L’Ouganda refuse de renoncer à sa médiation, malgré la confirmation de son soutien au M23

0
26

 

 (Par l’ambassadeur Mindia Monga)

La crise dans l’Est du pays est à l’origine de la désignation d’un médiateur dans le conflit qui oppose le gouvernement congolais et le mouvement rebelle M23 soutenu par le Rwanda et l’Ouganda, comme l’indique le rapport des Nations Unies. Le Président ougandais Yoweri Museveni assume le rôle de médiateur en sa qualité de président en exercice de la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs. Mais cette désignation a été mal accueillie par la population congolaise à cause des exactions commises à l’époque par les troupes ougandaises en RD Congo.

C’est pourquoi, quand le rapport des Nations Unies a été rendu public, en citant l’Ouganda comme pays agresseur de la République Démocratique du Congo, la médiation pilotée par le Président ougandais n’inspirait plus confiance.  A cet effet, le médiateur doit être neutre et au-dessus de tout soupçon. Ce qui est loin d’être le cas du Chef de l’Etat ougandais et de son gouvernement.

Pour rappel, les différents rapports concernant la situation sécuritaire de l’Est de la RDC accusent l’Ouganda de soutenir les rebelles du M23 dans l’entreprise de la balkanisation du pays en vue de piller ses ressources naturelles. Dans la Région des Grands Lacs, le rapport des experts onusiens affirme formellement que l’Ouganda et le Rwanda sont derrière la rébellion du M23 en ce qui concerne les renforts en troupes, les approvisionnements en armes et munitions ainsi que la prise en charge financière de l’effort de guerre. A cela s’ajoute la condamnation par le Réseau national des ONG des droits l’homme au Congo (Renadhoc), du Rwanda et de l’Ouganda pour leur soutien avéré aux rebelles du M23 qui commettent de graves violations des droits humains dans les territoires sous leur contrôle. L’implication de l’Ouganda ne fait  l’objet d’aucun doute conformément au rapport final des experts des Nations Unies du 23 novembre sur la situation de l’Est.

L’occupation de la ville de Goma

L’occupation le 20 novembre de la ville de Goma par les rebelles du M23 a créé un mécontentement général au sein de la population. D’où la marche de colère organisée le 23 novembre par les femmes congolaises à travers la ville de Kinshasa pour condamner l’agression dont la RDC est victime de la part des voisins rwandais et ougandais. Cette manifestation a eu le mérite de sensibiliser la Communauté internationale sur la présence des troupes étrangères dans la partie Est du pays.

A cet effet, les femmes congolaises issues de toutes les couches de la société ont lu la Déclaration au siège de l’ONU à Kinshasa demandant le retrait sans condition du M23, ainsi que des troupes ougandaise et rwandaise du sol congolais. Elles ont exigé la délocalisation des pourparlers de Kampala et réaffirmé leur attachement à l’intégrité du territoire et l’intangibilité des frontières. Au Conseil de sécurité, les mamans congolaises ont réclamé des sanctions contre les rebelles du M23 et leurs commanditaires, à savoir le Rwanda et l’Ouganda.

Dans la foulée, le Chef de l’Etat Joseph Kabila a fait appel à la mobilisation générale de toutes les forces vives de la Nation en vue de barrer la route aux ennemis de la paix pour la défense de la souveraineté de la RDC et de l’intégrité territoriale menacée. Il en est de même des Forces armées congolaises (FARDC) qui ont repris l’enrôlement des jeunes dans certaines provinces dont le quota n’était pas atteint.

Il faut dire que la prise de Goma par les rebelles du M23 instrumentalisés par le Rwanda et l’Ouganda a conduit au Sommet du 24 novembre à Kampala des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CIRGL (Conférence internationale pour la région des grands lacs) ayant ordonné le retrait de cette rébellion de la ville de Goma et de ses positions à Sake. Mais le retrait de ce mouvement rebelle n’est intervenu que le 1er décembre, soit 10 jours d’occupation, sur fond des pillages systématiques. En attendant les pourparlers qui profilent à l’horizon, la médiation sous les auspices de l’Ouganda, bien que contestée, reste maintenue et Kampala comme le lieu des rencontres.

Jusqu’à ce jour, d’aucuns se demandent pourquoi ne pas délocaliser les pourparlers de Kampala vers un autre pays qui peut mettre toutes les parties en confiance, l’Ouganda étant reconnu comme un pays agresseur de la République Démocratique du Congo. C’est vrai que l’Ouganda ne peut être juge et partie en voulant rester comme médiateur dans un conflit qui oppose le gouvernement congolais et le mouvement M23 soutenu et financé par le régime de Kampala.

Le dernier rapport des experts des Nations Unies du 26 novembre confirme le soutien de l’Ouganda au mouvement rebelle dans la prise de la ville de Goma le 20 novembre . Ce faisant, Kampala devait être disqualifié en dépit du fait que la présidence de la CRGL revient au Président Museveni. Du reste, selon le ministre ougandais des Affaires étrangères, l’Ouganda était prêt à suspendre sa médiation dès que les allégations portées contre lui seraient confirmées dans le rapport final des experts de l’ONU. Mais malgré la confirmation, la médiation n’a pas été suspendue comme annoncé par le gouvernement.

L’on rappelle que le régime de Kampala est très préoccupé par ce qui se passe à l’Est de la RDC et qu’il ne peut pas renoncer à la médiation qui lui sert à couvrir son implication dans la guerre qui sévit à l’Est du pays. En plus, l’objectif poursuivi par le Président Museveni n’est rien d’autre que d’amener les autorités congolaises à négocier avec les rebelles du M23 pour faire croire à l’opinion publique que tout ce qui se passe à l’Est est « une affaire congolo-congolais». Ainsi, l’Ouganda espère redorer son image ternie en sa qualité de médiateur et pouvoir échapper aux poursuites de la Cour Pénale Internationale (CPI).

LEAVE A REPLY

*