Manuel pédagogique : un écrivain jette un regard sur des pages sombres de la RDC

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La Commission nationale de l’Unesco a coordonné la rédaction d’un manuel  destiné aux élèves du secondaire et intitulé : Traite négrière, esclavage et violences coloniales en RDC. Le rédacteur du livre  , le prof  Mapwar de l’Université Catholique du Congo, était assisté par Valentin Mumba, chercheur et chef de division à l’Epsp.  Ce manuel a été conçu pour remédier à l’absence d’un livre approprié sur la traite des Noirs dans notre pays. 

            Le siège de l’Unesco/RDC a servi de cadre le vendredi 27 août 2010 à la remise  officielle dudit ouvrage au secrétariat  de la Commission nationale de l’Unesco.

            L’ouvrage a une centaine des pages et est  subdivisé en sept chapitres. Les populations du bassin du Congo et la naissance de la traite négrière, la traite occidentale en RDC, la traite orientale, la traite négrière et l’esclavage à l’époque de l’Etat Indépendant du Congo. Mais aussi, les violences à l’époque coloniale, les conséquences de ces crimes odieux…

 Au début du livre, Mapwar s’intéresse aux  populations du bassin du Congo (ngbaka, ngbandi, zande, shi, nande, lendu, hema, luba, kongo…), , et retrace l’historique de la traite négrière. 

Intérêts économiques… 

            Après les explorations de la côte atlantique de l’Afrique au 15 ème siècle et les découvertes de l’Amérique et des îles de l’océan atlantique, les Européens commencent à s’intéresser aux cultures de la canne à sucre, du coton, du café …. Et comme les Noirs peuvent s’adapter au climat de leurs colonies de l’Amérique centrale et méridionale, ils se décident à remplacer les indiens par une main-d’œuvre servile en provenance de l’Afrique. L’Eglise, les privés, les princes et les gouvernements  européens de l’époque, d’abord hostiles, s’y intéressent pour diverses raisons.

            Le théologien fait remarquer qu’en 1491 à la demande du roi Nzinga Nkuwu,  des missionnaires, maçons, menuisiers, artisans portugais débarquent dans le royaume Kongo, qui se christianise. Il décrit la perfidie des missionnaires, du roi portugais, le commerce lucratif des bateaux négriers qui partent de l’Europe chargés d’étoffes, de fusils, d’alcools, et d’autres objets de  pacotille à échanger avec les esclaves noirs… Prenant soin d’indiquer que des fois, les princes africains se débarrassaient de leurs sujets insoumis en les vendant comme esclaves.

La traite négrière à l’Est de la RDC. est difficile à expliquer  en raison de sa complexité.

            A partir du 19ème siècle, les  cultures européenne et arabe vont se dresser l’une contre l’autre.  Arabes et Européens ont pour objectif d’occuper l’Est du pays   pour exploiter les ressources de cette contrée et pratiquer le commerce.

            L’auteur parle alors pêle-mêle de la progression arabe de 1880 à 1892, de Tippo- Tipo et des explorateurs Stanley,  Van Gèle… 

L’Etat léopoldien 

            Au chapitre IV, le théologien  évoque le règne du roi Léopold II en Belgique. Il accède au trône en 1865. Il est  ambitieux, tenace et rusé. Après avoir  envisagé plusieurs aventures d’achat des territoires en Malaisie orientale, au Mozambique, aux Philippines , au Japon…, il réussira à créer l’Etat Indépendant du Congo. Ses agents au Congo,  en quête du caoutchouc, de l’ivoire.. pour le compte de leur maître  se sont illustrés par une brutalité inouie.

            Le souverain belge s’est battu en compagnie d’autres monarques pour déterminer une politique commune face au trafic négrier. Il y parvient. Au Congrès de Vienne en 1815 et à la Conférence de Vérone en Italie, les Européens prirent des  résolutions condamnant le commerce des esclaves.

            A la fin du livre, le doyen de la Faculté de Théologie s’attarde sur les conséquences de la traite négrière et de l’esclavage en RDC, les pratiques assimilables  aux formes modernes de l’esclavage, la chronologie de la traite négrière, les lieux de mémoire. 

Un bébé avide d’avoir de petits frère. 

Le livre en soi est intéressant, mais gagnerait à être enrichi pour servir aux étudiants de nos universités. Par contre, ceux du primaire auront certainement du mal à l’utiliser.

            Albert Kasongo, secrétaire permanent à la commission nationale de l’Unesco, a pris bonne note de ces remarques. Il a appelé  par la même occasion de tous ses vœux, la venue d’autres petits frères après la naissance du bébé dénommé « Traite négrière, esclavage, violences coloniales en RDC. ». Il a fait état d’un projet de l’Unesco en RDC intitulé : la Route de l’esclave.  Projet certes accepté par les décideurs politiques congolais et qui tarde à se matérialiser.          

            Parmi les officiels, on a noté la présence d’un conseiller du ministre de la Culture et des Arts, en la personne d’Hilaire Mankindu.  Pour ce collaborateur de la ministre Kavira, la traite des noirs est une question fondamentale. «En la maîtrisant, nous avons donc l’opportunité de rétablir la vérité,  de se faire une idée de la contribution de l’Africain à la civilisation mondiale. Et partant de ne pas chercher à avoir des attitudes revanchardes mais à cultiver la tolérance. Il a dit enfin que l’utilisation de ce manuel sera précédée de la formation des inspecteurs.

            Ce manuel a été parrainé par le bureau de l’Unesco/Kinshasa. C’est la raison pour laquelle, le prof Yoka, un des animateurs de ce bureau était présent à cette manifestation le vendredi 27 août 2010.

Jean- Pierre Nkutu

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