Manipulation et conservation des billets de banque: J.C. Masangu lance la campagne «Pesa nga valeur na nga»

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Des billets de banque en circulation en RDC, imprimés avec une qualité irréprochable, il y a quelques années, sont aujourd’hui méconnaissables. Après une odyssée à travers le marché financier, ces billets de banque déteints, sentant mauvais et déchiquetés, sont difficilement acceptés par les consommateurs exigeants.

Ces billets en lambeaux, ramollis et racolés avec d’autres morceaux de billets de faible valeur, ont reçu une appellation qui cadre avec la situation de conflit qui a persisté dans notre pays, «  blessés de guerre ». Alors que les coupures de dollars américains imprimées à la même époque, et qui ont suivi le même parcours, sont toujours intactes, presque neuves, parce que mieux conservées. 

            C’est pour rompre avec les mauvaises pratiques du passé, s’interdire les tortures infligées à toutes ces coupures de la monnaie et désormais veiller au traitement méticuleux  des billets de banque, que l’Institut d’émission a lancé depuis vendredi soir au Salon Congo du Grand Hôtel Kinshasa, en présence des sénateurs et députés, des membres du gouvernement, des mandataires publics, des banquiers, des changeurs de monnaie et des opérateurs économiques, la campagne de sensibilisation dénommée «Pesa nga valeur na nga », ce qui signifie donne-moi ma valeur ».

 Témoins privilégiés  de cette manifestation, les artistes-musiciens, les comédiens et la presse, tous invités à participer à cette campagne pour lui garantir ses chances de succès.

            Dans son allocution, le gouverneur de la Banque centrale du Congo a rappelé à dessein, la naissance de la monnaie nationale qui a été mise en circulation le 30 juin 1998, après qu’elle ait été instituée par le décret-loi n° 080 du 17 juin 1998, en remplacement du Zaïre et du Nouveau Zaïre. L’avènement du Franc congolais à cette date ne fut pas un simple hasard de calendrier. En effet, pour tous les Congolais, le 30 juin, jour anniversaire de notre indépendance, est gravé dans la mémoire collective comme symbole éminent de notre appartenance à une même nation. 

«Une monnaie unique, pour un peuple uni » 

            On le sait, neuf mois plus tôt un nouveau régime s’installait à Kinshasa. Et par ailleurs, six ans durant, a fait observer Jean-Claude Masangu, avant le lancement du Franc congolais, le pays était divisé en quatre espaces monétaires». Il nous fallait donc rassembler et fédérer les Congolais tous ensemble. D’où, la fameuse devise «  Une monnaie unique, pour un peuple uni » immortalisée par l’hymne-fétiche du Mwana Mpo, dédié au Franc Congolais. Cet hymne symbolise avec un rare talent, l’unité retrouvée grâce à une harmonieuse exécution assurée par un ensemble momentané de 40 virtuoses artistes-musiciens, dont certains d’entre eux se retrouvaient vendredi dernier soir, au Grand Hôtel Kinshasa.

            Ce décor historique planté, le gouverneur de la Banque centrale a évoqué alors le calvaire subi par le Franc congolais. Bien que tout était parfait au départ, à son lancement, mais au fil du temps, de la période de la guerre d’agression à celle de la Transition, suivie de la mise en place de nouvelles institutions de la république, bon nombre de nos billets de banque n’avaient pas cessé d’afficher une usure très avancée. Cette situation, a noté Jean-Claude Masangu, est due notamment à la sous-bancarisation et à l’insuffisance de guichets, tout comme au maintien en circulation du billet bien au-delà de sa durée de vie normale, mais aussi à l’absence quasi généralisée de tradition de bonnes pratiques de manipulation et de conservation de notre monnaie-papier.

            C’est pourquoi la Haute direction de la Banque centrale a estimé que le moment était venu de donner un coup de barre à cette dérive qui menaçait de devenir irréversible en lançant cette campagne de sensibilisation.

            Rappelant l’une des missions essentielles de son institution,  dans le domaine de la monnaie fiduciaire, il a martelé que c’est d’assurer la conservation ainsi que l’amélioration de la qualité des billets qui circulent dans le pays.

