Marche du 21 janvier 2018 : la Cenco n’a pas lâché les laïcs catholiques !

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Une confusion a été créée délibérément, le week-end dernier, par des
officines politiques proches du pouvoir, autour de la circulaire de la
Cenco (Conférence Episcopale Nationale du Congo) adressée à l’ensemble
des Evêques catholiques du pays et en rapport avec l’appel du Comité
Laïc de Coordination pour une marche pacifique en faveur de
l’application stricte et intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016.
Signée de la main de Mgr Marcel Utembi, son président, la note disait
notamment :
« Je vous exhorte à rester dans ligne des deux derniers communiqués de
la Cenco ainsi que celui du Nonce Apostolique à ce sujet. Tout en
n’assumant pas cette marche comme étant organisée par la Cenco, il
faudra reconnaître que c’est une association reconnue dans un diocès
qui est interpellé par les deux derniers messages pastoraux de
l’Assemblée plénière.
Les laïcs peuvent s’organiser à leur niveau sans vous impliquer
directement dans l’action ».
D’aucuns ont vite crié à un lâchage de Thierry Nlandu, Isidore
Ndaywel, Justin Okana, Léonie Kandolo et d’autres animateurs du Comité
Laïc de Coordination par le Clergé de cette confession religieuse.
D’où des allusions malveillantes à l’endroit du Cardinal Laurent
MonsengwoPasinya, accusé d’avoir été isolé, de prendre partie contre
le pouvoir en place et d’avoir planifié des actions de désobéissance
civile devant déboucher sur un mouvement insurrectionnel. A terme, son
objectif serait de renverser les institutions républicaines légalement
établies.
Alors que la Cenco a paru aphone pendant 24 heures, elle a finalement
donné de la voix hier mardi 23 janvier 2018, par le biais de son
numéro un, Mgr Marcel Utembi. Dans un communiqué remis aux médias, il
a fait savoir que son institution était scandalisée par le bilan
macabre de six morts et de 127 blessés enregistrés lors de la
répression sanglante, par des forces de l’ordre, de la marche des
laïcs catholiques, organisée le dimanche 21 janvier dernier, en vue de
la revendication du respect de la Constitution et de l’Accord du 31
décembre 2016. La Cenco a condamné, en des termes très sévères,
l’usage disproportionné de la force et la violation, une fois de plus,
des lieux de cultes. Elle s’est dite particulièrement indignée de
l’attitude inexplicable des policiers, auxquels s’étaient mêlés des
militaires, qui ont attaqué, avec des armes à feu et des gaz
lacrymogènes, des fidèles catholiques, des religieux et des
religieuses non armés et manifestant pacifiquement, munis de bibles,
rameaux, chapelets et autres crucifix.
Marcel Utembi a réitéré, par la même occasion, tout son soutien au
Comité Laïc de Coordination, qu’il a une fois de plus reconnu comme
une structure légale, bien qu’indépendante de la haute direction de
l’Eglise catholique du Congo.
Très fâché contre les hommes au pouvoir, le président de la Cenco
leur a rappelé la liberté de manifester reconnue par le législateur à
chaque citoyen congolais et l’obligation, pour les autorités
politiques et administratives, d’encadrer les manifestations à
caractère pacifique.
La réaction musclée de la très haute hiérarchie de l’Eglise catholique
congolaise contre les violences sur les laïcs catholiques vient de
tordre nettement le cou, si besoin en était encore, à toutes les
campagnes d’intoxication qui faisaient croire à une grande division au
sein du Clergé catholique et un cavalier seul de l’Archevêque de
Kinshasa, le Cardinal Monsengwo, contre le pouvoir en place.
Il s’agit là d’une caution morale non négligeable pour le staff du
Comité Laïc de Coordination, que certaines méchantes langues tendaient
de peindre comme des électrons libres occupés à entraîner les
chrétiens catholiques dans une voie contraire à la mission pastorale
de leur communauté religieuse. Ainsi donc, les pendules étant remis à
l’heure, il appartient à chacun de constater que les laïcs catholiques
sont bel et bien en phase avec leurs encadreurs spirituels, qui
partagent totalement leur douleur en ces temps difficiles où les morts
et les blessés s’accumulent sur le long processus de la lutte pour la
démocratie et la tenue d’élections démocratiques, libres et
transparentes en vue d’un changement de gouvernance au sommet de
l’Etat.                         Kimp
COMMUNIQUE DE LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO
1. C’est avec grande consternation que nous avons appris de Son
Excellence Monseigneur Melchisédech SIKULI, Evêque de Butembo-Beni,
l’enlèvement de Monsieur l’Abbé Robert MASINDA et deux ingénieurs
agronomes: Messieurs Dieudonné SIRASA SANGALA et Augustin VYUNZA, à
Béni ce 22 janvier 2018 à 18h30 alors qu’ils revenaient de champs.
2. La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO)’ dénonce et
condamne fermement cet acte ignoble. Il est regrettable que les
malfaiteurs opèrent à répétition ces actes barbares en prenant pour
cibles les ecclésiastiques.
3. Nous rappelons que les Abbés Jean-Pierre AKILIMALI et Charles
KIPASA ont été enlevés le 17 juillet 2017, ainsi que les Pères
assomptionnistes Jean-Pierre NDULANI, Edmond KISUGHU et Anselme
WASUKUNDI enlevés le 19 octobre 2012 dans le territoire de Béni.
Jusqu’aujourd’hui nous n’avons pas de leurs nouvelles.

4. La CENCO exige la remise en liberté immédiate de toutes ces
personnes; elle en appelle aux Autorités congolaises et à la MONUSCO,
garants de la sécurité des populations, de faire tout ce qui est dans
leur pouvoir pour retrouver nos frères enlevés et de mettre fin à ces
enlèvements des ecclésiastiques et des paisibles citoyens.
5. Elle demande que les actions concrètes soient posées pour
identifier rapidement les auteurs de ces crimes et de les mettre hors
d’état de nuire.
6. Elle exprime.sa compassion et sa solidarité à Son Excellence
Monseigneur SIKULI et aux familles de nos frères qui ont été enlevés.
Elle les rassure de ses ferventes prières. Que la Sainte Vierge Marie,
Notre Dame de l’Espérance, obtienne de Dieu le Père, la protection et
la libération immédiate de nos frères.

Fait à Kinshasa, le 23 janvier 2018

Marcel Utembi TAPA
Archevêque de Kisangani
Président de la CENCO