Marchés de Kinshasa : un « Salongo » trompeur

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C’est presque sous un air qui n’est pas loin de rappeler la Seconde République que chaque samedi, Kinoises et Kinois exerçant des activités commerciales à travers la capitale sont contraints à un passage à vide de presque deux heures. L’objectif visé est de rendre propres et fréquentables les espaces marchands. Une brève ronde à travers les marchés de la ville a montré la véritable face de cette opération hebdomadaire de salubrité publique.

 

Le constat qui s’en dégage de prime abord est que vendeurs et vendeuses ne croient nullement aux effets positifs de l’initiative. La grande déception vient des fonctionnaires et agents de l’ordre commis à son encadrement. Au lieu de viser réellement l’assainissement des lieux de négoce, ils ont fait du « Salongo » une source de racket des « absents » mais aussi des dispenses monnayées.

Au sein de la population marchande, certaines catégories de commerçants, notamment ceux des cosmétiques, mobiliers, électroménagers, vêtements, ciments, conserves, etc. – estiment que ce sont les vendeuses des denrées alimentaires, qui salissent le plus les marchés, qui devraient supporter la corvée du « Salongo ». Son imposition à tous paraît à leurs yeux comme une injustice.

S’agissant de l’organisation et des travaux d’assainissement, le même défaut de la cuirasse a été décelé partout : le manque de bacs à ordures, de structures de leur vidange et de sites d’accueil dans la périphérie de la ville. Bref, au terme de chaque « Salongo », les immondices sont entassées dans un coin, pour finir par y former un gigantesque réservoir de puanteurs.

L’autre ventre mou du système est à chercher dans l’absence des services de surveillance des marchés, à la fin de toutes les activités marchandes. Dans ce cas, une fois que les marchands et marchandes se retirent, ils sont remplacés par des Shegués, Kuluna, voleurs, violeurs, soldats inciviques qui les transforment en toilettes publiques, maisons de passe à ciel ouvert, lieux de guet des passants à détrousser ou des filles et femmes à violer.

Au bout du compte, le travail de salubrité de deux heures est remis en cause sept jours sur sept, tant et si bien que les marchés de Kinshasa offrent un éternel paysage d’insalubrité. La population de la capitale a-t-elle la culture de la propreté et de l’hygiène publique ? Il est permis d’en douter sérieusement, au regard de certains comportements équivoques.

Les vendeuses de pains, de beignets, de chikwangues, de poissons de mer, de poulets ainsi que les tenancières de restaurants de fortune vulgairement appelés « Malewa » ont fait une amère expérience : les consommateurs se détournent systématiquement des denrées alimentaires couvertes. Avant d’acheter de quoi manger, le Kinois ou la Kinoise tient à palper, à évaluer avec ses yeux la quantité lui proposée et parfois à goûter un peu avant de lever une option définitive.

Kinshasa est devenu un grand marché, où toutes les rues, avenues, trottoirs servent de galeries marchandes. Il est de plus en plus difficile de faire la différence entre un marché officiel et un « wenze » pirate, un magasin et l’échoppe d’un vendeur informel placé à l’entrée de celui-ci.

L’administration urbaine a un terrible challenge à réussir : celui de faire du « Salongo » un réel instrument de maintien des marchés en état de propreté, en mobilisant les moyens proportionnels aux attentes de notre mégapole.

                                                                                  Jacques Kimpozo

 

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