Maison Schengen : toujours le statu quo

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On en est à plus d’un mois depuis que le gouvernement de Kinshasa avait pris la décision de fermer la Maison Schengen située sur l’avenue de l’ex-24 Novembre. C’est pourtant dans ce bâtiment occupant une partie visible de l’espace territorial belge en RDC que tous les voyageurs, toutes nationalités confondues, voulant se rendre dans l’un des 17 Etats de l’Union Européenne déposaient leurs demandes des visas.

Cette mesure était venue se greffer sur d’autres toujours prises au même moment par le gouvernement de Kinshasa sous forme des représailles, en réponse à une décision arrêtée par le gouvernement de sa Majesté Le Roi Philippe II relative à la suspension de la
coopération structurelle et à l’élimination du gouvernement congolais de la chaîne de l’aide humanitaire évaluée à 25 millions d’Euros. Il s’en était suivi la fermeture du Consulat congolais à Anvers et par voie de conséquence et conformément à l’un des éléments du Traité de Vienne sur les relations entre Etats membres de l’ONU, à savoir le
principe de droit international de la réciprocité, la fermeture de
l’un de ses deux consulats, soit celui de Goma ou soit celui de
Lubumbashi. Sur le plan commercial, Kinshasa avait aussi demandé la
réduction du nombre de vols devant passer de sept à quatre rotations
par semaine pour la compagnie aérienne battant pavillon belge, à
savoir SN Brussels.
Dans un premier temps, l’opinion n’avait pas évalué à juste titre
l’étendue des dégâts à court et long terme résultant de cette escalade
inattendue entre le Congo et son ancienne métropole et probablement
les autres Etats de l’espace Schengen.

La pomme de discorde
Pour Kinshasa la goutte qui a fait déborder le vase résulte de la
mesure prise par le gouvernement du Royaume de Belgique de réduire au
strict minimum son assistance financière pour le développement en
canalisant le gros des différents financements de sa coopération vers
les organisations. Bruxelles avait justifié son comportement par la
détérioration du climat sociopolitique caractérisé par des mesures de
répression violente contre les manifestations pacifiques pour réclamer
l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre censé amener
le pays vers des élections démocratiques, libres et transparentes pour
faciliter une alternance politique par la passation pacifique du
pouvoir.
Un dialogue des sourds s’était installé entre les deux Etats pourtant
condamnés à vivre en parfaite communion du fait d’avoir partagé une
même histoire depuis 1885 au lendemain de la Conférence Géographique
Internationale de Berlin. Qui avait partagé l’espace territorial
africain entre les différentes puissances européennes de l’époque. Le
Roi Léopold II de la Belgique obtenait ainsi l’Etat Indépendant du
Congo sous deux conditions, à savoir faire du bassin du Congo un
espace libre pour le commerce international, abolir l’esclavagisme
pour y introduire la civilisation.

Perte des recettes

La réduction du nombre des vols de sept à quatre par semaine pour la
compagnie aérienne SN Brussels s’est traduite par la perte des
recettes énormes pour les agences de voyage, les taxes aéroportuaires,
notamment les interventions au sol, le Go Pass, les droits de survol,
les frais de douane et bien d’autres.

Dialogue des sourds

Est-ce que le gouvernement de Kinshasa s’était-il rendu compte qu’il
venait par ces actes de déclencher à la fois plusieurs fronts, tant
sur le plan diplomatique, politique qu’économique et social ?
L’histoire dira un jour son mot, mais toujours est-il qu’il est
demeuré sourd à toutes les démarches entreprises par des hommes de
bonne volonté qui avaient probablement pris la sensibilité et la
gravité de la situation de par les conséquences qui en découleraient à
court et long terme. Etant donné fait que ces mesures, selon certains
milieux, constituaient des sanctions sévères à l’endroit des citoyens
congolais, particulièrement dans le domaine d’octroi des visas à court
terme et qui sont les plus demandés. Ceux à long terme toujours et
encore sollicités par des officiels et autres grands hommes d’affaires
qui sont moins nombreux et voyagent très rarement. Or, les voyageurs
les plus nombreux sont ceux qui recourent aux visas à court terme,
pour des raisons diverses. A ce jour, la plupart des Etats de l’espace
Schengen continuent à octroyer des visas à long terme comme à
l’accoutumée, la Maison Schengen n’octroyant que les visas à court
terme.
Par contre, pour le gouvernement de la République, l’honorabilité, la
respectabilité des dirigeants et la souveraineté de l’Etat ne sont pas
à marchander quel qu’en soit le prix. Kinshasa s’accroche
désespérément sur la faculté de chaque ambassade de revenir à l’octroi
des visas pour toutes les catégories. Tandis que pour les Etats de
l’espace Schengen, l’instauration du système de la maison unique pour
ce genre d’opération relève des accords librement conclus au niveau de
l’Union Européenne. Et conformément au principe du parallélisme des
formes, il faut revenir à l’origine de ce principe pour une quelconque
modification. Autrement dit, pas question d’obéir à un diktat au
risque d’humilier un Etat membre et qui, comme par hasard, abrite deux
grands sièges, dont celui de l’Union Européenne et celui de l’Otan. On
est donc devant un dialogue des sourds. Malheureusement, ce sont les
couches modestes de la nation congolaise qui en paient le prix fort.
Chaque partie est appelée à mettre de l’eau dans son  vin en vue de
relancer vivement des négociations pour revenir à la case de départ,
s’est exclamé un vieil diplomate congolais aujourd’hui admis à une
retraite apaisée et honorable.

F.M.