Marie-Claire Faray : « En RDC, la pauvreté est au féminin… la politique au masculin »

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C’est une véritable femme de science. Chercheuse en microbiologie des maladies infectieuses, elle a travaillé pendant 20 ans, spécifiquement en biologie moléculaire. Elle est actuellement versée dans la formation médicale et la pharmacovigilance des médicaments. Mais en plus de cet univers scientifique dans lequel elle est plongée dans sa vie professionnelle, elle est une activiste des droits des femmes, spécifiquement en ce qui concerne la participation des femmes, la promotion de leurs droits humains, la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes, et aussi la promotion des instruments juridiques pour amener les femmes à connaitre et comprendre leurs droits et devoirs. Elle, c’est Marie-Claire Faray, une Congolaise vivant en Grande-Bretagne depuis près de 25 ans, en étroite communion avec son pays d’origine et membre des organisations telles que Cause Commune UK et WILF. Au cours de cette interview qu’elle nous a accordée au mois de décembre dans sa résidence à Kinshasa, dans la commune de Bandalungwa, Marie-Claire Faray nous parles des actions menées en faveur de la gente féminine au sein de ces deux organisations.
 
Le Phare : Pouvez-vous nous parler des actions que vous mener dans Cause Commune et WILF ?
Marie-Claire Faray : Cause Comune est une plate-forme congolaise militant pour l’intégration de la femme congolaise en Grande-Bretagne, en vue de l’amener à s’intégrer dans la société britannique et en même temps, au développement de la RDC. Cette intégration passe par des formations, l’apprentissage de la langue. Nous faisons beaucoup de lobbying au niveau international pour la paix en RDC et le développement socio-économique, mais aussi pour le développement humain, qui est un aspect très important pour nous. Car j’estime qu’après 400 ans d’esclavagisme, plus de 100 ans de colonisation très brutale, une dictature de presque 32 ans et là maintenant une invasion et une guerre imposée au pays, on n’a pas eu le temps de se développer humainement. Et c’est ça qu’il y a comme problème ici, le Congolais est tout le temps à la recherche d’une survie. Ce qui fait qu’il n’a pas le temps de se développer humainement. Et la WILPF (Women International League for Peace for Freedom), qui a fêté ses 100 ans d’existence en 2015, où je suis coordonnatrice des femmes africaines en GB (la voix des femmes africanies) est une organisation qui milite pour la paix dans le monde et la démilitarisation. Elle analyse la cause des conflits dans le monde, afin d’arriver à trouver des solutions pour une paix durable. Dans la démilitarisation, il s’agit notamment des traités pour la régularisation des ventes d’armes, la fin du nucléaire. Dans le WILPF, nous militons également pour la participation des femmes en politique, pour la gouvernance, avec un accent particulier sur la résolution 1325 des NU qui appelle à la participation des femmes dans la résolution des conflits, dans les négociations pour la paix.
 
En quoi consiste la campagne de « la décennie de la femme Africaine » ?
 
Il s’agit d’une campagne qui a déjà été initiée au niveau de l’UA,  visant à demander aux Chefs d’Etats africains, à tous les acteurs politiques comme de la Société Civile, de mettre en pratique d’abord les lois déjà existantes sur les droits des femmes et surtout les droits des femmes à avoir un pouvoir économique. Car ici en RDC, la pauvreté est au féminin. Et la RDC a ratifiée plusieurs lois ( la Convetion pour les éliminations de toutes les formes de violences faites aux femmes, le Protocole de Maputo, la déclaration des chefs d’Etat sur  l’égalité des femmes et la participation,) qui malheureusement ne sont pas mises en application.
 
Comment jugez-vous la participation ou l’implication de la femme congolaise actuellement dans les instances de décisions ?
 
En effet, la femme congolaise est un peu en dehors de tout ça. La politique est au masculin en RDC. Souvent la femme a l’impression de ne pas être concernée par la politique. Or tous les changements qui interviennent dans la vie sociale (flambée des prix, hausse minervals,) touchent  directement la femme. Elle doit s’impliquer et demander de comptes aux gouvernants. Le taux de mortalité de la femme congolaise en accouchant est l’un des plus élevé au monde. C’est un crime, juste cet aspect justifie la nécessité que la femme s’implique, qu’elle ait un budget qui soit alloué pour que cela change. La femme doit récupérer son identité. C’est pour cette raison que nous essayons d’aider cette dernière à se comprendre d’abord, comprendre sa condition féminine biolgiquement (cycle menstruel, système de reproduction) parlant, et s’accepter sans en avoir honte. Parce qu’en réalité, être une femme est un genre donné par la société, des constructions sociales. Et l’autre lulte qui me caractérise spécifiquement, est celle menée contre les violences sexuelles, les violences faites aux femmes, particulièrement aux petites filles. Et pour que tout cela change, la femme doit aller en politique. Et donc je suis très impliquée dans la promotion de la participation de la femme en politique dans la gouvernance du pays. Et, il est très important que le budget de notre pays puisse représenter les besoins de la femme, ce à quoi la femme aspire pour elle et pour ses enfants : la paix pas seulement comme manque de conflit mais aussi l’éducation, l’eau, les soins de santé, les bonnes routes, la nourriture, un pouvoir économique, une autonomie, etc.
 
Etant sur une terre étrangère, a-t-il été facile pour vous de mener toutes ses actions ?
 
Je vis en Europe depuis 1986 et en Angleterre depuis 1992. Je dirais que tout part de la volonté et de la vision de changer les choses. Premièrement, même si je n’en parle pas très souvent, je peux vous faire part d’un parcours. Je suis une personne qui a subi des violences sexuelles dans l’enfance. A l’âge de 8 ans, j’ai été molestée. Mais j’ai toujours refusé de me voir en victime. Et donc c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Et puis à l’âge adulte évidemment, dans le sens où on a subi aussi des violences dans les couples, j’ai trouvé que la femme ne pouvait pas continuer à être une victime. J’ai remarqué que beaucoup de femmes congolaises niaient le fait que cela leur soit déjà arrivé et  pensent que cela n’arrive qu’aux autres. Alors que beaucoup d’entre elles ont subi des incestes dans les familles et gardent cela. Il faut que la femme commence à briser le silence. Moi, j’ai un potentiel extrêmement scientifique que j’ai développé tout en militant pour les droits des femmes. Et cela m’aide aussi à aider les autres femmes qui étaient dans ma position.
 
Un mot pour toutes les femmes qui ont subi les violences dans leurs chairs ?
 
Il faut briser le silence. Il ne faut pas avoir honte et souffrir en silence. Surtout pour les enfants, les jeunes filles, si vous avez été violé, si vous avez subi des violences sexuelles, même les violences domestiques, dites-le. Cela n’est pas synonyme de rupture pour un couple, cela ne veut pas dire que le forfaitaire n’est plus réhabilitable. Il faut briser le silence pour que la personne qui commet cet acte comprenne que ce qu’il a fait est mal et qu’il doit en payer. En cachant, vous légitimez l’acte et vous poussez l’auteur à continuer à commettre son forfait.
 
Propos recueillis par
 Myriam Iragi