Mal gouvernance en RDC : les craintes justifiées des partenaires au Développement

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Futur pays émergent pour sa diaspora, son élite intellectuelle interne et ses dirigeants actuels, futur pôle de développement de l’Afrique centrale pour la Commission économique pour l’Afrique et l’Union africaine, et futur contributeur de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, la RDC de par ses potentialités et sa position géostratégique privilégiée, demeure ce grand pays plein des promesses au cœur de l’Afrique. Les bailleurs de fonds venus de divers horizons continuent de se donner toutes les raisons du monde pour y parsemer des investissements dans des secteurs-clés de son économie. Notamment dans les mines, l’exploitation forestière, les télécommunications, le pétrole, l’industrie brassicole et l’agro-alimentaire, pour ne citer que ceux-là.
Les investisseurs qui se pressent aujourd’hui à ses portes, estiment les uns, que, malgré l’instabilité chronique de sa situation sécuritaire à l’Est, la RDC offre en cette période trouble, des conditions propices pour faire de «bonnes affaires», et les autres échaudés par les conflits armés récurrents dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu et Orientale, choisissent des destinations plus favorables pour faire fructifier leurs capitaux. Ils déplorent également le climat des affaires qui n’attire pas les investissements directs étrangers, comme relevé dans le Rapport Doing Business de la Banque mondiale. A ce sujet, ils évoquent l’insécurité juridique et judiciaire, à laquelle s’ajoutent les tracasseries administratives et policières. Aucune province n’a résolu ces problèmes qui trahissent la passivité, sinon la complicité des autorités politico-administratives.
 
De beaux discours ont été entendus, des promesses faites, et le diagnostic de ces fléaux posé sans que la mise en œuvre des mesures de lutte préconisées lors de nombreux ateliers de réflexion, soit amorcée. Et l’espace d’un matin, après la permutation de quelques agents de l’Etat, les antivaleurs ont repris droit de cité, sans que cela n’émeuve les dirigeants qui s’en accommodent et ne perçoivent pas l’impact pour le développement du pays.
 
Depuis des décennies, des fonds importants ont été investis dans le développement de la RDC. Et à l’occasion des évaluations faites par les partenaires au développement, les mêmes griefs sont épinglés, au premier rang desquels on cite la corruption. Pas une corruption passive, mais agressive qui touche à la fois la plupart des secteurs de la vie nationale et d’importants services de l’Etat. Pire, on a relevé également la mal gouvernance qui gangrène toute l’administration publique.
Les partenaires au développement ne cessent de stigmatiser cet état de choses, lors des concertations avec les membres du gouvernement qui tout en reconnaissant les faiblesses enregistrées jusqu’ici, s’engagent à éradiquer le mal, sans circonscrire les vraies causes. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, le mal solidement enraciné dans les mœurs administratives, résiste à toute thérapeutique.
 
Divers programmes de réhabilitation des infrastructures routières, scolaires et sanitaires, financés par plusieurs partenaires extérieurs, comme on a pu s’en rendre compte, n’ont pas été achevés totalement, parce qu’une partie des fonds a été consacrée à d’autres besoins non prioritaires. Et les dirigeants quelque peu tétanisés, n’ont toujours pas exigé des comptes aux entreprises chargées de l’exécution des chantiers suspendus, ni des fonctionnaires chargés de les contrôler. Que des risques n’ont pas alors été évoqués avant la mise en œuvre de nouveaux projets de développement !
Citons entre autres la faible capacité des ministères dans la gestion de certains dossiers techniques, l’absence d’équipements de travail et de mobilité, l’absence des statistiques, la carence d’experts et de techniciens, les résistances à faire aboutir des réformes de l’armée, de la police, des entreprises publiques, des régies financières et de la fonction publique. L’opacité dans la gestion dans le secteur pétrolier, minier et des ressources extractives, les difficultés de coordination des financements internationaux et la dégradation de la situation sécuritaire, ainsi que la faible capacité de la société civile et du secteur privé, sont là autant des craintes émises par les partenaires extérieurs qui accompagnent la RDC, depuis des années et qui ne s’expliquent pas les pesanteurs qui empêchent son développement harmonieux.  
 
Des observateurs de la scène politique congolaise restent convaincus que si une volonté ferme était affichée depuis lors et si une gestion rigoureuse des ressources extérieures était engagée dans l’exécution de tous les projets de développement, plusieurs réformes auraient abouti et la RDC serait devenue l’un des pays émergents d’Afrique. Elle constituerait le troisième pôle de développement de l’Afrique centrale, et serait l’un de grands contributeurs de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, avec un taux de croissance et un PIB très élevés. 
 
J.R.T.

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