Mapping Report : le Rwanda tente de brouiller les pistes, un piège terrible

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La ministre rwandaise des Affaires Etrangères, Louise Mushikiwabo, séjourne depuis le dernier week-end à Kinshasa, à la tête d’une délégation au sein de laquelle se trouve son collègue de la Justice. On laisse entendre qu’elle est venue discuter, avec son homologue congolais Alexis Thambwe Mwamba, de l’avant-projet du rapport de l’ONU sur les violations des droits de l’homme en RDC entre 1993 et 2003, ainsi que des possibilités d’exploitation du gaz méthane du lac Kivu et de la libre optique le long de frontière commune. 

            S’agissant du document de près de 600 pages en circulation dans les médias depuis trois semaines et dans lequel plusieurs Etats de l’Afrique Centrale, des Grands Lacs et d’Afrique Australe ainsi que des armées et groupes armés congolais et étrangers sont gravement impliqués, personne n’ignore l’agitation qu’il a provoquée du côté de Kigali. L’opinion congolaise est fort surprise d’apprendre que Kinshasa et Kigali ont décidé de se mettre autour de la même table pour examiner ledit rapport.

            Puisque des faits précis sont imputés aux Etats, des individus ou groupes d’individus clairement identifiés, l’on s’interroge sur le sens et l’opportunité d’une concertation préalable entre les gouvernements congolais et rwandais. Ce que l’on sait, à ce stade, est que le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme a fait parvenir sa « mouture » à chacun des Etats épinglés et qu’il appartient à chacun d’entre eux de lui retourner ses « observations », avant la fin de ce mois.

            En acceptant de se mettre à la même table que Kigali pour revisiter de présumés crimes de guerres et crimes contre l’humanité dont les principales victimes étaient des citoyens congolais, la RDC donne l’impression, sinon de vouloir adopter la même ligne de défense que le Rwanda, en tout cas de lui apporter des éléments de défense de nature à brouiller les pistes. 

Parlementaires : vigilance ! 

            Les patriotiques s’empressent, à ce sujet, d’interpeller les parlementaires en instance d’entamer leur session traditionnelle de fin d’année. Aux députés et sénateurs, il est demandé d’ouvrir l’œil et le bon, de manière à contrecarrer toute attitude de faiblesse éventuelle de l’exécutif national face à la pression politico-diplomatique rwandaise visant la mise entre parenthèse de la mémoire de plus de 5 millions de Congolais ayant perdu la vie à cause des guerres imposées à leur pays par des voisins belliqueux.

            Car, si ces compatriotes morts ne trouvent pas d’avocats suffisamment nationalistes et honnêtes pour la défense de leur cause au niveau de la « tribune » des Nations Unies, ils risquent d’être versés au compte des pertes et profits après le 1er octobre 2010, date annoncée pour la publication officielle de la version définitive du « Mapping Report ». C’est le moment ou jamais, pour le Sénat et l’Assemblée Nationale, de poser au gouvernement la question de savoir s’il est « victime » ou « complice » de Kigali dans la relecture des événements malheureux qui se sont passés sur le territoire national entre 1993 et 2003. C’est aussi l’occasion pour les membres de ces institutions de se montrer suffisamment vigilants pour l’empêcher de tomber dans le piège de Kigali. 

A chaque prévenu de préparer sa défense

            Jusqu’à preuve du contraire, le pouvoir en place à Kinshasa n’est pas accusé de participation aux massacres, viols massifs, tortures, arrestations arbitraires, destructions méchantes d’infrastructures, fosses communes… signalés dans le rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. En principe, Kinshasa devrait avoir sa conscience tranquille. Pour ce qui est des faits sous examen, il appartient au gouvernement rwandais de répondre aux accusations faisant état de l’extermination de plus d’un million des réfugiés Hutu en territoire congolais, sous couvert de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo). C’est aux gouvernements rwandais et ougandais de s’expliquer, par exemple, sur les morts et les destructions des infrastructures provoqués par leur « guerre de 6 jours » en juin 2000 à Kisangani.

            On attend de l’Angola ses moyens de défense au sujet du « nettoyage » des extrémistes Cabindais dans le Bas-Congo. Le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, la Namibie, le Zimbabwe, l’Erythrée et le Tchad sont les seuls habilités à dégager leur responsabilité dans les massacres commis par leurs troupes à l’occasion d’appuis ponctuels aux mouvements rebelles ou au gouvernement congolais.

Pour ce qui est des groupes armés congolais, on aimerait connaître les justificatifs d’actes ignobles tels la coupure du courant au barrage hydro-électrique d’Inga, l’abattage d’un avion civil au décollage de l’aéroport de Kindu, les massacres de Kasika, Makobola et Ankoro, le largage des bombes sur des villages à l’Equateur et en Province Orientale, l’opération « Effacez le tableau », les guerres fratricides entre Hema et Lendu, les massacres, viols, vols et destructions d’infrastructures opérés par les rebelles du RCD, du RCD-K-ML, du RCDN/, la nébuleuse Mai-Mai.

            Les « Mobutistes » devraient aussi passer à la barre au sujet des massacres, violations des droits de l’homme, traitements inhumains et dégradants infligés aux cadres et combattants des mouvements d’opposition, etc.

            Bref, chaque aspect du « génocide » retenu par le « Mapping Report » s’adresse à un prévenu bien ciblé. La moindre maladresse dans l’approche de ce dossier induirait pour ses auteurs congolais une condamnation $ pertuité au tribunal de l’histoire, de generation en génération.                                  Kimp

 

 

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