Machine à voter : la mise en garde des Sud-Coréens

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Décriée par des pans entiers de l’opinion congolaise et une large portion de la communauté internationale, la machine à voter continue de faire l’objet d’une campagne agressive de publicité du côté de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Ici, on persiste à louer ses vertus : réduction sensible des coûts des élections et des délais de compilation des résultats, haute fiabilité du vote. Selon Corneille Nangaa, président de cette institution d’appui à la démocratie, sans la machine à voter, les élections présidentielle, législatives nationales et provinciales ne pourraient avoir lieu en
décembre 2018. Par ailleurs, les trois scrutins devraient coûter plus d’un demi milliard de dollars au lieu de moins que cela.

Pendant que les spéculations vont bon train autour des bienfaits et
méfaits de la machine à voter, une mise en garde de taille est venue
de l’Ambassade de Corée du Sud à Kinshasa. Selon un mail relayé par
Jeune Afrique,  le gouvernement de Séoul a interpellé dernièrement la
société sud-coréenne Miru Systems, auprès de laquelle la CENI a passé
commande d’un premier lot de machines à voter, sur « les risques
potentiels » que présentent lesdites machines en cas d’importation.
Précis, le courrier souligne qu’  « exporter ces machines au Congo
pourrait donner au gouvernement congolais un prétexte pour des
résultats indésirables liés aux élections, notamment un retard
additionnel à leur tenue »
Selon l’ONG Renadhoc, qui s’est saisie elle aussi du dossier, « ces
machines n’ont jamais été utilisées nulle part dans le monde et les
démonstrations effectuées en RDC sont loin de donner satisfaction ».
Son Directeur en charge des plaidoyers, monitorings et enquêtes, Me
William Wenga Bumba, rappelle que « les électeurs congolais sont
nombreux, en outre, à redouter qu’elles soient utilisées pour
organiser une fraude massive, plus discrète que celle qui avait poussé
les observateurs à considérer les élections présidentielle et
législatives de novembre  2011 comme non crédibles ».
Selon le même avocat, le Renadhoc reste saisi de cette question et
alerte en tant qu’organisation de la société civile congolaise ayant
une personnalité juridique, le gouvernement congolais pour son
opérationnalisation sur l’ensemble du territoire national, pour des
élections crédibles, correctes, justes et transparentes.
Cette sortie inattendue de l’ambassade de Corée à Kinshasa est
perçue, par les observateurs, comme une alerte à prendre très au
sérieux au sujet du déficit de fiabilité de la machine à voter. Cette
mise en garde est d’autant pertinente qu’elle concerne la firme
sud-coréenne sur laquelle s’appuie la CENI pour soutenir que la
machine à voter serait le kit électoral idéal pour minimiser les coûts
d’organisation des élections, faire éclater totalement la vérité des
urnes et publier les résultats à bref délai, voire le soir même des
scrutins.
D’aucuns pensent qu’au lieu de continuer à faire la sourde oreille,
le staff de cette institution d’appui à la démocratie devrait prendre
en compte toutes les critiques objectives qu’expriment au sujet de la
machine et penser à revenir au bulletin papier, pendant qu’il est
encore temps. On rappelle que dans le calendrier électoral, la date du
23 décembre 2018 avait été retenue en fonction de la commande, du
transport et du déploiement des bulletins papier pour les élections
présidentielle, législatives nationales et provinciales. Il n’y a pas
lieu de feindre la surprise à huit mois de la tenue de ces trois
scrutins.                Kimp

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