Marchés publics : qui contrôle qui ?

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Des ouvrages à peine réhabilitées et qui ne résistent ni à l’usage ni à l’épreuve du temps, on en trouve partout en RDC, tant à Kinshasa que dans les provinces.

Des routes inaugurées un matin et dont la chaussée s’effondre le soir sous le poids des camions de gros tonnages, des ponts qui cèdent au passage des poids lourds et des bâtiments dont la toiture décolle à la première tempête, ne sont plus une caricature de la presse friande de scandales, mais une réalité vivante qui tranche avec les objectifs de la reconstruction de la RDC.

Certes, la volonté de reconstruire le pays est là. Mais ce qui choque le plus, c’est souvent la qualité des ouvrages qui laisse à désirer. A-t-on respecté les spécifications techniques ? Si les normes de construction ont été sacrifiées sur l’autel des bénéfices, pourra-t-on disposer d’ouvrages de qualité ? L’expert chargé de la réception des travaux, se donne-t-il encore la peine de contrôler le respect des normes requises et de la qualité finale des travaux avant de délivrer son quitus ? Pourquoi l’impunité a-t-il élu domicile dans le secteur des travaux publics ? Qui protège les entrepreneurs dont les travaux déçoivent régulièrement toutes les attentes ? A Kinshasa, toutes les routes réhabilitées pendant le régime 1+4 se sont détériorées quelques semaines après les inaugurations en fanfare par leurs Excellences Messieurs les Ministres. Les mêmes entreprises sont parfois revenues deux voire trois fois sur les mêmes routes à la faveur d’avenants fantaisistes. Les constructeurs et certains ministres connus sous l’identité de « Messieurs 40% »  ont trouvé leurs comptes dans des opérations à tous égards mafieuses, mais pas les usagers, et encore moins l’Etat payeur. Tout le monde voit et vit ce gâchis, mais personne n’est sanctionnée ! Pourquoi et qui est derrière ce brouillard ?

Pourquoi lorsque les défaillances sont découvertes, l’entrepreneur privé n’est-il pas contraint à la réparation, et encore moins sanctionné ? Pourquoi ces entrepreneurs ne sont-ils pas écartés de la liste des partenaires de l’Etat ? Et pourquoi sont-ils toujours sollicités pour de nouveaux marchés publics, alors qu’ils ne présentent pas des références solides dans leur domaine d’activité ?

La rigueur pour éviter des ouvrages mal exécutés

A la Cité du fleuve qui sera érigée à Kingabwa par exemple, les promoteurs immobiliers, avons-nous appris, sont méticuleux sur les spécifications techniques des ouvrages. Les routes sont construites selon les règles de l’art. Aucune erreur n’est laissée de côté. Les promoteurs avaient, au moment de la passation du marché, exigé vingt centimètres de bitume pour toutes les routes érigées sur le site. Eh bien, les choses se passent bien ainsi. L’entreprise qui a gagné le marché est marquée à la culotte. Et lorsque l’épaisseur du bitume est inférieure à vingt centimètres, le constructeur est sommé d’apporter immédiatement les corrections nécessaires. L’avantage d’un tel contrôle est d’éviter des tours de passe-passe dans l’attribution des marchés. Ceux-ci, on le sait, sont généralement attribués aux « moins disants », c’est-à-dire ceux qui présentent une facture moins salée et cela, quand bien même les évaluations honnêtes ne permettent pas d’accepter leur offre. Conséquence : l’enveloppe de départ étant faible, elle ne peut permettre d’exécuter honnêtement les travaux, surtout si elle doit encore subir des délestages en faveur de tous ceux qui entrent dans la chaîne d’attribution comme cela est de coutume dans notre pays.

Au Katanga, à peine inaugurée dernièrement par le Chef de l’Etat, une route réhabilitée a dévoilé des défaillances graves après sa mise en service. Alerté, le gouverneur Moïse Katumbi a crié à la trahison. Un constat qui n’efface pas l’humiliation subie par le Chef de l’Etat dont le nom peut désormais, par la faute des constructeurs indélicats et l’incapacité des personnes chargées de la réception des travaux, être associée à ce que d’aucuns considèrent à juste titre comme une supercherie. Et c’est sans doute pour éviter la réédition d’une telle mésaventure qu’on a vu récemment Joseph Kabila juché sur une moto pour inspecter l’état de la route Kin-Kasangulu. Il a compris que tout est à refaire et que, surtout, la confiance n’exclut pas le contrôle. Question : est-il normal, dans un Etat organisé, que ce soit le Chef de l’Etat qui arpente une route pour s’assurer de la qualité des travaux effectués ?

C’est ici le lieu d’insister pour que la rigueur soit chaque fois au rendez-vous de l’exécution des ouvrages, et que la réception des travaux réalisés soit faite à l’issue d’un contrôle sévère qui ne laisse pas la voie à l’amateurisme, ni à l’aventure.

La reconstruction de la RDC ne sera pas un rendez-vous manqué avec l’histoire, si et seulement si tout est fait dans les règles, depuis le choix des sites appelés à recevoir les infrastructures jusqu’à la leur mise en service, en passant par la construction et le contrôle technique. Voilà pourquoi nos compatriotes attendent beaucoup des députés et sénateurs appelés à toiletter le projet de loi sur les marchés publics. Etant donné qu’il est prouvé que la maffia organisée saigne la République à blanc, les «Kuluna» en cravate devraient payer à l’avenir pour leurs impairs.

 J.R.T.

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