             Dans l’exécution de cette mission, a-t-il insisté, la BCC est en pleine modernisation aussi bien au siège que dans ses principales représentations provinciales. L’objectif affiché, étant d’accroître la capacité de l’Institut d’émission à traiter automatiquement les billets de banque. Ce qui veut dire, a-t-il souligné, compter et empaqueter, trier les billets impropres des billets propres à la circulation. Les premiers pour être retirés et détruits en vue de leur remplacement par des billets neufs et les seconds pour leur réinjection dans l’économie.

            Pour terminer, le patron de l’Institut d’émission a évoqué la note très salée que représente le remplacement des billets usés. En effet, l’amélioration de la qualité de la circulation fiduciaire est aussi tributaire d’une bonne politique en matière de remplacement des billets usés par des billets neufs. La Banque y veille et le gouverneur de la BCC, a plaidé qu’elle soit accompagnée, étant donné que l’effort requis est de portée nationale. Chaque billet neuf émis représente un coût qui vient s’ajouter aux autres coûts de stockage des billets usés et du processus de leur destruction. A terme, déplore Jean-Claude Masangu, la facture s’avère très lourde, aussi bien pour la Banque centrale  que par ricochet, pour l’Etat congolais lui-même.

            Le patron de l’Institut d’émission a terminé son allocution par quelques recommandations que les consommateurs des billets de banque doivent intérioriser.

            Le Franc congolais, notre monnaie nationale, est un des attributs de notre souveraineté. Il mérite par conséquent, a fait remarquer Jean-Claude Masangu, qu’on lui témoigne le même respect que celui dû, à titre d’exemple, au drapeau et à l’hymne national. 

Projection des spots montrant les tortures infligées au Franc congolais 

            Modérateur du jour, le conseiller à la Haute direction, Honoré Mulangu, a fait projeter pour l’assistance, une série des spots montrant les séances des tortures infligées au Franc congolais, par ses bourreaux. C’est en somme un répertoire de mauvaises pratiques auxquelles s’adonnent au quotidien et dans leurs activités professionnelles, certains consommateurs. Epinglant quelques professions peuplées par les tortionnaires des billets de banque, il a cité les receveurs de bus, les vendeuses d’huiles végétales, les marchands de viande et les barmen. Dans cette énumération, le conseiller Honoré Mulangu n’a pas oublié les marchands ambulants dits «  chayeurs ».

            Après un intermède musical, Honoré Mulangu a ensuite stigmatisé les mauvaises pratiques que doivent bannir les consommateurs des billets de banque, afin de leur procurer une durée de vie plus longue. Entre autres, il a signalé celles qui consistent à enfouir les billets de banque dans les chaussettes, cacher sous le matelas, pliés entre les doigts, badigeonnés d’huile de palme ou d’arachide. Pire, certaines dames ne se privent pas de les dissimuler dans le soutien-gorge, ou de les plier pour se curer les ongles.

            Des séquences des diamantaires qui s’en servaient comme pellettes des grains de diamants dans les comptoirs, ou qui les comptaient avec les mains recouvertes de la pâte de manioc et de la sauce de viande. On a vu des scènes habituelles des fêtards qui déversaient les billets de banque sur les mariés, et marchaient dessus comme sur du tapis. Ce n’est pas tout. Des mamans qui emballent des billets au coin de pagnes, qui les glissent dans des sachets des chinchards frais.

            Des gestes pourtant quotidiens qui au fil de la projection des spots, provoquaient la désapprobation de l’assistance.

            Conséquence de toute cette panoplie des tortures, les billets fanés, défigurés et mutilés, doivent se rendre prématurément à l’incinérateur. Et comme cela doit se faire selon certains principes, la BCC doit pourvoir à leur remplacement pour éviter leur pénurie dans l’économie.

            Recommandations du conseiller à la Haute direction, les billets de banque méritent d’être rangés soigneusement dans les mallettes, les cartables et le porte-monnaie ou un sac rattaché autour des reins appelé «  mousachino ».

            Signalons à cette occasion, que le thème de la campagne de sensibilisation «  pesa nga valeur na nga » trouve tout son sens. Car, mutilés, déchiquetés, couverts de moisissure, les billets de Franc congolais ne devaient revendiquer qu’un minimum de respect dans leur manipulation et leur conservation, autant que celui accordé aux devises étrangères.

            C’est à ce devoir civique que l’autorité monétaire nous convie.

           J.R.T.                

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