouvaient-ils pas être affectés à la construction des routes bitumées devant relier Kinshasa aux provinces du Bandundu, de l’Equateur, des deux Kasaï, du Katanga, du Maniema, du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, de la Province Orientale ?

            La culture de la jouissance et du gaspillage en faveur du petit nombre, au détriment de la multitude, ne serait pas la meilleure stratégie de lutte contre la fuite des Congolais vers l’étranger. Au contraire ! A partir des événements de Brazzaville aujourd’hui et de Luanda hier, il est temps que les Congolais apprennent à se prendre en charge. Il est temps que ceux qui gouvernent le grand Congo cherchent à savoir combien d’entre nous ont accès à l’emploi, à un salaire minimum indexé au panier de la ménagère, à l’eau potable, à l’électricité, aux soins médicaux, à l’école ou à l’université, aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, au transport, au logement, aux loisirs. Le minimum doit être garanti au Congolais si l’on veut qu’il cesse d’être un éternel nécessiteux, prêt à aller chercher le bonheur même en enfer.

                                     Kimp

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