Martin Fayulu : «Résolution 2277, le Conseil de Sécurité a tranché : les élections doivent impérativement avoir lieu en 2016

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Martin Fayulu. Radio Okapi/ Ph. John BompengoNous saluons, comme il se doit, la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies adoptée à l’unanimité le 30 mars 2016. Cette résolution épouse totalement l’exposé des motifs de notre Constitution et nous enjoint tous de nous concentrer sur l’organisation de l’élection présidentielle et les élections législatives nationales cette année en vue d’assurer l’alternance démocratique et ainsi contrer toute tentative de dérive dictatoriale.

Pour mémoire, le 14 juin 2015, dans notre tribune en faveur de la constitution urgente d’un fichier électoral fiable, tribune intitulée ‘’Elections à venir: l’enrôlement des électeurs s’impose’’, nous avions conclu en rappelant que l’amendement apporté le 08 juillet 2014 à l’Executive Order 13413 du 27 octobre 2006 sur la RDC par le Président Obama avait ajouté des nouveaux critères pour sanctionner « les personnes, responsables directement ou indirectement, notamment d’actes ou de politiques qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RD Congo ainsi que d’actes, de politiques ou de soutiens aux personnes qui minent le processus démocratique ou les institutions en RD Congo ». Aussi, avions-nous invité le régime de Mr Kabila qui, à contre-courant, bloque délibérément le processus électoral dans notre pays, à suivre la voie de la raison en libérant le processus dans l’intérêt de tous. Notre invitation tient toujours.

Cependant, l’adoption, le 30 mars courant par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies de la Résolution 2277, dans sa fermeté de ton s’agissant du constat d’insécurité généralisée qui règne dans le pays, de violations graves des droits humains, des restrictions des libertés fondamentales, des violences récurrentes faites à la femme, d’acharnement contre la jeunesse congolaise consciente, de menaces, d’arrestations, d’enlèvements, de violences et actes de tortures sur les opposants, les activistes de défense des droits humains et les journalistes à l’approche des élections, d’hésitations dans la détermination à éradiquer les groupes armés nationaux et étrangers, des retards accumulés dans le processus électoral, particulièrement pour la tenue des élections présidentielle et législatives dans le délai constitutionnel, apparaît à la fois comme un échec patent de gouvernance à tous égards et un dernier avertissement contre le régime de Mr Kabila.

Comme, en effet, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies affirme dans cette résolution que ‘’la situation en République Démocratique du Congo constitue toujours une menace pour la paix et la sécurité internationale dans la Région’’, il faut retenir que le rapport spécial du Secrétaire général des Nations-Unies du 27 février 2013 sur la RDC et la Région des Grands Lacs est toujours d’actualité et que l’échec de l’Etat dans l’exécution de ses missions et engagements est criant.

Aujourd’hui, la question qui nous préoccupe est on ne peut plus simple : Il s’agit du respect de la Constitution de la République, acte qui fonde et garantit un Etat de droit et permet d’assurer le fonctionnement harmonieux des institutions de l’Etat.

La Constitution ayant fixé les règles déterminant le mode d’accession et de dévolution du pouvoir politique dans notre pays, on devrait en réalité être en train de ne discuter que de l’exercice du pouvoir en ce moment, c’est-à-dire du bilan de Mr Kabila, catastrophique par ailleurs.

A la place, le régime de Mr Kabila choisit de polluer l’environnement politique, d’insécuriser tout le monde en créant une crise artificielle par l’entretien d’une confusion dangereuse dans le but de nous renvoyer à la case départ, c’est-à-dire dans la situation d’avant Sun-City, avec à la clé un nouveau cycle de violence. La stratégie du chaos.

            C’est ainsi que pendant près de trois ans, il n’a cessé de prendre des initiatives inconstitutionnelles tendant à contourner l’article 220 de la Constitution pour lui permettre de demeurer au pouvoir en violation de celle-ci ; la dernière étant la mascarade d’élections des gouverneurs de 21 nouvelles provinces.

            Il reste que, aujourd’hui, le peuple congolais a exprimé clairement et de manière non-équivoque son opposition farouche à une telle perspective. Ce peuple ne demande qu’une chose : que les élections présidentielle et législatives se tiennent cette année, conformément à la Constitution.

            En effet, la paix et la stabilité dans notre pays ne viendront nullement du dialogue de Mr Kabila, mais de l’enclenchement d’un processus électoral crédible qui permette la tenue dans le délai constitutionnel des élections présidentielle et législatives. La consolidation de la démocratie est à ce prix.

            C’est pourquoi, nous demandons à la Communauté internationale de ne pas laisser la Résolution 2277 moisir dans le tiroir. Il faut l’appliquer immédiatement afin d’éviter à la RDC une nouvelle crise susceptible de provoquer son implosion. Une implosion qui aura des conséquences graves sur l’équilibre de l’Afrique tout entière.

            Il est en effet malheureux de constater que les grands pays géostratégiques de l’Afrique subsaharienne, notamment le Nigéria et l’Afrique du Sud, sont en train d’expérimenter la démocratie, sauf la RDC. Ayant raté avant-hier le rendez-vous de l’indépendance et celui de la Conférence Nationale Souveraine hier, nous ne pouvons pas nous permettre, aujourd’hui, de rater le rendez-vous de la démocratie. Autrement, on ratera le train de l’Histoire.

