En marge des enquêtes de la justice militaire et du député Sesanga : massacres au Kasaï pas seulement Kanku !

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Deux enquêtes sont désormais disponibles au sujet des massacres qui touchent les provinces du Kasaï, du Kasaï Central, du Kasaï Oriental et du Lomami depuis le mois d’août 2016. On sait que la justice militaire a bouclé la sienne en épinglant sept principaux suspects, dont des officiers supérieurs et des sous-officiers, sans compter de nombreux anonymes. Le député national Sesanga, qui s’est invité au dossier la semaine dernière, a porté des accusations contre un large éventail d’auteurs et commanditaires comprenant des miliciens étiquetés Kamuina Nsapu, des éléments de l’armée et de la police, des
responsables politiques et militaires, égratignant au passage la Monusco à cause de son inaction.

Mais, à la lecture des statistiques macabres qu’étale le document
rendu public par Delly Sesanga, avec plusieurs centaines de morts, le
décor d’un génocide semble solidement planté dans l’espace Grand
Kasai. Et pour ne plus jamais vivre cela, il y a nécessité d’une
enquête internationale, la seule capable de démasquer les donneurs
d’ordre et de les sortir de l’impunité dans laquelle ils se prélassent
présentement.
Certes, le quotidien américain The New York Times a pointé un doigt
accusateur en direction du député national Clément Kanku Bukassa
Tshibuabua, par ailleurs ministre honoraire fraichement remanié du
gouvernement Badibanga. Mais se focaliser uniquement sur le cas de ce
fils du terroir serait prendre un raccourci très dangereux pour la
manifestation de la vérité. Il serait irresponsable, de la part de
tous, de croire que l’héritier biologique et politique de feu
Tshibuabua Ashila Pashi d’heureuse mémoire, serait l’unique coupable
pour justifier des massacres à grande échelle qui ont installé une
insécurité récurrente au centre de la République Démocratique du
Congo.
Ainsi que l’exigent à cor et à cri le Conseil de Sécurité des Nations
Unies, les Etats-Unis d’Amérique, la Suède, les familles de nombreuses
victimes de cette tragédie, dont celles de la Suédoise Zaida Catalan
et de l’Américain Michael Sharp, mais aussi plusieurs Ong tant
nationales qu’internationales, la vérité doit être connue sur le
phénomène Kamuina Nsapu avant d’espérer réconcilier les Kasaïens avec
eux-mêmes. Sans la claire identification des coupables, leur procès
devant une juridiction internationale indépendante et leur sévère
condamnation, le retour à une paix durable est pratiquement
impossible.
Le sang a tellement coulé au centre du pays, il y a un si grand nombre
de réfugiés ( près de 30.000 en Angola) et de déplacé internes ( près
de 200.000), il y a tant de destructions méchantes et règlements des
comptes que la justice juste doit apporter des réparations morales et
si nécessaires financières aux familles des victimes.
S’agissant par exemple des atrocités vécues et que l’on vit encore
dans le territoire de Tshikapa, on accuse certaines autorités locales
et acteurs politiques d’en être les commanditaires, sans que cela
appelle la moindre réaction du côté du pouvoir central. On fait état,
présentement, des rumeurs d’épuration ethnique à travers les
territoires d’Ilebo, de Mweka, de Luebo et ailleurs, sans que les
commanditaires ne soient inquiétés.
Le sentiment que suscitent les événements du Grand Kasai dans les
cœurs de vrais patriotes est que les violences semblent obéir à un
plan préétabli. Des investigations à mener par des limiers
internationaux s’avèrent impérieuses s’il y a, de la part des
autorités congolaises, une réelle volonté de ne pas cacher la vérité
sur les massacres de cette partie de la République. La paix des cœurs
et des esprits ne peut revenir au centre du pays tant que des milliers
des filles et fils de l’espace kasaïen ne sauront pourquoi ils sont
massacrés et par qui ils le sont réellement, pourquoi ils sont
dépouillés de leurs biens, pourquoi ils sont chassés des terres de
leurs ancêtres, pourquoi ils sont enterrés dans des fosses communes.
Kimp