M23 : la capitulation

0
149

Al_Jazeera-M23_troops_in_Bunagana_3L’annonce de la capitulation du Mouvement du 23 Mars 2009 (M 23), à travers un communiqué portant la signature de son chef politique, Bertrand Bisimwa, devrait en principe marquer un tournant décisif dans la vie de cette « force négative », qui est censée avoir cessé officiellement d’exister. En pareilles circonstances, c’est en principe la partie victorieuse qui aurait dû imposer à celle qui a perdu la guerre, les conditions de sa reddition.

C’était le cas de l’Allemagne Fédérale face aux « Alliés » au terme de la Seconde Guerre Mondiale. On retient que par la volonté des vainqueurs, le pays avait éclaté en deux Républiques, l’une contrôlée par les USA et ses alliés occidentaux, l’autre par l’ex-Union Soviétique et ses satellites.

S’agissant du cas du M23, tout se passe comme si ses revers militaires sur les fronts de Kibumba, Kiwanja, Rutshuru, Rumangabo et Bunagana n’ont eu aucun impact sur les négociations de Kampala entre cette rébellion, désormais à conjuguer au passé, et le gouvernement congolais. Nos compatriotes ont la désagréable impression que ses ex-combattants en débandade et ses présumés chefs politiques ont des droits particuliers à faire valoir dans la capitale ougandaise. Il semble qu’un nouveau deal politique entre Kinshasa et le M23 serait le prix à payer pour obtenir le retrait définitif de Kagame de la scène congolaise, après qu’il ait accepté de se mettre volontairement et momentanément  hors jeu, à la suite des pressions américaines et britanniques. Par conséquent, l’échec des négociations de Kampala, soutiennent certaines sources, pourrait compliquer l’équation congolaise.

D’où ces questions qui appellent des réponses qui ne viennent toujours pas : pourquoi le facilitateur ougandais Crispus Kiyonga ne prend-il pas acte de la défaite militaire du M23 ? Pourquoi refuse-t-il de tirer les conséquences de la reconquête du Nord-Kivu par les FARDC ? Pourquoi la communauté internationale fait-elle de la signature d’un accord politique entre Kinshasa et le M23 la condition sine qua non du retour d’une paix durable en RDC et dans les Grands Lacs ? Pourquoi les autorités congolaises restent-elles prisonnières des options politiques et diplomatiques, alors que les armes ont déjà tranché sur le terrain ?

Quel est le contenu du projet d’accord toujours en discussion entre les deux parties et que l’on semble cacher au commun des Congolais ?

Amnistie en faveur de criminels ?

 En dépit de l’enlisement des négociations de Kampala et de la tournure de la fortune militaire en faveur des FARDC, une équipe d’experts de Kinshasa est restée stationnée à Kampala. Rejointe le dernier week-end par Raymond Tshibanda, ministre des Affaires Etrangères, elles devrait régler avec le M23, indique-t-on, les derniers détails d’un accord politique entre les deux parties. A ce sujet, l’on fait état de fortes pressions dont est l’objet le gouvernement congolais pour l’amener à trouver un compromis avec cette ex-rébellion.

A en croire certaines sources, l’unique point d’achoppement serait le refus de Kinshasa d’accorder une amnistie générale aux ex-combattants et responsables politiques du M23 nommément exclus du bénéfice de cette mesure de grâce. Mais quels sont les points de convergence entre parties. Silence radio. La facilitation ougandaise, signale-t-on, jouerait des pieds et des mains pour obtenir un assouplissement de la position du gouvernement congolais. Qu’est-ce qui explique l’émergence subite d’avocats pour la défense des intérêts des criminels ? Mystère !

Réintégration ou intégration ?

 L’idée de la réintégration ou de l’intégration des éléments du M23 qui ont accepté de se rendre aux FARDC après la chute de Bunagana ferait du chemin. On laisse entendre que les chefs politiques et militaires du M23 ne s’accrocheraient plus au principe du cantonnement exclusif de leurs ex-combattants au Nord-Kivu et Sud-Kivu. Militairement vaincus, ils ne s’opposeraient plus à leur affectation dans des provinces autres que celles de l’Est.

S’acheminerait-on vers une nouvelle variante du « brassage » et du « mixage », avec des membres d’une « force négative, à placer dans le même panier que les troupes loyalistes ?

D’aucuns pensent que ce serait un mélange à hauts risques, dans la mesure où les rebelles, même repentis, n’accordent aucune valeur aux notions de patriotisme, de discipline, des droits de l’homme, de bien commun, etc.

Beaucoup de compatriotes pensent que les ex-combattants du M23 qui se rendraient en masse aux FARDC ne devraient bénéficier d’aucun traitement de faveur. A-t-on mené une opération de « salubrité » et d’éducation citoyenne à Bunagana pour savoir qui méritée d’être intégré ou réintégré et qui ne le mérite pas ? Si tel n’est pas le cas, la porte des FARDC risque d’être de nouveau largement ouverte aux taupes en uniforme.

 

Partage des responsabilités politiques ?

Le flou entretenu autour de la dernière mouture du cahier de charges du M23, dont chacun sait qu’il comportait un volet politique en termes de partage des responsabilités au sein des institutions de la République, fait tiquer. A première vue, cela parait bizarre que le compromis politique tant réclamé par la communauté internationale, ne prévoie pas des dividendes politiques pour le M23.

            Au lieu de laisser l’opinion intérieure découvrir sur le tard la signature, par la République, d’un nouveau pacte avec le diable, il serait plus juste d’anticiper en lui proposant maintenant l’amère pilule en préparation au niveau de la facilitation ougandaise. Il est à espérer que les négociateurs du gouvernement n’ignorent pas ce que les patriotes congolais attendent d’eux, à savoir le refus de trahir le Congo.

Kimp

LEAVE A REPLY

*