Marche interdite : l’Opposition ne peut pas organiser deux manifs le même jour

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On le savait depuis vendredi soir. Le gouvernement provincial de Kinshasa, par l’entremise de son ministre de l’intérieur Emmanuel Akweti, avait manifesté son opposition à la marche projetée par l’Opposition et qui devait partir de la Place de la Gare à Gombe  pour celle de la Victoire à Matonge, dans la commune de Kalamu.

Pour justifier sa position, le gouvernement provincial qui était saisi depuis une semaine soutient que l’Opposition ne peut pas organiser deux manifestations le même jour ! Et de préciser : un meeting étant déjà  autorisé dans la commune de Lemba, il se pose des problèmes d’ordre pratique pour l’encadrement des marcheurs. A Lemba, c’est le Front Populaire de LisangaBonganga qui lançait sa campagne contre la révision constitutionnelle tandis qu’à la Gare, plusieurs forces politiques et sociales qui s’étaient déjà signalées sur le même sujet de la Constitution à la Place Sainte Thérèse, dans la commune de Ndjili, avaient donné rendez-vous à leurs partisans.

         Ce qui est vrai, c’est que la marche qui  devait partir de la Gare pour aboutir à la Place de la Victoire intervenait le lendemain de la condamnation à douze mois de prison du député national Ewanga par la Cour Suprême de Justice dans des conditions qui ne rassurent pas tous ceux qui aspirent à une justice saine dans notre pays. On se rappelle que le périmètre de la haute cour était pris d’assaut  par des gros bras qui menaçaient tout le monde. A telle enseigne que les avocats de la défense ont dû déposer une plainte pour insécurité avant de se retirer purement et simplement, laissant leur client seul face aux juges. Est-ce la crainte de voir les supporters du député condamné saisir l’occasion de la marche pour dénoncer les travers de la justice ? Si tel était le cas, cela relève de la liberté de pensée et d’expression que leur reconnaît la Constitution et nul n’a le droit d’y faire obstacle. Pour le reste, le rôle de l’Etat est d’encadrer les manifestations  et de veiller à ce qu’elles se déroulent dans le respect de l’ordre public. Ce dernier point est du reste un engagement que les organisateurs des manifestations prennent vis-vis de l’autorité publique.

            En revisitant les justifications fournies par le ministre de l’intérieur Emmanuel Akweti, on ne peut manquer de s’étonner. Voilà ce qu’il dit clairement : «L’autorité urbaine a reçu les correspondances de deux formations politiques. Le tout premier a sollicité l’autorisation d’organiser un meeting dans la commune de Lemba, et le second a exprimé la volonté d’organiser une marche à travers la ville. Mais il se fait malheureusement que les deux événements  politiques ont été programmés pour le même jour et la même date ».    Conclusion : il fallait recaler l’un de deux et c’est pour cette raison que le gouvernement provincial n’avait pas pris acte  de la lettre annonçant l’organisation de la marche.

            Sans entrer dans le fond  du problème qui pose, on le rappelle, le principe du système déclaratif auquel sont simplement soumis les organisateurs des manifestations publiques, la prise de position du gouvernement provincial suscite des interrogations et des sérieuses inquiétudes.  Le pays vit en ce moment au rythme du débat sur la révision constitutionnelle voire le changement pur et simple de la constitution actuellement en vigueur.  L’initiative posant de sérieux problèmes politiques, la majorité au pouvoir envisage d’organiser un référendum populaire, et qui dit référendum dit obligatoirement organisation régulière des débats publics, des meetings et autres marches d’approbation ou de contestation.  Les partis politiques disposant chacun de sa personnalité politique propre, ils ont le droit constitutionnel d’être partout où le devoir de l’action les appelle. Ils ont le droit de faire des meetings chaque jour et l’autorité publique aura pour mission de les sécuriser partout où ils se trouveront. Mais à suivre la logique qui vient de nous être présentée, il est à craindre que les organisations politiques et sociales soient placées désormais sous le régime de l’action et de l’expression octroyées. On parle quand on est autorisé et on se tait lorsque le voisin doit s’exprimer.

            A quelques mois de l’organisation des élections  programmées par la Ceni, le signal qui vient d’être donné est une indication suffisamment nette que la voie de la transparence et de la crédibilité des scrutins que toutes les parties réclament de leurs vœux reste encore à construire. Il est important, si l’on veut mettre fin au régime des contestations des résultats  référendaires et/ou électoraux, de clarifier les règles du jeu et, surtout,  de respecter les droits de tous. Voilà qui confirme, ainsi que nous le soulignions il y a quelques jours dans ces mêmes colonnes, que la République Démocratique du Congo a besoin d’une Commission de Vérification et de Certification des Elections, et  non d’une Commission de Médiation, une structure que les confessions religieuses tentent inutilement de vendre à l’opinion alors qu’elles savent que celle-ci ne pourra que constater les dégâts avant de réciter des versets de la bible ou du coran pour justifier la demande d’un pardon qui ne répare pas l’injustice ou la tricherie.

C’est triste.

L.P.

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