Matete : tempête autour d’un mort

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C’est depuis le jeudi 29 avril que Bodrich Mansi luttait contre la mort. Les médecins ainsi que le personnel soignant du Centre Bio-Médical de Lemba Terminus ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour le sauver, mais sans succès.
Le vendredi 07 mai, le jeune homme s’est éteint au grand désarroi de sa famille et de ses proches. Quand la nouvelle de sa mort est arrivée dans son quartier de résidence, Mboloko, à Matete, l’agitation et la colère ont subitement gagné les jeunes. Qui, comme répondant à un mot d’ordre, se sont mis à vociférer et à menacer de toutes les foudres de l’univers les éventuels responsables d’un décès qu’ils jugent suspect.

 C’est dans ce tohu-bohu indescriptible qu’une consigne est tombée, venue de nulle part. La foule des jeunes  s’est soudainement ébranlée vers la parcelle  située au n°06/B et appartenant à M. Saïo Basende. Après avoir mis le feu à la maison, la foule surexcitée a poursuivi sa route vers le quartier Mandina voisin où elle a procédé au pillage systématique de la parcelle numéro 20/E appartenant à Robert Basende, frère de Saïo Basende. La débandade était totale dans les deux quartiers, et c’est par un coup de chance que les victimes de l’incendie et du pillage ont échappé au châtiment suprême.

 Pourquoi ces actes de vandalisme à l’endroit  des voisins ? Renseignements pris, il appert que la mort de Bodrick Mansi survenue le 07 mai aurait toute une histoire. Celle-ci aurait commencé le 29 avril 2010.
Ce jour-là, le jeune Bodrick a été découvert dans un état lamentable au quartier Debonhomme, dans la commune de Matete. Pourquoi et comment le jeune homme s’est-il retrouvé dans cette situation ? Pour avoir la réponse à ces deux questions, Le Phare a rencontré l’oncle du défunt, M. Papy Mansi. Celui-ci raconte :
«Mon neveu est mort à la suite d’une action commanditée par Saïo Basende. C’est lui qui a ordonné à ses agents de tabasser et de torturer Bodrick qu’il suspectait d’avoir subtilisé un lecteur DVD lui appartenant. J’affirme la main sur le cœur que Bodrick  ne pouvait pas poser un tel acte. Ce n’était pas un voleur, et Basende le savait très bien. C’est du reste pour cela qu’il lui faisait  confiance et travaillait ensemble avec lui depuis longtemps. Pour avoir ordonné à ses hommes de le tabasser et de le torturer, il est responsable de cette mort et doit en répondre ».
A la suite de ces graves accusations formulées par l’oncle du défunt, Le Phare a estimé nécessaire, au nom de l’équilibre de l’information, de donner la parole à la partie incriminée pour qu’elle  fournisse ses moyens de défense. Voici la version des faits de Saïo Basende :
«C’était le 29 avril dernier. Lors du dépotage de mon contenair en provenance de l’Europe, j’ai vu Bodrick en compagnie de trois de ses amis. Ils sont entrés dans ma parcelle de Debonhomme pour demander de contribuer au dépotage du contenair. Je leur ai fait remarquer que mes agents s’y attelaient déjà et que leur concours n’était pas nécessaire. Ils ont répliqué qu’ils s’étaient déplacés de leur quartier jusqu’à ma résidence  et que je devais tenir compte de cette bonne volonté. Ne voyant  pas très bien où ils voulaient en venir, je leur ai remis une somme d’argent pour leur transport et suis entré dans mon bureau. Et c’est au moment où je commençais à travailler que j’ai entendu une forte clameur dehors. Je suis sorti pour apprendre que Bodrick venait de se rendre coupable du vol d’un lecteur DVD. J’ai décidé de faire appel à la police, mais un ami de Bodrick, Hervé, m’a prié de ne pas le faire. C’est à ce moment que j’ai vu Bodrick couché à même le sol, très agité.
 Trouvant cette agitation suspecte, je me suis résolu à faire appel à la police. Celle-ci est arrivée et a procédé aux vérifications d’usage. Elle a essayé de réveiller Bodrick mais en vain. Deux policiers  m’ont posé quelques questions auxquelles j’ai répondu. J’ai décidé de conduire Bodrick à l’hôpital du quartier Debonhomme. J’ai ensuite informé sa famille de ce qui s’était passé. Les membres de sa famille ont décidé de le transférer au Centre Bio-Médical de Lemba Terminus. De ma propre volonté, j’ai pris la décision de supporter les soins médicaux du garçon, sans être épaulé par sa famille.
 Le vendredi 7 mai, son papa a appelé mon cousin pour lui dire que Bodrick était mort. Voilà toute l’affaire ».
 Compte tenu de la complexité du dossier et de la double plainte déposée à la fois par la famille du disparu et par l’homme d’affaires Saïo Basende, les obsèques de Bodrick ont été retardées, le corps du défunt devant subir une autopsie pour des raisons d’enquête.

Chimelle Mwila Wanzola
(Stg/Ifasic)

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