Manifestation d’étudiants de l’Unikin contre la chute de Goma : une journaliste du «Phare» arrêtée, tabassée puis relâchée

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La rédaction du « Phare » était en état d’alerte maximale durant tout l’après-midi d’hier mercredi, après avoir perdu tout contact avec sa journaliste Dorcas Somwe, partie précipitamment le matin en reportage sur le campus de l’Université de Kinshasa, où une source indépendante venait de signaler une manifestation spontanée d’étudiants, fâchés contre la prise de Goma par le M23. Notre jeune consoeur était « hors périmètre » jusqu’à 17 heures, moment où elle a répondu aux multiples appels de sa hiérarchie, fort inquiète de ne pas la voir donner signer de vie depuis 12 heures.

En pleurs et d’une voix tremblotante, elle a fait savoir qu’elle se trouvait en état d’arrestation et en passe d’être transférée vers un lieu de détention inconnu d’elle. Aussitôt après, «Le Phare » a donné l’alerte en direction des organisations professionnelles, notamment l’Omec (Observatoire des Médias Congolais), l’UNPC (Union Nationale de la Presse du Congo), JED (Journaliste en Danger), OLPA (Observatoire de la Liberté de Presse en Afrique), CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), mais aussi du cabinet du ministre des Médias, de l’Inspection provinciale de la Police de Kinshasa et des anonymes qui n’ont pas souhaité être cités. Après un certain temps de flottement, c’est le général Jean de Dieu Oleko en personne qui a fini par faire débloquer la situation vers 19 heures. Le quotidien de l’avenue Lukusa salue la diligente avec laquelle il a réagi à sa requête formulée au téléphone.

            Sérieusement traumatisée au moment de son arrestation et délestée de certains de ses effets, dont une somme de cinquante dollars américains et trois mille francs congolais, Dorcas Somwe n’a pu quitter Matete pour le siège du journal que grâce au concours de bons samaritains. Opérée de la jambe droite au Centre de Rééducation pour Handicapés Physiques au mois de mars dernier après avoir été victime d’un accident de circulation, notre malheureuse consoeur encore en phase de rééducation était fort mal en point, à la suite de son passage à tabac.

            Le  récit qu’elle a fait de son calvaire, était à fendre le cœur. Tout a commencé vers 12 heures, a-t-elle indiqué, lorsqu’un individu en civil l’a interpellée pendant qu’elle suivait le chassé-croisé entre policiers et étudiants, du côté de l’Intendance générale de l’Université de Kinshasa. Le carnet de notes qu’elle avait en mains a constitué l’objet du délit. L’homme a peu après fait venir une policière en tenue qui a ordonné à Dorcas Somwe de ne plus bouger, car elle se trouvait en état d’arrestation.

            Sur un de ses signes, une jeep bourrée de policiers a fait mouvement vers elle. En deux temps, trois mouvements, ceux-ci l’ont jetée à terre avant de se mettre à faire pleuvoir des coups sur elle. Puis, elle été soulevée de terre et jetée dans la jeep, sous les bottes de ses geôliers. Son sac à mains, son téléphone, ses babouches, des colliers de perles ainsi que l’argent avaient été saisis sur ordre de celui qui commandait le groupe. De 12 heures à 14 heures, elle n’avait que ses larmes pour pleurer, sous la banquette de la Jeep, comme une criminelle.

            Puis, une dame en civil, après l’avoir soumise à un interrogatoire sommaire et constaté qu’elle était de la presse, a recommandé aux policiers de cesser de la maltraiter. C’est autour de 15 heures que Dorcas Somwe a finalement été conduite au bureau de la police du District du Mont Amba, à côté du marché de Matete, en face de l’espace Somida. Verbalisée par un officier en civil prénommé Gédéon, il lui était reproché de s’être trouvée sans raison valable sur le campus de l’Université de Kinshasa. Selon l’OPJ, ses notes de reportage étaient compromettantes.

            Ainsi, de 16 heures à 19 heures, Dorcas Somwe ignorait le sort qui allait lui être réservé, alors qu’elle s’était retrouvée à l’Unikin par un pur coup du hasard et en qualité de journalistes, c’est-à-dire d’une personne dont le métier consiste à  chercher, collecter, traiter et diffuser l’information. « Le Phare » est fort indigné des traitements inhumains et dégradants subi par sa journaliste, qui a eu le tort de se trouver sur son terrain nature, celui de l’information. Notre Rédaction met quiconque au défi de lui démontrer que les événements d’hier l’Unikin n’étaient des faits à exploiter par les médias, en ce moment où s’enchaînent, aux quatre coins du pays, des manifestations de colère contre l’occupation de Goma par les rebelles du M23. Pas plus tard que mardi, le Chef de l’Etat a lancé un appel à la mobilisation générale et à la résistance. Dorcas Somwe a-t-elle commis une faute professionnelle en allant couvrir une manifestation publique ? Qui avait peur de son reportage ?

L.P.

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