            Ainsi, nous confirmons que ‘’l’appropriation collective du destin de notre pays’’ par notre peuple se fera par la réaffirmation du principe démocratique que tout pouvoir émane du peuple souverain primaire, qui choisit souverainement ses dirigeants au terme des élections démocratiques, transparentes et crédibles. Les époques des coups d’Etat, de quelque nature que ce soit, des partages équitables et équilibrés du pouvoir résultant des arrangements particuliers, des dialogues ou des concertations, sont révolues. Elles ont été définitivement enterrées par la Constitution du 18 février 2006.

            Nous saisissons cette occasion pour nous inscrire en faux contre l’allégation mensongère de l’Ambassadeur-Représentant Permanent de la RDC devant le Conseil de Sécurité qui a affirmé que ‘’le retard déploré par le Conseil de Sécurité au niveau du processus électoral est imputable à une partie de l’opposition qui, à la suite des tergiversations inconsidérées, est à l’origine du blocage. C’est encore elle qui bloque aujourd’hui le dialogue’’.

            Comment peut-on, sans gêne, débiter de telles contre-vérités alors que la Communauté internationale est bien au courant des efforts déployés par l’Opposition congolaise au lendemain de l’annonce, par la CENI de Ngoyi Mulunda, des résultats fantaisistes des élections chaotiques de novembre 2011?

            Que l’on se souvienne des évènements suivants : le voyage des représentants de l’Opposition congolaise à Addis-Abeba en janvier 2012 au sommet de l’Union Africaine ; de la réunion organisée par le NDI au Grand Hôtel Kinshasa en mars 2012 ; de l’élaboration par les Forces Acquises au Changement (FAC) des Termes de Référence pour le dialogue en vue d’enrayer la crise de légitimité née du chaos électoral de 2011 ; des tables rondes organisées par Mr Martin Kobler, alors Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies, y compris la table ronde Majorité-Opposition ; de l’épisode où  Mr Kobler et certains ambassadeurs des pays amis avaient été convoqués et tancés au Palais de la Nation parce qu’ils essayaient de promouvoir le dialogue ; du discours de Mr Kabila à la 69ème session de l’Assemblée générale des Nations-Unies en septembre 2014 (‘’…heureux de vous dire ce jour que la République Démocratique du Congo est un pays debout…’’).

            Pour la mouvance Kabiliste, en effet, l’argument contre le dialogue était qu’il n’y avait pas de crise politique en RDC et que les institutions de la République fonctionnaient normalement. Le porte-parole du gouvernement avait même été péremptoire, affirmant une fois avec suffisance lors d’un point de presse : ‘’Il n’y aura pas de dialogue dans ce pays’’ !

            De quoi parle-t-on alors ? Outre qu’il est inopportun, nous pouvons aussi affirmer que le dialogue de Mr Kabila est une  vaste blague, une diversion et une distraction de mauvais goût !

            Car, il n’est un secret pour personne que Mr Kabila et ses affidés multiplient les stratagèmes pour tenter de demeurer au pouvoir en violation de la Constitution. Doit-on, à titre d’exemples, rappeler le livre de  Mr Boshab ‘’Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la Nation’’, le livre de Mr Kambila ‘’Plaidoyer pour la Quatrième République’’, l’entretien de  Mr Minaku avec le journaliste Christophe Boisbouvier de RFI affirmant : ‘’Kabila partira le jour où il y aura élections dans ce pays’’, le projet de révision constitutionnelle introduit à l’Assemblée Nationale par le Gouvernement et retiré en catimini ainsi que tant d’autres élucubrations ? Nul ne peut donc se prévaloir de sa propre turpitude…

            Quant à nous, nous soutenons la Résolution 2277 qui prolonge le mandat de la MONUSCO en renforçant ses priorités stratégiques telles que reprises du point 24 au point 45 de la Résolution. Nous considérons qu’il s’agit là d’un message fort de la Communauté internationale, expression de sa détermination à ne point accepter que les énormes sacrifices consentis et tous les efforts déployés depuis 2001 pour rétablir et garantir la paix, la stabilité et le développement de la RDC et de la Région aient été vains. Il est donc impératif que les élections présidentielle et législatives nationales se tiennent en novembre 2016, dans le respect de la Constitution.

            En attendant, on ne peut pas ne pas relever cette insistance suspecte du gouvernement congolais à réclamer la réduction substantielle de la Force de la MONUSCO à la veille des élections, comme si l’on veut se débarrasser d’un témoin gênant. C’est le lieu ici de s’inquiéter particulièrement du sort du Président du mouvement ‘’il est temps’’, Jean-Marie Kalonji, de l‘état de santé très préoccupant du Président de la Société Civile de la RDC et Co-coordonnateur de Sauvons la RDC, Christopher Ngoyi, ainsi que du cas des jeunes activistes de Filimbi, Fred Bauma et Yves Makwambala.

            Que Dieu Tout Puissant bénisse notre pays et son peuple !

Fait à Kinshasa,

le 04 avril 2016

Martin M. Fayulu

Président de l’ECiDé et Coordonnateur des FAC