Matonge a frôlé l’émeute

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Revigorés par des messages de patriotisme et de bravoure  distillés durant la matinée politique organisée au siège de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (Udps), les militants des forces sociales et politiques de l’opposition ont pratiquement défié les éléments de la Police nationale hier mardi 16 février 2010 vers 17 heures devant la paroisse St Joseph de Matonge, dans la Commune de Kalamu.

En effet, face aux coups de feu des armes automatiques tirés en l’air, les partisans de l’opposition n’ont pas un seul instant reculé et continuaient à avancer jusqu’à investir l’enceinte de la paroisse où devait se tenir un culte d’action de grâces en mémoire des martyrs de la démocratie. A la tête de la colonne, des leaders de l’opposition comme ont encouragé la population à braver la peur afin de savourer les délices de la démocratie. Ayant cependant atteint l’église catholique, les manifestants ont constaté la fermeture des portes de l’église alors que la messe y était prévue à 18 heures. Pendant ce temps-là, tout le périmètre de la paroisse était encerclé par des hommes en uniforme armés de fusils , mettant ainsi quiconque dans l’impossibilité d’entrer ou de sortir. Quelques journalistes qui tentaient de s’extraire de ce lieu étaient systématiquement fouillés, alors que leurs supports d’enregistrement (cassettes) étaient menacés de confiscation. Une expatriée européenne, identifiée comme journaliste, s’est même vue interpellée puis conduite à une destination inconnue. C’est au-delà de 18 heures que le bourgmestre de la commune de Kalamu, Jean-Claude Kadima, a courageusement offert ses bons offices et réussi à décanter la situation de crise. L’administrateur de cette circonscription a  sollicité de la discipline de la part des membres de l’opposition, en leur rappelant qu’une autre manifestation politique de l’Udps avait été autorisée sur ce même lieu et s’était tenue dans la cordialité il y a quelques semaines. 
Signalons que la marche était  partie du siège de l’Udps, à Limete/ 10ème rue, où s’était tenu un meeting. Au cours de cette matinée politique, le directeur de cabinet d’Etienne Tshisekedi, M.Moleka, a rappelé au nom de la fille aînée de l’opposition congolaise, le sens de la commémoration du 16 février, jour qui avait vu en 1992 les chrétiens de la capitale congolaise se lever comme un seul homme pour réclamer, crucifix, chapelets et bibles en mains, la réouverture de la conférence nationale souveraine fermée, sur ordre de Mobutu, par Nguz a Karl-i-Bond alias « J’y suis j’y reste ». Hélas, la répression allait être terrible. De tous les coins de la Ville de Kinshasa devaient tomber, sous des balles meurtrières, femmes, enfants, jeunes et vieux, victimes et martyrs de l’intolérance, vivant dans le sang cette exclamation merveilleuse de St Paul : « J’ai combattu le bon combat, j’ai été fidèle jusqu’à la mort. Voici venu pour moi, Seigneur, le moment de recevoir la couronne de vie ». Et Moleka de conclure : « Quel bel exemple et quel bel héritage d’amour et d’engagement chrétien. Surtout en ce moment de crise de leadership où les masses populaires sont orphelines de leaders capables de s’assumer pour le bien des populations jusqu’au sacrifice suprême, à l’instar de ces vénérables martyrs d’illustre mémoire. Car la situation actuelle, caractérisée par l’intolérance politique, l’exclusion, la dérive totalitaire, la corruption, les souffrances et la misère, n’est en rien différente de celle qui prévalait à l’époque du 16 février 1992. Que le sang de nos martyrs puisse à jamais féconder et générer l’émergtence d’une race d’hommes et de femmes engagés pleinement dans l’accomplissement et la réalisation du bien-être des autres ».
Intervenant après le représentant de l’Udps, le président de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (Ecidé), Martin Fayulu, a exhorté à l’union de l’opposition pour la cause de notre pays.  Pour lui, le sang des martyrs versé il y a 18 ans doit nous interpeller car les tares qui furent jadis décriées au début de la transition persiste à ce jour. A la fin de la marche, le leader de l’Ecidé a invité ses concitoyens à ne pas oublier l’héritage légué par des martyrs tels que Kimbangu, Lumumba, ceux du 4 janvier, du 16 février etc. Il a par ailleurs prié le peuple congolais d’avoir une pensée pieuse particulièrement pour le Docteur Numbi, ancien président de la Société civile de la RD Congo.
Pour sa part, Clément Kanku Bukasa wa Tshibwabwa, président du Mouvement pour le Renouveau (MR), a appelé les cadres politiques à une véritable union pour affronter avec succès les prochaines joutes électorales. « Si demain nous échouons, c’est notre responsabilité à tous ! », a lancé le coordonnateur ad intérim de l’Union pour la Nation (UN). Quant à Bomanza, ancien cadre de l’Udps et conseiller du président de l’UN, il a déclaré sa nostalgie de revoir ce site, le siège de l’Udps, près de 4 ans après. « C’est dans cette université où j’ai été formé à la socialisation politique par le Dr Etienne Tshisekedi… » a-t-il lancé à l’auditoire.

Tshieke Bukasa

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