Manifestations publiques : si Kimbuta n’interdisais pas ?

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Un fait a marqué le meeting de Félix Tshisekedi le mardi 24 avril 2018 à la Place Sainte Thérèse. En dépit de la présence d’une nombreuse foule, évaluée à plusieurs dizaines de milliers de personnes, et d’un fort déploiement des éléments de la police, aucun incident majeur n’a été enregistré ni au lieu de la manifestation, ni sur le parcours qu’a emprunté l’escorte du nouveau président national de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), à l’aller comme au retour, entre les communes de N’Djili et Limete.

Pour tous ceux qui connaissent la ville de Kinshasa, le district de
la Tshangu avec les municipalités de N’Djili, Kimbanseke et Masina,
est réputé comme l’un des points les « plus chauds » de la capitale. A
priori, tout était à craindre avec des laissés pour compte de cette
partie de la capitale, auxquels se sont joints des milliers d’autres
venus d’autres communes déshéritées de Kinshasa, telles que Kisenso,
Limete (Mombele, Kingabwa, Paka-Djuma), Ngaba, Makala, Bumbu, Lemba
(Mbanza-Lemba, Kindele), Mont-Ngafula (Malweka, Kimbwala, Lutendele,
Mitendi),  Ngaliema (Camp Luka), etc.
Le bon déroulement de ce meeting remet sur le tapis la question de
l’encadrement des manifestations publiques non seulement à Kinshasa,
mais également dans d’autres parties de la République. Le mardi 24
avril 2018, tout s’est passé dans l’ordre et la discipline à la Place
Sainte Thérèse. On rappelle que la veille, le gouverneur de la ville
de Kinshasa, André Kimbuta, avait interpellé le Secrétaire général de
l’UDPS, Jean-Marc Kabund, sur le respect de la loi portant
organisation des manifestations et réunions publiques en RDC, en
mettant un accent particulier sur la responsabilité de son parti pour
la sécurité des personnes et de leurs biens sur les lieux.
Dès lors que les organisateurs ont correctement rempli leur part du
contrat sécuritaire avec l’autorité urbaine, les observateurs sont
tentés de pointer un doigt accusateur en direction de cette dernière,
au sujet des dérapages que l’on déplore lors de plusieurs activités
des partis politiques ou organisations de la société civile. En effet,
il a toujours été constaté que chaque fois que le gouverneur de
Kinshasa interdit une manifestation ou réunion publique, l’on assiste
à des actes de violences le plus souvent liées à l’usage
disproportionné de la force par des policiers auxquels se mêlent des
combattants de l’armée régulière.
Les cas les plus récents et douloureux sont ceux des marches
pacifiques des chrétiens catholiques le 31 décembre 2017, le 21
janvier 2018 et le 25 février 2018. Le sang a abondamment coulé, en
ces occasions, selon le rapport de la Commission d’Enquête Mixte mise
sur pied par le ministère des Droits Humains, à cause du recours
désordonné des forces de l’ordre et de sécurité aux gaz lacrymogènes
et aux balles réelles. Pourtant, les marcheurs n’avaient, pour « armes
», que des bibles, chapelets, rameaux et papiers mouchoirs.
On rappelle, pour les besoins de l’histoire, que lors du retour
triomphal d’Etienne Tshisekedi à Kinshasa, le 27 juillet 2016 et de
son meeting à l’esplanade du boulevard Triomphal, le 31 juillet de la
même année, pour le compte du Rassemblement, qui venait de voir le
jour à Genval (Belgique), un mois plus tôt, il n’y avait eu ni blessé,
ni mort, tant du côté des civils que des hommes en uniforme, pour la
bonne et simple raison que le gouverneur Kimbuta avait donné son feu
vert aux organisateurs de ces deux événements.

Si Kimbuta prenait toujours acte…

Au regard de la réussite, politique et sécuritaire du meeting de
l’UDPS à N’Djili, d’aucuns pensent que si le gouverneur Kimbuta se
conformait aux textes légaux, sans agenda caché, on connaitrait de
moins en moins des dérapages lors des manifestations et réunions
publiques à caractère politique à Kinshasa. En cette année électorale,
Kinoises et Kinois ont soif de prendre connaissance des hommes et des
femmes qui leur promettent un « Congo nouveau », du côté tant de la
Majorité présidentielle que de l’Opposition. Les condamner à la pensée
unique, comme sous le régime du MPR/ Parti-Etat, c’est fausser
terriblement le jeu démocratique et installer en eux des frustrations
de nature à exploser à la moindre obstruction policière.
L’éveil des consciences se trouve à un degré tel que dès que ses
administrés sentent que l’autorité urbaine empiète sur leur droit
légitime de manifester pacifiquement ou de prendre part à un meeting,
il s’ensuit le refus de se plier à une mesure illégale. Le gouverneur
Kimbuta, n’ignore pas que le législateur lui fait obligation de
prendre acte de l’information relative à la manifestation ou réunion
publique. Par conséquent, lorsqu’il applique correctement la loi, cela
ne fait aucun mal à la ville.
Kimp