Massacres et fosses communes au Kasaï : Kinshasa toujours dans le collimateur de l’ONU

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Les Nations Unies, à travers leur Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme, ne font qu’accentuer les pressions sur les autorités de Kinshasa en vue d’obtenir une enquête internationale indépendante sur les massacres et les fosses communes qui jalonnent le feuilleton de l’insécurité dans les quatre provinces éclatées de l’espace kasaïen.

La dernière interpellation en date est venue de Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, qui a dénoncé, le lundi 1er mai, la persistance d’une situation sécuritaire catastrophique en RDC et au Sud-Soudan.

S’agissant spécialement de la RDC, il a fait savoir que ses équipes continuaient de suivre la situation de près sur le terrain, en faisant parler des témoins et des victimes.  Il a réitéré la demande formulée il y a un mois, à savoir l’ouverture diligente d’une enquête neutre et
sérieuse, en vue d’identifier les vrais auteurs des massacres de plus d’une centaine d’innocents, parmi lesquels les enquêteurs onusiens Michael Sharp (USA) et Zaida Catalan (Suède). « Nous en appelons à des enquêtes indépendantes et à la justice, peu importe qui sont les auteurs et les instigateurs de ces meurtres », a-t-il martelé.
On rappelle que depuis le mois d’août 2016, après l’exécution du chef
coutumier Kamuina Nsapu par les armes, cette partie de la République
Démocratique du Congo est entrée dans la spirale des violences, avec à
la clef des bavures sans nombre attribuées aux miliciens, à la police
et à l’armée nationale.
Mais l’un des tableaux sombres de ce climat de chasse à l’homme entre
miliciens et éléments en uniforme a été la diffusion, en mars dernier,
d’une vidéo montrant des militaires des FARDC en train de massacrer
des civils sans défense dans un village de la province du Kasaï. Après
avoir parlé d’un montage grossier, le gouvernement congolais avait
fini par admettre la réalité des faits et chargé l’Auditorat général
des FARDC d’une enquête qui a abouti, non seulement à l’arrestation de
sept officiers et sous-officiers impliqués dans lesdits massacres,
mais aussi à la découverte de trois fosses communes.
Et pendant que l’enquête du parquet militaire était en cours en vue de
rechercher d’autres présumés auteurs des atrocités décriées à travers
le monde, une enquête du Haut Commissariat des Nations Unies aux
Droits de l’Homme et une autre, menée conjointement sur le terrain par
des journalistes de Reuters et RFI, faisaient état de l’existence de
plus d’au moins 19 fosses communes. A ce jour, le nombre des fosses
communes a dépassé la quarantaine, ce qui tend de plus en plus à
asseoir la thèse de violations graves des droits de l’homme, dans le
chef des troupes régulières, dans leur campagne de répression contre
non seulement les miliciens, mais aussi tous ceux qui, surtout les
jeunes, sont soupçonnés d’être en collusion avec eux.
Les pressions onusiennes sur le pouvoir en place à Kinshasa sont si
vives, et les répliques des autorités congolaises, si cinglantes, que
l’on assiste pratiquement à un bras de fer entre la RDC et la
communauté internationale. A l’ONU et à l’Union Européenne, des
sanctions sont brandies à l’endroit des officiels, civils et
militaires, soupçonnés de commanditer l’insécurité dans l’espace
Kasaï. Le décor d’un isolement diplomatique de Kinshasa, qui ne dit
pas son nom, semble en train d’être planté à New York, Washington,
Ottawa, Bruxelles, Paris, Londres, Bonn, etc. L’ONU, l’UE, les USA, le
Canada, la Belgique, la France semblent prêtes à tout pour connaître
la vérité dans ce qui se passe au centre de la RDC.

Agenda caché de glissement du calendrier électoral

La face cachée de l’insécurité dans les 4 nouvelles provinces de
l’espace kasaïen (Kasaï, Kasai Oriental, Kasaï Central, Lomami) est le
spectre du glissement du calendrier électoral. A ce sujet, la décision
de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) d’y
suspendre les opérations d’enrôlement est une indication suffisante
sur l’intention de cette dernière de ne pas organiser les élections en
2017, prenat le contre-pied des parties signataires de l’Accord du 31
décembre 2016.
La mesure de la centrale électorale est d’autant surprenante qu’au
Nord-Kivu, en Ituri et au Sud-Kivu, où les forces négatives tant
internes qu’étrangères tuent, pillent, violent tous les jours, la CENI
n’a pas envisagé l’arrêt des opérations d’enrôlement. En dépit des
vols et pillages des kits électoraux ainsi qu’embuscades diverses
contre les équipes chargées de l’identification et de l’enrôlement,
tout s’est passé dans l’Est du pays comme si la paix durable y était
revenue, alors que des milliers de déplacés internes écument forêts,
vallées et savanes, fuyant l’insécurité au loin, et que des
envahisseurs étrangers s’implantent dans des villages congolais, se
faisant délivrer au passage des cartes d’électeurs. Des millions de
Congolaises et Congolais voudraient savoir ce que cache le « nettoyage
» du fichier électoral dans la partie Est du pays, infestés de
rebelles sud-soudanais, ougandais, rwandais et burundais ainsi que
groupes armés locaux et l’incapacité pour la CENI de se livrer au même
exercice dans l’espace kasaîen, où les autorités civiles comme
militaires, centrales et provinciales, soutiennent que la situation
est sous contrôle.

Kimp

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