L’UDPS inquiète du décor de la dictature

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Le siège de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), sur la 10me Rue/Limete, était le grand point le mardi 16 février 2010 de départ de la marche d’hommage aux martyrs de la démocratie tombés le dimanche 16 février 1992. Nombre d’observateurs ont lu, sur les visages des combattants de ce parti politique, qui ont constitué l’essentiel des colonnes des marcheurs, l’ardent désir de liberté et démocratie qui avait habité les « forces acquises au changement » dans les années ’90.

A l’image de leurs concitoyens fauchés par les balles des forces de l’ordre au service d’un individu, ils ont bravé une fois de plus la peur et les balles, bien qu’expédiées en l’air, de la police. L’UDPS des grands jours a semblé renaître de ses cendres, surtout que quelques minutes avant que la marche ne démarre, un message livré par Albert Moleka, porte-parole du parti et Assistant du Président National, a raffermi les cœurs des combattants quant à la justesse et à la noblesse de la lutte pour la démocratie, l’Etat de droit, le bien-être social, la justice, etc.
L’orateur a notamment rappelé qu’il y a 18 ans, «  la communauté chrétienne de Kinshasa, toutes tendances confondues à travers ses prêtres, pasteurs, diacres, religieuses, religieux et simples fidèles, avait décidé de se lever comme un seul homme, afin de réclamer la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine, symbole et espoir d’effectivité de la démocratie, de la relecture de notre histoire et de la réappropriation de notre destin longtemps étouffé… ».
Albert Moleka a singulièrement loué l’état d’esprit qui régnait au sein de la communauté chrétienne de Kinshasa, où tout le monde s’était subitement découvert une âme de kamikaze. Voici l’image saisissante qu’il a tenu à faire remonter à la surface : « Acceptant et bravant le danger qu’ils assumaient en toute conscience, leur soif de réveil, de démocratie et de libre expression était plus forte et plus importante que leur propre sécurité, car bien souvent, ils avaient décidé de descendre dans la rue avec leur propre famille, mettant en avant femmes, enfants, petits-enfants, grands-parents, chantant avec crucifix, croix, chapelets et bibles en mains, appliquant et vivant à la lettre ce précepte du grand Maître Jésus : « il n’y a pas de plus grand amour que celui de donner sa vie pour les autres. Car celui qui perdre sa vie pour moi la sauvera et celui sauvera sa vie en me reniant au profit des biens de ce monde, la perdra ».
Le porte-parole de l’UDPS a rappelé également la volonté des ministres de Dieu de s’assumer face à une classe politique truffée de taupes : « … les prêtres, pasteurs, diacres, religieuses et religieux, témoins au quotidien de la misère et du désespoir des masses populaires, s’étaient résolus, devant la limite des hommes politiques, de s’assumer et de passer à l’acte, prenant ainsi le relais et la tête d’un vaste mouvement populaire qui allait déferler de tous les quartiers, communes et paroisses de la capitale, prenant ainsi de court la dictature qui ne croyait pas la population capable de braver la peur et de sortir du carcan dans lequel elle l’avait enfermée depuis des décennies ».
Et, Albert Moleka a jeté un froid dans la foule quand il a exhumé le film de la répression : « De tous les coins de la ville devaient tomber sous les balles meurtrières femmes, enfants, jeunes et vieux, victimes et martyrs de l’intolérance, vivant dans le sang cette exclamation merveilleuse de Saint Paul : « J’ai combattu le bon combat, j’ai été fidéle jusqu’à la mort. Voici venu pour moi, Seigneur, le moment de recevoir la couronne de vie ».
Au nom de son parti, l’Assistant du président national de l’UDPS s’est lancé dans une émouvante exhortation : « Voici pour nous également venu le moment de rendre hommage à ces vénérables martyrs et d’immortaliser à jamais pour les générations futures ces illustres et anonymes mémoires, entrées au Panthéon des gloires éternelles de la République, qui ont mérité de la Patrie, en leur donnant désormais un visage d’honneur par l’érection d’un monument dans l’enceinte de la paroisse Saint Joseph, haut lieu d’accomplissement de leur suprême sacrifice, afin que triomphent et survivent la Nation et ses valeurs démocratiques ».
Le message de Moleka a-t-il touché les coeurs des architectes de la démocratie de l’après-Dialogue Intercongolais ? Amer, il chute en rappelant que « … la situation actuelle, caractérisée par l’intolérance politique, l’exclusion, la dérive totalitaire, la corruption, les souffrances et la misère, n’est en rien différente de celle qui prévalait à l’époque du 16 février 1992 ».

Kimp.

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