Massacres à répétition à Beni : l’incroyable attaque contre Matata Ponyo

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matata-mponyoLe gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, a jeté un vrai pavé dans la mare de la Majorité Présidentielle, en exigeant la transformation de la « Troïka économique » en « Troïka sécuritaire ». Selon lui, les réunions hebdomadaires restreintes entre le Premier ministre et quelques ministres en charge des secteurs à caractère économique, financier et social, devraient céder le pas à celles en prise directe avec les questions militaires et sécuritaires. Il voudrait ainsi voir Matata Ponyo en concertations hebdomadaires avec Evariste Boshab, Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et Sécuritaire, et Ngoy Mukena, ministre de la Défense.

            Se livrant à une comptabilité macabre sur Radio Okapi, le gouverneur de la Province du Nord-Kivu a donné le chiffre de 300 personnes massacrées entre octobre 2014 et mai 2015. Le dernier assassinat en date qui l’a fait sortir de ses gongs, c’est celui de sept personnes, intervenu dans la nuit du 08 mai dans la ville de Beni. A son avis, l’insécurité a atteint la côte d’alerte à l’Est du pays.

            Par conséquent, le chef du gouvernement devrait se focaliser désormais sur les dossiers sécuritaires, de manière à stopper le cycle de violence, comme il l’avait si bien fait pour l’inflation dans le secteur économique.

            Julien Paluku a prévenu que le Nord-Kivu fait l’objet d’infiltrations régulières de la part d’ex-combattants du défunt M23, présents dans deux pays frontaliers signataires de l’Accord-Cadre d’Addis Abeba, qu’il s’est gardé de citer nommément. Mais les initiés ont compris qu’il s’agit de l’Ouganda et du Rwanda. Selon des informations en sa possession, de nouveaux mouvements rebelles pourraient, si l’on y prend garde, renaître dans la province sous sa tutelle.

Au regard de l’insécurité récurrente qui touche le Nord Kivu, aucun projet sérieux de développement ne peut y être conduit avec succès, a estimé Julien Paluku. D’où, les perspectives économiques ne font que s’assombrir.

Interminable effort

de guerre

            Tous les observateurs avertis ayant pris connaissance du ras-le-bol de l’autorité provinciale du Nord-Kivu comprennent son état d’âme. Il est normal qu’au regard de la série noire que connaît cette partie de la République, il soit animé de la noble intention de voir se refermer, au plus tôt, la page de l’insécurité. Là où il est difficile de partager sa vision des choses, c’est quand il accuse le gouvernement de banaliser les dossiers sécuritaires.

            Au cas où il se poserait un problème d’affectations des fonds pour les opérations militaires, ou de détournement des rations et des soldes, Julien Paluku n’a qu’à poser clairement le problème. Car les sacrifices financiers, moraux et autres que consent la République devraient produire des résultats. On se souvient qu’à l’époque du Premier ministre Muzito, des accusations de ce genre contre des officiers militaires avaient été enregistrées. Le précité avait dû se rendre au front pour tirer les choses au clair.

            Tous ceux qui ont l’habitude de suivre les sorties du Premier ministre au Parlement ou ses bilans annuels devant les médias, constatent que lorsqu’ils brossent le tableau de la situation économique du pays, il ne cesse d’épingler les fonds qu’aspire le front de l’Est. En effet, l’interminable effort de guerre imposé à la République par les ennemis de la paix depuis plus de deux décennies exige, chaque mois et chaque année, la mobilisation d’importantes ressources financières.

            Le plus souvent, l’exécutif national est contraint de puiser dans des postes budgétaires autres que ceux de la sécurité et de la défense, pour parer au plus pressé, car les conflits armés planifiés par les forces du mal ne préviennent pas. Plus d’une fois, le Chef de l’Etat et le Premier ministre ont dû se déplacer en personne sur la ligne du front pour mieux tâter du doigt les réalités militaires et sécuritaires. Les opérations « Sukola I et II », pour ne citer que les dernières initiatives de lutte contre les forces négatives, traduisent la volonté gouvernementale de rétablir la paix et la sécurité à l’Est du pays.

            Un vieil adage dit que l’argent, c’est le nerf de la guerre. De ce point de vue, l’on ne peut pas reprocher à Matata Ponyo la tenue de la Troïka Economique hebdomadaire, car sans moyens financiers, il est impossible de soutenir l’effort de guerre. N’eut été cette épine plantée au pied du Grand Congo, plusieurs projets économiques et sociaux, du genre de Bukanga Lonzo, ou encore relatifs à la modernisation des infrastructures de base et de l’agriculture, à la construction des industries lourdes et de transformation, des écoles, des hôpitaux, à la création d’emplois auraient déjà connu des avancées significatives. La lutte contre la pauvreté piétine notamment à cause des dépenses liées au financement des opérations de traque des forces négatives.

Kimp