Marche des députés contre la loi électorale

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Des députés membres du groupe parlementaire de l’Opposition ont surpris hier lundi 11 décembre 2017 les autorités civiles et militaires de la ville de Kinshasa, en improvisant une marche de protestation contre la loi électorale et la machine à voter. Partis de l’avenue de l’Enseignement, en transitant par le boulevard Triomphal peu avant la fin de la matinée, sous une pluie battante, ils se sont présentés jusqu’aux portes de la concession du Palais du peuple. Accompagnés des militants de leurs partis, ils ont battu le pavé avec des calicots porteurs d’un seul et même message : « Non à la nouvelle loi électorale ».

Selon quelques députés qui se sont exprimés pour la circonstance, cette marche se voulait l’expression de leur déception et indignation face au passage en force opéré par la Majorité Présidentielle au niveau de l’Assemblée Nationale, en procédant au vote de ladite loi en dépit de l’absence des élus de l’Opposition. A les en croire, d’autres manifestations pacifiques, avec la participation des masses populaires, sont prévues dans les jours et semaines à venir pour barrer la route à un texte qui tend à mettre fin au pluralisme politique en République Démocratique du Congo.

Il convient de signaler que pris de court, des éléments de la police alertés par leur hiérarchie sont arrivés sur les lieux plusieurs minutes après le bouclage de la marche. Dans leur élan de colère, ils se sont livrés à la chasse aux professionnels des médias qui ont eu le malheur d’assurer sa couverture. Quelques uns d’entre eux ont été brutalisés et leurs matériels de travail saisis.

Quant aux députés marcheurs, ils se sont dirigés, peu après leur mouvement de protestation, vers la salle où se tenait la plénière du Sénat, au Palais du Peuple, avec à l’ordre du jour l’examen de la mouture de la loi électorale déjà adoptée au niveau de la Chambre basse du Parlement. C’était, laisse-t-on entendre, pour soutenir moralement leurs collègues sénateurs de l’Opposition dont la mission est de faire échec à la manœuvre de la Majorité présidentielle consistant à modifier les règles du jeu à une année de la tenue des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales.

            On rappelle que le texte avalisé par l’Assemblée nationale consacre, entre autres innovations, l’application du seuil de 1 % de suffrages à réunir par un parti, un regroupement politique ou un candidat indépendant, pour prétendre à un siège au sein de cette institution et 3% pour les assemblées provinciales. Ce taux fait l’objet de contestations dans tous les camps politiques, en raison de ses velléités d’exclusion de plusieurs catégories de prétendants aux mandats électifs.

C’est le lieu de signaler qu’en dépit du brouhaha fait par les députés de l’Opposition, le Sénat a tenu hier sa plénière relative à la nouvelle loi électorale. Comme à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur, Emmanuel Shadari, a fait l’économie du texte aux Sénateurs, avant que ceux-ci ne s’engagent dans un débat houleux qui s’est prolongé jusque tard dans la soirée. A l’instar du décor de la Chambre basse du Parlement, le seuil de représentativité a terriblement divisé les intervenants. Quant à savoir si les Sénateurs vont rééditer « l’exploit » de janvier 2015, c’est-à-dire bloquer le texte venu de l’Assemblée Nationale, rien n’est moins sûr. De l’avis de nombreux observateurs, la seconde lecture ne serait qu’une formalité, le vote de la nouvelle loi électorale étant déjà acquis pour la famille politique du Chef de l’Etat.

KIMP